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Qui sont les nouveaux entrepreneurs ?

Passionnés, combatifs, innovants… Malgré les turbulences que rencontre actuellement le tourisme, des hommes et des femmes retroussent leurs manches pour créer leur entreprise. Portraits de ces aventuriers du xxie siècle…

Qui n’a jamais rêvé de se mettre à son compte ? Enterrer son statut d’employé pour devenir son propre patron : nul doute que l’idée séduit bon nombre de salariés. Mais derrière cette belle idée, rares finalement sont ceux qui osent se lancer dans une telle aventure, effrayés par un chemin que l’on dit long et semé d’embûches. Le jeu vaut-il vraiment la chandelle ? s’interrogent beaucoup, refroidis de surcroît par une conjoncture morose depuis un certain 11 Septembre.

Heureusement, ils sont encore quelques-uns – hommes et femmes âgés en moyenne de 35 à 45 ans – à ne pas avoir cédé à la morosité et qui ont relevé le défi d’entreprendre. L’Association de solidarité professionnelle du tourisme (APS) les célèbre chaque année. Elle organise depuis 1998 le Challenge du nouvel entrepreneur du tourisme. Une profession n’existe et ne montre de vitalité que par la venue de nouveaux et de jeunes entrepreneurs, estime Dominique Friedman, administrateur de l’association, à l’origine du concours. Quatre ou cinq dossiers (limités aux adhérents de l’APS) sont étudiés chaque année parmi les trois grandes familles du tourisme : distribution, production et réceptif. Outre le fait d’être un nouvel entrepreneur, l’APS retient plusieurs critères pour sélectionner les candidats : la novation dans la démarche de création, le professionnalisme, l’originalité, la pugnacité, le dynamisme. L’édition 2004 vient tout juste de récompenser Nathalie le Pourhiet (Excellent Voyages/Selectour) chez les distributeurs, Philippe Perrenourd (Trail Rando) pour les producteurs et Philip Gombert (Créative French Events) pour le réceptif. Trois entrepreneurs au profil différent et bien tranché, mais tous animés par la même envie : la liberté de penser et d’agir.

Ne pas se laisser envahir par le désespoir

Création, rachat, transmission d’entreprise… Les voies sont multiples pour franchir le pas, l’essentiel étant de respecter les conditions fixées par la loi de 1992, qui compliquent toutefois sérieusement la tâche des candidats. Conditions financières tout d’abord, à travers la réclamation d’une caution minimum (99 092 E) pour se lancer dans le métier, juridiques ensuite avec l’instauration de critères professionnels : il faut avoir occupé une fonction de cadre ou assimilé pendant trois ans dans une agence ou être détenteur d’un BTS et avoir occupé une fonction de cadre pendant deux ans pour exercer la profession. Il a fallu être tenace et ne pas se laisser envahir par le désespoir. Ma précédente expérience de chef d’entreprise m’a appris à gérer la crise, reconnaît Dominique Lafage.

Sur le papier, son désir de devenir patron d’une agence de voyages paraissait impossible. Issue d’un milieu agricole, Dominique Lafage a travaillé 20 ans dans l’industrie agroalimentaire. Je voulais changer d’activité et retrouver un contact direct avec le client. J’ai toujours aimé les voyages, les organiser, le projet d’ouvrir une agence me paraissait bien correspondre à mes envies. En 2000, j’ai postulé auprès d’un hypermarché Leclerc près de chez moi, pour louer un local dans la galerie marchande. Je l’ai obtenu en mai 2002. A partir de ce moment je n’ai plus lâché prise, explique cette femme dynamique de 47 ans qui, malgré les embûches, ne s’est pas découragée.

J’ai recherché un collaborateur-gérant capable de justifier d’une expérience puisque moi-même, je n’en avais pas et je me suis formée au métier d’agent de comptoir puis à l’utilisation d’Amadeus. La chambre de commerce m’a aidée à monter le dossier, établir un bilan prévisionnel, chercher des subventions. Le réseau Afat Voyages, auquel j’ai immédiatement adhéré, a été d’un bon conseil. En groupe, on est plus fort. Mais le plus dur a été d’obtenir ma licence. La préfecture du Lot-et-Garonne a mis presque un an pour me la délivrer, raconte-t-elle. Cogérante avec Natacha Milosévic, qui a 15 ans d’expérience en agence dont trois en tant que cadre, Dominique Lafage a pu ouvrir son agence Aquarelle/Afat Voyages en octobre 2003. Trois ans d’efforts pour faire aboutir un rêve !

Bien qu’atypique, son parcours professionnel révèle néanmoins que la profession est accessible à tous… Un sang neuf important, avec de nouvelles approches du travail. L’expérience dans un autre secteur d’activité est un plus. Il permet de prendre du recul et de regarder le métier sous un angle différent. J’ai subi pendant des années la pression des grands groupes, je sais ce que le mot service veut dire. Il est pour moi primordial et il faut savoir se mettre à la place du client, conseille-t-elle.

Les marchés de niche, une façon de se distinguer

Service, client : les deux mots sont récurrents dans la bouche des jeunes entrepreneurs. Ils ont un souci très poussé du client. Leur approche se détache de celle des grandes entreprises, qui ont parfois une vision de masse, remarque Dominique Friedman. On comprend mieux alors pourquoi beaucoup de jeunes préfèrent s’orienter vers des créneaux de niche, qui correspondent mieux à leur vision très personnalisée du service et permettent de surcroît de dégager des marges plus importantes. A condition de bien choisir sa niche… Les marchés de niche et le réceptif foisonnent, ajoute Dominique Friedman. Les phénomènes de concentration et de regroupement que connaît actuellement la profession sont un véritable atout pour les petits indépendants spécialistes qui se lancent, une façon supplémentaire pour eux de se distinguer.

Philip Gombert, 41 ans, est de ceux-là. Diplômé en gestion des entreprises et des administrations, il a mené sa carrière dans la grande distribution puis dans la restauration collective, avant de rejoindre en 1999 l’entreprise de son frère spécialisée dans l’incentive. Expérience de courte durée, puisque la succursale parisienne qu’il dirigeait ferme fin 2001. Mais Philip Gombert ne se laisse pas abattre.

Les banques sont très frileuses

En février 2002, il relance l’activité et crée sa propre société, Créative French Events, spécialisée dans l’incentive haut de gamme pour une clientèle américaine, asiatique et européenne. Mon expérience de quinze ans d’encadrement me permettait d’entrer dans les critères juridiques pour obtenir la licence. J’ai alors suivi une formation de gestion d’une agence de voyages et je me suis replongé dans la comptabilité. Mais les démarches administratives sont un vrai parcours du combattant. Les banques sont très frileuses et pour la caution bancaire, j’ai dû mettre mon appartement en garantie, regrette le jeune chef d’entreprise qui reconnaît que l’entourage familial et les conseils avisés d’amis ont été importants. Mais le tourisme n’est pas un secteur rebutant. Dans mon cas, se plaindre serait malvenu, se console-t-il aussitôt.

Il est vrai que le créneau qu’il a choisi l’amène à fréquenter de beaux endroits pour organiser les séjours de ses clients. Il est indispensable d’être présent auprès d’eux pour mieux appréhender leurs désirs. Cela impose d’être réactif, polyvalent et surtout très exigeant. Et comme beaucoup de jeunes créateurs, il a préféré s’en- tourer. Créative French Events est membre de Maison de la France et du réseau Meeting Planers. L’agence participe à de grands salons internationaux, comme l’Imex à Francfort ou l’EIBTM à Barcelone. Parti seul à l’aventure, Philip Gombert emploie aujourd’hui quatre personnes et a réalisé pour sa deuxième année d’exercice un volume d’affaires de 1,3 ME.

Se lancer seule dans la création d’entreprise ? L’idée a en revanche effrayé Dominique Porcheron, même si elle mûrissait depuis longtemps dans son esprit. Je n’ai pas voulu prendre le risque. Moralement, cela me paraissait trop dur à supporter. A 50 ans, après dix années passées sur le terrain en tant qu’apporteur d’affaires dans une agence, elle a préféré se tourner vers la transmission d’entreprise. Quand vous créez, vous n’avez aucun repère. Partir sur une structure existante m’a rassurée.

Le 1er juillet 2003, elle a donc racheté l’agence Voyages Hélios (Tourcom), à Nice. Claude-Marie Louart, qui la dirigeait depuis 25 ans, souhaitait partir en retraite. L’agence était un peu vieillotte mais pas cafardeuse témoigne Dominique Percheron. Disposant d’un financement suffisant, elle a payé ce rachat intégralement, sans recourir à l’emprunt. Claude-Marie Louart travaillait sur la transmission de son entreprise depuis deux ans. Elle était ouverte à l’innovation mais voulait trouver quelqu’un de motivé, avec qui elle s’entendrait pour passer le relais en douceur. Il y avait quelque chose de très sentimental, elle ne voulait pas que son bébé coule. Elle est restée six mois à mes côtés, mais il a bien fallu couper le cordon.

Imposer en douceur de nouvelles méthodes

L’intermédiaire d’un cabinet comptable a favorisé la transparence dans les comptes et pour mieux prendre ses marques, Dominique Porcheron s’est appuyée sur les deux collaboratrices de l’agence, à qui elle a su imposer en douceur de nouvelles méthodes de travail. Au quotidien, la nouvelle patronne tente de conjuguer efficacité et rapidité. Si j’ai débarqué comme un ouragan, c’est parce que j’en veux, s’amuse-t-elle. Comme tous les nouveaux entrepreneurs du tourisme qui font avancer la profession aujourd’hui… et demain. Reste à espérer qu’un maximum de personnes aient envie de suivre leurs traces, alors même que de nombreux petits patrons sont sur le point de partir en retraite et tentent, souvent en vain, de transmettre leur entreprise.

Il est indispensable d’être présent auprès de ses clients. Cela impose d’être réactif, polyvalent et très exigeant.

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