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Les grandes manoeuvres

Face à la mondialisation de leurs clients et à la concurrence accrue, les assureurs et assisteurs du voyage se concentrent sur le plan européen et mondial. Les trois géants français du secteur ont même réuni les deux métiers.

L'accord signé en mai dernier entre le Club Méditerranée et Europ Assistance, avec l'appui du courtier international Marsh, était une première du genre. Il couvre 22 pays dans lesquels travaille le Club Med. Dans chacun de ces pays, Europ Assistance apporte des packages "adaptés à la sensi- bilité locale aux risques" et combine assurance voyages et assistance. "Le Club Méditerranée nous a choisis comme fournisseur unique en assurance et assistance voyages et il est notre premier client à couverture mondiale", se réjouit Martin Vial, DG du groupe Europ Assistance. "Jusqu'à une période récente, ces appels d'offres globaux portaient sur des montants de plus de 10 millions d'euros", indique Michele Lorenzon Vos, directeur marketing et ventes internationales d'Europ As- sistance. "Ils se multiplient avec l'apparition des agences en lignes internationales et descendent à moins de 1 million d'euros", précise-t-il. "La compétition est à couteaux tirés sur les plus grands appels d'offres", ajoute Martin Vial.

Trois acteurs dominent

En réalité, seule une poignée d'acteurs très concentrés et d'envergure mondiale est au-jourd'hui capable de répondre à de telles mises en concurrence : ce sont les leaders de cette niche de l'assurance, qui sont issus d'un vaste mouvement de concentration des poids lourds de l'assurance en Europe, tels que le français Axa, l'allemand Allianz ou l'italien Generali. Ainsi, à la fin des années 1990, la fusion d'Elvia et de Mondial Assistance a été la conséquence du rapprochement de chacune de leur maison mère, Allianz et les Assurances générales de France (AGF). Au cours de l'été 2007, l'assurance voyages de Generali France a été transférée à sa filiale Europ Assistance qui restait jusqu'alors un pur assisteur. Quant à Axa Assistance, il vient de créer une filiale d'assurances voyages basée en Irlande, Axa Travel Insurance. "On peut dire aujourd'hui que le secteur du voyage est dominé à l'échelle internationale par ces trois groupes spécialisés", affirme Richard Me-kouar, consultant international en assurances du cabinet Ingea.

Mais de plus en plus d'assureurs tentent de rejoindre ce trio de tête, tel l'allemand Europäische (filiale de Munich Re), maison mère de L'Européenne d'Assurances spécialisée dans le tourisme. Ou encore l'assureur espagnol Mapfre, qui a ses propres structures d'assistance et dispose d'une filiale dans l'Hexagone (France Assistance), mais qui n'est toutefois pas implantée dans le secteur des agences de voyages. Le deuxième pôle mondial capable de répondre aux appels d'offres internationaux du tourisme est américain avec la multinationale AIG, présente dans plusieurs pays d'Europe à partir d'une base britannique. En France, elle a peu développé le tourisme pour l'instant. A côté de ces acteurs internationaux, de nombreux assisteurs locaux restent très forts – voire dominants sur leurs marchés nationaux -, et montrent des velléités de développement international, attirés par les grands comptes mondiaux. Par exemple, en France, Groupama/Gan Eurocourtage contrôle l'assisteur Mutuaide et a racheté le courtier français spécialisé Présence Assistance Tourisme. Il réfléchit à la manière de créer un guichet unique et de répondre à des appels d'offres internationaux de groupes de tourisme. Groupama peut se le permettre, puisqu'il est désormais implanté en Grande-Bretagne et en Europe du Sud et de l'Est. L'autre courtier français spécialisé dans le tourisme, TMS/Contact, appartient pour sa part au groupe de courtage April et a grossi en 2007 en reprenant le portefeuille clients d'Assur-Voyage (un courtier basé à Lille). D'autres courtiers présents sur le marché du tourisme depuis longtemps (Gras Savoye, le Cabinet Chaubet), sont passés à la vitesse supérieure depuis quelques années en captant des clients nationaux. Toutefois, ils ne sont pas en mesure de convoiter les grands comptes internationaux.

L'importante consolidation qui s'est ainsi produite autour de l'assurance et de l'assistance voyages est le résultat d'un double mouvement : l'imbrication des métiers de l'assurance voyages et de l'assistance d'un côté, et la mondialisation des acteurs de l'autre. A l'origine, assurance voyages et assistance sont "deux métiers techniquement différents", explique Anne Marchegay, directrice de la communication de Mondial Assistance. Le premier fournit, en cas de sinistre, un apport financier (capital, remboursements…). Le second apporte non pas une aide financière mais un service (dépannage, rapatriement…), ce qui suppose la mise en place d'une logistique. Malgré ces différences, les deux métiers sont parents et connexes. En effet, tous deux perçoivent des primes couvrant des risques financiers. "Les assisteurs sont les assureurs de leurs propres risques", souligne Nicolas Gusdorf, président du Syndicat national des sociétés d'assistance (SNSA). Il n'empêche que l'assurance voyages et l'assistance ont été longtemps traitées par des sociétés différentes. Si ces produits sont réunis dans des packages communs c'est que des assureurs ont créé une filiale d'assistance, qu'ils sous- traitent pays par pays auprès d'assisteurs, ou encore que des assisteurs font leur marché chez des assureurs ou que des courtiers font leur marché chez les uns et les autres.

Le concept "d'assuristance"

Pour résumer cette tendance forte, Martin Vial, le patron d'Europ Assistance, a inventé le concept "d'assuristance", qui est la combinaison d'une couverture financière et d'une demande de services. "Les trois grands assisteurs d'ori-gine française répondent dé-sormais à une même logique", confirme Yves Masson, PDG d'Axa Assistance. Selon lui : "L'assistance, à l'origine simple opération de rapatriement, est aujourd'hui plus complexe. Assurance voyages et assistance répondent en fait à une équation de satisfaction du client, d'arbitrage des coûts dans le respect des décisions prises en toute indépendance par les médecins. Par exemple, la qualité des services hospitaliers augmente rapidement dans certains pays et l'on est parfois mieux soigné sur son lieu de vacances qu'en étant rapatrié. Il y a donc un rapport étroit entre le coût d'un rapatriement, qui est une opération d'assistance, et le coût de frais de santé, réalisés localement puis remboursés, qui relève d'une opération d'assurance."

Nicolas Gusdorf, président du SNSA, ajoute qu'en intégrant ces deux métiers, "l'idée est de créer un guichet unique pour faciliter la souscription des produits par les grands clients au moyen d'un point d'entrée unique". C'est ce qu'ont fait Mon- dial, Europ et Axa. Groupama /Gan Eurocourtage a entamé une réflexion à ce sujet.

En parallèle de l'assuristance, le deuxième mouvement de concentration qui s'est opéré est la mondialisation. Si les trois leaders se sont beaucoup déployés à l'international ces dernières années, c'est d'abord parce que leurs clients, notamment les tour-opérateurs du type TUI (client de LEA) et Thomas Cook (assuré par Mondial Assistance), se sont internationalisés et veulent des réponses globales à leurs besoins locaux.

Pour Martin Vial, d'Europ Assistance : "Il faut s'adapter à la concentration du secteur du tourisme. Dans l'avenir, nous serons en face de quel-ques grands acteurs européens voire mondiaux." Certes, les assisteurs créent des plateaux téléphoniques nationaux dans chaque pays pour tenir compte des langues et des cultures. Mais leur globalisation permet aux assureurs assisteurs d'obtenir des économies d'échelle, par des achats mondiaux pour leurs besoins, par exemple, en aérien, hôtellerie ou voitures de location. Pour le moment, l'Europe reste le marché principal de ces groupes qui réalisent 70 à 80 % de leur activité sur le vieux continent. Mais ils s'implantent maintenant dans les pays où d'importants flux de touristes émergent. Mondial Assistance compte des filiales en Chine, en Inde, en Russie, au Mexique et au Brésil notamment. Axa Assistance a installé, pour sa part, des bases à Pékin et Shanghai.

L'impact d'Internet

La deuxième explication de la mondialisation de l'assuristance est l'explosion des ventes sur Internet. "La globalisation s'explique à cause d'une certaine désintermédiation du voyage : la part des agences de voyages de loisirs se réduit au profit de sites Internet de vente directe des prestataires (TO, compagnies aériennes, hôtels…), lesquels intègrent une offre d'assurance assistance", observe Erick Morazin, directeur des ventes internationales du groupe Mondial Assistance. "Int

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