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Pourquoi le braconnage nuit aux safaris

Le tourisme est fragilisé par l'activité de braconnage. Pourtant, les professionnels du secteur restent faiblement engagés, tant dans la lutte contre les trafics que dans la sensibilisation des voyageurs.

Les séjours d'observation de la faune et les safaris sont une manne importante pour l'Afrique. Mais ces voyages sont menacés par le braconnage, alors même qu'ils contribuent à la protection des écosystèmes et de certaines espèces menacées.

Une récente étude de l'Organisation mondiale du tourisme (OMT)*, rappelle l'importance d'un tel segment. Les recettes annuelles des zones de conservation de 14 destinations étudiées sur un total 42, notamment l'Afrique du Sud, le Kenya, la Tanzanie, le Zimbabwe, l'Ouganda et l'Ethiopie, atteindraient 300 millions de dollars (274M€). 114 voyagistes ont également partagé leurs données : 144 000 séjours vendus par an, pour une moyenne de 10 jours à 433 dollars (395€), soit 624 millions de dollars de revenus.

Des risques et des contraintes

Le braconnage représente des dangers et des contraintes pour les organisateurs de safaris. 93% des institutions confirment que ce phénomène existe sur leur territoire, tandis que 26% des TO rapportent un impact direct sur leur activité : coûts plus élevés pour la sécurité, changement d'itinéraires, zones inaccessibles, satisfaction des touristes en baisse… Au-delà de l'impact direct sur les populations animales et les écosystèmes, le braconnage affecte les conditions de visites, avec des animaux plus difficiles à approcher et moins nombreux. Il pose aussi des problèmes de sécurité, nuit à l'image des destinations et déstabilise certaines régions.

Paradoxalement, si la majorité des gouvernements expliquent avoir mis en place des mesures pour lutter contre le braconnage – qui comportent des lacunes -, seuls 42% d'entre eux communiquent sur la question. Les voyagistes, parmi lesquels un sur deux finance ce type d'initiatives, ne communiquent pas davantage. Moins d'un sur quatre a mis en place une véritable stratégie de sensibilisation alors que la majorité des touristes recherchent des informations sur le sujet.

Un engagement trop timoré

"Les autorités touristiques ne sont que faiblement engagées dans la lutte contre le braconnage et l’étude fait remarquer que la marge de progression dans ce domaine est importante. (..). Vu son importance économique, le secteur du tourisme peut et doit jouer un rôle clé afin de sensibiliser les responsables politiques et les touristes (…). Il doit également participer au financement des initiatives anti-braconnage", estime l'OMT, dans un communiqué.

Les gouvernements ont un rôle clé dans la gestion du problème. Mais la transparence, problématique dans certains pays, sur les fonds récoltés dans les différents parcs et leur utilisation, montre les limites de leur action. Comme l'explique Mary Ryce, de Environmental Investigations Agency, "le problème ce n'est pas l'absence de lois contre le trafic d'ivoire, c'est qu'elles ne sont pas appliquées correctement". Le braconnage profite même de l'appui de certains responsables politiques. L'agence a publié un rapport suite à une hausse des massacres d'éléphants en Tanzanie – plus de 1000 cadavres recensées en 2013 – et la disparition de deux tiers de la population dans la réserve de Selous en 4 ans. Elle y dénonce le rôle de la demande chinoise, la corruption des officiels tanzaniens et le laxisme de la justice locale.

Au regard de ces éléments, l'implication des entreprises du tourisme, la sensibilisation des  voyageurs et les liens avec les ONG – plusieurs dizaines d'associations luttent contre le braconnage – paraissent d'autant plus indispensables.

*L’étude Towards Measuring the Economic Value of Wildlife Watching Tourism in Africa s’appuie sur une enquête conduite auprès de 48 autorités africaines de tourisme et de conservation situées dans 31 pays et de 145 voyagistes internationaux et africains.

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