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SNCF : le rapport choc de l’ancien PDG d’Air France

Transformation en société anonyme, fin du statut de cheminot à l’embauche, les principales préconisations du rapport de Jean-Cyril Spinetta pourraient bouleverser en profondeur la société de chemins de fer.

Jeudi, l’ancien président d’Air France Jean-Cyril Spinetta a remis un rapport décapant  au Premier  ministre. Il préconise de profondes réformes de la SNCF. 127 pages qui « démontrent sans ambiguïté la nécessité et l’urgence d’engager sans tarder une  refondation de notre système ferroviaire », a estimé après lecture Matignon, saluant le rapport  comme « un diagnostic complet et lucide ».

Sans concession, Jean-Cyril Spinetta estime que « la situation du transport ferroviaire est  préoccupante », même si ses parts de marché sont en progression. Ses  « performances ne sont pas satisfaisantes, en termes de régularité, de gestion  des crises, d’information aux voyageurs, de sécurité ».

« Le vieillissement du réseau n’explique pas tout, loin de là »,  souligne-t-il, pointant du doigt la dérive des coûts, un financement du  système ferroviaire « gravement déséquilibré », avec un déficit de 3 milliards d’euros qui tous les ans s’ajoute à 10,5 milliards d’argent public, et aux 3,2  milliards apportés pour les retraites des cheminots. Alors comment remédier à cette situation alarmante selon le rapporteur ?

La fin des cheminots ?

Tout d’abord il faut « recentrer le transport ferroviaire sur son domaine de pertinence »,  c’est-à-dire les transports du quotidien autour des agglomérations et les dessertes TGV entre les principales métropoles françaises. Jean-Cyril Spinetta préconise un audit des « petites lignes », qui mobilisent 16% des moyens consacrés au ferroviaire, voient passer moins de 10% des trains et transportent seulement 2% des voyageurs.

Sujet explosif, le rapporteur souhaite s’attaquer au statut des cheminots. Il suggère que les nouveaux embauchés à la SNCF n’en bénéficient plus, à  l’exemple de ce qui a été fait pour La Poste et Orange. Il estime également que la SNCF devrait pouvoir « recourir pendant deux ans  à la procédure des plans de départs volontaires », pour mettre fin aux « excédents d’effectifs qu’elle gère tant bien que mal » à la suite de changements d’activité – comme dans le fret – et d’actions de modernisation.

Les trois principaux syndicats ont immédiatement dénoncé « une attaque »  contre le service public ferroviaire et le statut des cheminots. « Ce rapport vient confirmer la politique anti-ferroviaire du gouvernement et de la direction SNCF », alors que « d’autres choix sont possibles et nécessaires, selon la CGT, premier syndicat du groupe.

Enfin dernière grande réforme suggérée, la réforme du statut de la SNCF. Déjà modifié en 2014, il devrait selon lui être à nouveau revu, en transformant ses deux principales composantes, SNCF Mobilités et SNCF Réseau, en « sociétés nationales à capitaux publics ».

Suggérant de faire rentrer les gares dans le giron de SNCF Réseau, Jean-Cyril Spinetta estime que l’Etat devrait reprendre « une part » de la très lourde dette de Réseau, qui devrait dépasser les 50 milliards d’euros cette année.

Les syndicats et Régions inquiets

CGT, Unsa et Sud-Rail espèrent que le rapport de M. Spinetta  sera rapidement enterré.  » Les cheminots font une manifestation nationale le 22 mars et, forcément, les cheminots défendront le service public, leur emploi et leur statut », a déclaré ce matin Philippe Martinez, le secrétaire générale de la Confédération générale du travail (CGT).

Les Régions, si elles partagent globalement les recommandations sur l’ouverture à la concurrence, « sont très préoccupées par celles sur le réseau ferroviaire de proximité, le niveau des péages ou le devenir des Contrats de plan Etat-Régions, qui traduisent une méconnaissance de la réalité du transport ferroviaire dans les territoires ».

Elles tiennent à rappeler l’importance des « petites lignes » pour la desserte des territoires. « Le transport ferroviaire ne peut se réduire, dans une vision « parisianocentrée », à du transport de masse à l’image des RER franciliens. Le transport ferroviaire a également un rôle d’irrigation des territoires, en complémentarité avec les autres modes de transport ».