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Comment faire du tourisme un outil de conservation, et non de destruction ?

C’est une conférence choc qu’a donnée Lamya Essemlali, présidente de l’ONG Sea Shepherd France, lors des 7es Universités du tourisme durable.

Passionnément. C’est ainsi que s’est exprimée Lamya Essemlali lors de l’événement annuel d’Acteurs du tourisme durable. Une militante d’ONG qui n’est pas tendre avec le tourisme, même si elle lui prête quelques vertus. L’ONG de défense des océans qu’elle dirige a été fondée en 1977 par le capitaine Paul Watson.

Comment faire du tourisme un outil de conservation et non de destruction ? A cette question qui était le thème de sa conférence hier, face à 350 professionnels du tourisme, Lamya Essemlali est partie de sa propre expérience. « Ma première confrontation aux dommages que peut causer le tourisme, c’était dans l’archipel des Galapagos, lors de ma toute première mission pour Sea Shepherd. » C’était en 2005, lors d’une mission anti-braconnage, en partenariat avec le parc national sur place. « Je découvre un paradis, avec une incroyable biodiversité. » Mais lorsqu’elle retourne sur place, la militante est effondrée. « C’était horrible. Il y avait dix fois moins d’iguanes. La vie se réduisait comme une peau de chagrin. Et en même temps, sur certaines zones encore sauvages l’année d’avant, on construisait des hôtels et des boîtes de nuit. Dans les restaurants, les touristes mangeaient tous du poisson pêché dans l’archipel. Là où il y avait une quarantaine de pêcheurs dix ans auparavant, il y avait plus de 300 pêcheurs. »

Lamya Essemlali, présidente de Sea Shepherd France, lors des Universités du tourisme durable au Havre. © Linda Lainé

« Le label Tourisme durable, c’est un peu comme le label Pêche durable »

« Je me souviens aussi de cet hôtel labellisé durable, sans doute parce qu’il faisait de la récupération d’eau de pluie. Cet hôtel était construit sur une plage de ponte de tortues, et on le qualifie d’écoresponsable ? », s’interroge la militante.

« Le label Tourisme durable, c’est un peu comme le label Pêche durable. Cela peut être un miroir aux alouettes, quelque chose qui peut permettre de donner bonne conscience (…), de tout repeindre en vert. » Pas sûr que les membres d’Agir pour un tourisme responsable apprécient une telle critique. Mais l’ONG n’en a cure, elle cherche à réveiller les consciences. 

« La première cause de destruction de la biodiversité, c’est la destruction de ses habitats. Nous sommes une espèce extrêmement envahissante prédatrice, destructrice et nihiliste. Nous avons du mal à partager la planète avec les autres, on s’est tout accaparé. »

« Pour la première fois dans l’histoire de la planète, une seule espèce s’est rendue responsable d’une crise d’extinction massive. Il y en a eu cinq auparavant, la dernière étant celle qui a exterminé les dinosaures. Nous sommes dans la sixième. On ne se dirige pas vers un effondrement. Nous sommes dans l’effondrement. En 50 ans, on a exterminé 90% des grands poissons, 70% des oiseaux marins. »

Vers un tourisme engagé ?

Irréversible, dans un monde guidé par la consommation ? Une fatalité ? Peut-être pas, admet Lamya Essemlali. « Il faut faire en sorte que les gens ne soient plus des touristes, mais des voyageurs qui découvrent le monde en ayant conscience de leur impact. »

Pour la militante, il faut être plus ambitieux qu’un tourisme durable avec des labels, parfois trop centrés sur l’empreinte carbone, pas assez sur la biodiversité. Pour elle, l’avenir est au « tourisme engagé », « qui milite pour préserver la planète, puisque nous en sommes des usagers. » Donc, les voyageurs pourraient, dans l’idéal, s’engager jusque dans leurs choix alimentaires, surtout dans des milieux vulnérables. D’où l’importance, pour les restaurants, de proposer activement des menus végétaliens, estime Lamya Essemlali. Histoire d’éviter, une surexploitation des fonds marins et des captures accidentelles de dauphins.

La présidente de Sea Shepherd France a aussi livré un exemple d’impact potentiellement positif du tourisme. « On se rend compte de l’intérêt que peut avoir le tourisme pour la préservation de certains endroits. Je l’ai compris à Mayotte », dans ce département français où « c’est open bar sur le braconnage et la destruction du vivant ». « L’île aux tortues mérite de moins en moins son nom, puisque les tortues se font tuer à la machette lorsqu’elles viennent pondre sur les plages. » « Le fait que Mayotte soit si peu connue n’aide pas à préserver le département. Le tourisme a un rôle à jouer pour faire découvrir ce joyau, qui a besoin d’être connu. Nous avons une responsabilité. »

Faire barrage au braconnage

Le tourisme peut aussi être intéressant « pour la protection de vie sauvage en Afrique. » Car avec la crise du Covid, le braconnage s’est redéployé, notamment dans les réserves, privées de safaris et donc d’une importante source de devises.

Tout est donc question de dosage et d’équilibre, estime la militante, qui donne aussi l’exemple vertueux de l’observation des baleines, comme rempart possible à la chasse baleinière. « Mais attention aux dérives du Whale Watching. Les bébés peuvent être séparés de leurs mères. Les baleines n’arrivent parfois plus à se reposer (…).

« J’aimerais que le tourisme n’oublie jamais qu’il est une atteinte supplémentaire à un environnement déjà fragile. Il peut aussi jouer un rôle à condition qu’il ne tombe pas dans les travers de la cupidité et de la maximisation des profits. Le secteur peut être un acteur-ambassadeur de la défense du vivant. »

Sea Shepherd ne fait pas que livrer une guerre sans merci contre le braconnage et la surpêche. L’organisation écologique se donne également pour mission d’aider le grand public à se reconnecter avec le vivant et l’océan, qui est « le premier organe de régulation du climat. La vie marine produit plus de la moitié de l’oxygène qu’on respire ».

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