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Le nouveau look de la croisière

La croisière est un concept de vacances en plein boom compte tenu des capacités incroyables mises sur le marché et de l’apparition de navires toujours plus étonnants, censés rivaliser avec les classiques hôtels-clubs.

Le week-end dernier, après plusieurs se-maines de réno-vation, le Bleu de France était dévoilé aux professionnels dans le port de Marseille. Premier paquebot de la compagnie Croisières de France, nouvelle filiale du géant américain Royal Caribbean International (RCI), il est commercialisé avec un concept 100 % francophone, qui ramène aux grandes heures de Paquet. Le marché de la croisière a cependant profondément changé dans l’Hexagone depuis la reprise, en 1993, de cette compagnie par l’italien Costa. Le produit s’est démocratisé séduisant, l’année dernière, 280 000 Français adeptes de vacances maritimes et de découvertes d’horizons origi-naux. Les nouveaux géants des mers, dont les longueurs dépassent allégrement les 300 m aujourd’hui, n’ont surtout plus grand-chose à voir avec les paquebots de 500 à 800 passagers, encore la norme il y a une quinzaine d’années. Les futurs bateaux de la gamme Genesis de Royal Caribbean pourront ainsi accueillir jusqu’à 5 400 pas- sagers ! Et les dernières réalisations de Costa, avec des capacités de 3 700 croisiéristes, suivent le mouvement tout comme celles de MSC, son nouveau challenger en Europe, qui lance en rafale ses paquebots depuis les chantiers Aker Yards, à Saint-Nazaire (Poesia et Fantasia en 2008, Splendida en 2009 et Magnifica en 2010). Les sommes engagées sont de fait colossales. Costa aura investi 5,5 milliards d’euros, entre 2000 et 2012, pour construire 11 navires. Et plus de 43 seront mis à l’eau dans le monde, d’ici 2012. De quoi répondre à une demande qui a dépassé les 15 millions de clients en 2006 (dont 10 millions en Amérique du Nord), contre 6 millions en 1996…

Toujours plus…

Murs d’escalade, toboggans aquatiques, simulateurs de course et de golf, écrans géants et cinéma 4D, pistes de roller, minigolf, planétarium, patinoire, piscines à vagues, sans oublier le cybercafé, pour rester en contact avec la terre ferme, sont venus compléter l’offre traditionnelle : casino, bibliothèque, bars, discothèque, théâtre et autres salons de danse. Petit plus, les nouvelles unités qui croisent à l’année en Méditerranée sont dotées de verrières rétractables, qui permettent de goûter, quelle que soit la température extérieure, aux plaisirs de la baignade. Plus le tonnage des bateaux est important, plus les équipements proposés sont variés et originaux, confirme Corinne Renard, directrice commerciale de la Cie internationale de croisières (Cunard, Princess, NCL…). Cela permet de ne pas sentir le nombre élevé de passagers à bord. Le décor intérieur de ces différents espaces a également gagné en extravagance, comme chez Carnival et Costa qui assument pleinement ce côté parfois un peu kitch – les deux compagnies ont le même décorateur intérieur ! – et jouent clairement sur le côté resort flottant. Royal Caribbean a aussi fait de cette démesure sa marque de fabrique. Première compagnie mondiale, l’américaine aligne 21 paquebots depuis l’inauguration, il y a quelques jours, de l’Independence of the Seas, à ce jour le plus gros navire du monde.

Pour coller aux attentes des croisiéristes, les compagnies ont également multiplié les offres alternatives sur le plan gastronomique avec des restaurants à thème, tels les bars à sushi du Queen Mary 2 ou du Poesia. Certains restaurants sont même réservés aux enfants à l’image des Johnny Rockets chez RCI. Cette découverte des cuisines du monde (souvent accessible contre un supplément) représente pour les passagers un gage d’intimité et d’évasion face au classique dîner servi à heure fixe dans la grande salle du na-vire. NCL est la compagnie qui a poussé le plus loin ce concept avec le free style, qui n’impose aucune contrainte d’horaires et de lieux de restauration.

Le confort des cabines n’a pas été oublié. Outre le côté moderne et les équipements (écran plat, accès Internet, minibar, coffre-fort…), les cabines extérieures disposent désormais d’un balcon. Chaque nouveau paquebot met ainsi en avant son pourcentage de cabines avec balcons privés : 65 % pour le Poesia, 68 % pour le futur Costa Luminosa… Les paquebots Genesis iront plus loin encore, affirme Frédéric Sauvadet, DG de Latitude Sud qui commercialise Royal Caribbean en France. Les cabines intérieures sans ouverture vont disparaître, car ces navires seront dotés d’un jardin intérieur baptisé Central Park. Un coin de verdure à ciel ouvert à découvrir à partir de septembre 2009. L’année suivante, en mars et octobre 2010, NCL entend faire son petit effet avec ses navires F3 (4 200 passagers) et ses cabines New Wave, un espace de vie présenté comme innovant avec des cloisons incurvées, un dôme lumineux au-dessus du lit et une salle de bains ouverte sur la chambre. Conséquence : les toilettes seront pour la première fois séparées dans toutes les catégories d’hébergement… Effet de mode sans doute, la place du bien-être a également pris ses aises à chaque nouvelle génération de navires. Les décors sont devenus raffinés, l’ambiance zen, l’art du massage dispensé par des mains expertes venues de Bali ou de Thaïlande. Costa propose ainsi sur ses dernières unités (les Costa Concordia, Serena et bientôt les Luminosa et Pacifica) un espace Samsara Spa de 6 000 m2, qui comprend centre de remise en forme, des cabines et suites en accès direct sans oublier un restaurant diététique. Cela accentue le côté glamour de la croisière, estime Georges Azouze, président de Costa France. Pour se démarquer, MSC étrennera à la fin de l’année sur le Fantasia son espace MSC Yacht Club avec, là aussi, un nombre limité de cabines avec service à la carte 24 h/24 et l’accès réservé à un restaurant et au centre de fitness. De quoi séduire une clientèle plus haut de gamme. Les cabines standards vont, en parallèle, gagner en confort grâce à leur surface de 20 m2, soit l’équivalent d’une suite sur beaucoup d’autres navires, assure Laurent Py, DG France de MSC.

Cette croissance exponentielle des flottes a permis d’ap- porter toujours plus d’itinéraires inédits à la clientèle. Costa s’est ainsi aventuré jusqu’aux côtes asiatiques, puis plus récemment vers celles de l’océan Indien et du golfe Persique, en attendant, à l’automne 2009, l’Amérique du Nord. De quoi donner de nouvelles envies d’embarquer aux clients qui ont déjà fait la Méditerranée, l’Europe du Nord et les Caraïbes. Et en séduire de nouveaux. La clientèle française recherche d’abord les belles navigations, précise Georges Azouze. A la différence d’autres marchés, comme les Américains qui apprécient d’abord le côté resort. Celui-ci est un plus que nos passagers hexagonaux découvrent une fois à bord.

Le challenge du remplissage

Côté compagnies, il leur reste à remplir ces géants des mers. Pour réussir ce challenge, elles ciblent désormais tous les segments de clientèle. Les seniors et les groupes d’abord, incontournables pour remplir certaines périodes creuses et les croisières longues. Les familles, ensuite, auxquelles sont destinés les différents clubs enfants et animations spécifiques proposés à bord. Elles apprécient les offres tarifaires qui permettent d’accueillir gracieusement les moins de 18 ans lorsque ceux-ci partagent la cabine de leurs parents. Grâce à cette formule, Costa France a ainsi embarqué plus de 14 000 enfants et adolescents l’an dernier. Les tribus prennent aussi de l’ampleur. Nos premiers concurrents sont les clubs de vacances, aime ainsi à rappeler Georges Azouze. Croisières de France a choisi de jouer cette carte proposant en plus du tout francophone, le tout inclus comme tout bon club qui se respecte. De quoi peut-être attirer une nouvelle clientèle vers la croisière, et plus particulièrement ceux qui aiment voyager sans penser constamment à leur portefeuille.

Pour contourner la barrière de la langue anglaise sur les compagnies américaines, Echos du Large (distributeur de NCL, Disney Cruise Line et Carnival) a choisi d’offrir l’accompagnant français dès qu’une vingtaine de cabines sont vendues sur un navire. Un cap que n’a pas choisi de suivre Latitude Sud pour RCI et Celebrity. Les passagers français sont confrontés à cette même ambiance internationale chez Costa et MSC, plus le port d’embarquement est éloigné de la France, considère Frédéric Sauvadet. Et tous nos journaux de bord et menus sont traduits en français à bord en raison d’un nombre important de passagers canadiens. Aux clientèles classiques, il faut ajouter les couples en voyage de noces, même si ce segment décolle encore doucement en France comparé à nos voisins espagnol et surtout italien, ainsi que certains marchés de niche. Des TO américains comme Atlantis affrètent ainsi des navires chez RCI, Celebrity ou Holland America le temps de croisières gay très festives… Enfin, le tourisme d’affaires a connu un véritable essor ces dernières années grâce aux multiples espaces et équipements dernier cri qui équipent les nouveaux bateaux. Pour les entreprises qui souhaitent réunir leurs équipes, récompenser leurs clients, stimuler leurs distributeurs ou lancer un produit, nous pouvons accueillir des groupes allant de 20… jusqu’à 3 600 personnes, assure Frédéric Sauvadet pour RCI. Les compagnies ont ainsi édité de superbes plaquettes de présentation de leur flotte et vont jusqu’à participer à des manifestations spécialisées comme le salon Bedouk. Costa s’est même doté d’un site dédié aux entreprises et aux agences spécialisées avec costabusiness. fr. Ces différentes clientèles font l’objet de communications ciblées destinées à présenter cette image moderne et décomplexée de la croisière. Radio, presse, Internet, affichage voire télévision, aucun média n’est oublié pour toucher un public le plus large possible. Costa, l’un des rares à faire de la télé, est ainsi devenu l’un des trois premiers investisseurs dans le secteur du tourisme en France. Longtemps réservée à une clientèle fortunée et âgée, la croisière a donc fait sa révolution voici une quinzaine d’années. Faisant presque passer au second plan les escales. Aujourd’hui, seules les préoccupations nouvelles en matière de développement durable pourraient peut-être empêcher les compagnies de tenir leur objectif de 4,5 millions de croisiéristes en Europe en 2010. Mais les opérateurs ont déjà trouvé la parade en communi- quant abondamment sur l’aspect environnemental de leurs nouveaux fleurons. Label Green Star pour les uns, Eco Ship pour les autres… Et de mettre en avant leurs unités

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