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Dominique Hummel (Compagnie des Alpes) : « Il faut repenser le modèle des sites de loisirs »

Dominique Hummel, qui a redressé le Futuroscope, travaille désormais à « l’après » pour la Compagnie des Alpes (CDA). Spécialiste incontesté des parcs et sites de loisirs, il estime que la crise actuelle doit amener à réfléchir aux modèles des parcs de loisirs.

L’Echo touristique : Ce début de saison 2020 est très difficile pour les parcs de loisirs… Sont-ils égaux face à la crise ?

Dominique Hummel : Cette crise laissera des traces, c’est évident. Comme pourrait le dire Lafontaine, « Tous ne mourront pas, mais tous seront frappés ». Ceux qui sont les plus solides traverseront la crise, même s’il y aura de vraies problématiques à traiter. Pour les plus petits acteurs, notamment dans le monde animalier, cela risque d’être plus difficile. Notamment parce qu’il existait déjà des doutes concernant certains modèles avant la crise actuelle.

Les nouvelles contraintes vont obliger à repenser la façon dont on opère un parc ?

Dominique Hummel : Il reste de nombreuses incertitudes, notamment concernant la saison estivale, qui est stratégique dans cette économie. Mais il y a bien une chose qui est certaine : l’Etat, en appliquant le principe de précaution, oblige les exploitants de parcs et sites de loisirs à modifier l’intégralité du parcours client. Sur ce point, les parcs disposent d’un avantage structurel : ils ont la pratique de la gestion de flux, et la maîtrise du parcours client, de son entrée à sa sortie du parc. Il n’est donc pas impossible de prendre des mesures, ce que tous les parcs font. Cela aura aussi un coût, qu’on estime à un euro par visite. Mais certains, ceux qui exploitent de petits sites fermés, comme une cité de la gastronomie par exemple, auront sans doute plus de difficultés à traverser la crise que ceux qui sont installés sur plusieurs hectares, en extérieur.

L’été 2020 sera décisif ?

Dominique Hummel : Les performances financières d’un parc sont étroitement liées à ses performances estivales. Je tire d’ailleurs mon chapeau à l’ensemble des parcs qui ont annoncé leur réouverture, alors même que la baisse de la capacité d’accueil maximale imposée par le contexte actuel redéfinit l’ensemble de leur modèle économique. Mais nous pouvons être confiants : les gens ont envie de s’aérer l’esprit, le moral remonte depuis plusieurs semaines. Nous avons tous pris conscience que nous pouvons vivre avec ce virus, à condition de respecter l’ensemble des mesures préconisées. Et les parcs peuvent transformer cette baisse de capacité en opportunité pour améliorer l’expérience client. Cela profitera notamment aux fidèles des parcs de loisirs – 50 à 60% du marché – qui reviendront, ou aux familles qui ne pourront pas partir en vacances à cause de la diminution du pouvoir d’achat, et qui verront dans les parcs de loisirs une alternative.

Les parcs auront donc leur place dans le tourisme post Covid-19 ?

Dominique Hummel : Ils peuvent trouver leur place, peut-être en se laissant guider par de nouvelles valeurs. La crise actuelle aura un impact important sur les comptes des sites de loisirs. Chaque année, les parcs réinvestissent 12 à 15% de leur chiffre d’affaires. Ces investissements vont ralentir. Ce qui doit nous amener à réfléchir à la « course à l’armement » que se livrent les parcs de loisirs depuis quelques années. Il y a quinze ans, Disney frappait un grand coup en ouvrant la Tour de la Terreur, avec 100 millions de dollars d’investissement. En 2017, l’ouverture d’une magnifique zone dédiée à Avatar, à Walt Disney World (Floride) a fait sensation. Mais Disney a investi un milliard de dollars pour l’ouvrir… Il faut se demander ce que le visiteur en retire, quelle est la valeur ajoutée pour l’expérience client.

Le succès des Ateliers de Lumière, à Paris, montre qu’il y a une place pour l’expérience immersive, l’onirisme.

Plus d’immersion et de dépaysement, ce que les gens viennent chercher dans un parc de loisirs ?

Dominique Hummel : La créativité permet également d’atteindre cela. Quand je dirigeais le Futuroscope, l’une des attractions les plus appréciées reposait sur un parcours simple dans le noir… parce qu’elle proposait avant tout une expérience. Sur le thème de la sensation, que les visiteurs voudront toujours trouver dans un parc de loisirs, il faut imaginer de nouvelles attractions, en phase avec les préoccupations actuelles du public. Par exemple, si un parc consacré à la nature devait ouvrir ses portes, pourquoi ne pas expliquer l’importance d’une canopée en conduisant les visiteurs directement sur cette canopée, à plusieurs dizaines de mètres de hauteur ? Au-delà de la sensation, on voit bien que d’autres possibilités existent. Le succès des Ateliers de Lumière, à Paris, montre qu’il y a une place pour l’expérience immersive, l’onirisme, et qu’il existe un véritable potentiel concernant la requalification d’espaces urbains plus ou moins inutilisés, la mise en expérience du patrimoine culturel et historique. Le mapping, la réalité virtuelle ou encore la réalité augmentée – à laquelle je crois beaucoup – nous offrent un enjeu de créativité. D’autant plus qu’il existe une vraie French Touch en matière de conception, de scénarisation. Il faudra y mettre de l’énergie. Et se montrer aussi créatifs sur les modes de financement.

C’est-à-dire ?

Dominique Hummel : La décentralisation des années 80 a permis la création d’une quinzaine de parcs d’attractions, et l’ouverture de nombreuses structures de loisirs (hôtels, campings, …). Cela a permis de r-générer l’offre touristique française. Mais les collectivités n’ont plus les moyens d’investir dans ce genre de projets, encore plus suite à cette pandémie. Les investissements sont trop lourds, et les retours sont tardifs. Il faut un acteur puissant, comme la Banque des Territoires, pour accompagner les acteurs privés dans la réalisation de ces projets. Il faut de l’ingénierie financière et organisationnelle, pour repenser le modèle des Sociétés d’économie mixte (SEM, NDLR) par exemple, une spécificité bien française. Il faut réfléchir à de nouveaux partenariats entre le public et le privé, qui pourraient mieux s’adapter aux règles du marché, et qui confieraient la gestion des sites de loisirs à un opérateur privé. Le public, comme le privé, ne pourront pas y arriver seuls.

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