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Quand Jancovici théorise le quota de 4 vols par vie

Jean-Marc Jancovici explique par le détail sa vision d’un secteur aérien réduit à sa portion congrue. Une « théorisation » qui lui vaut une pluie de commentaires, pour ou contre.

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Linda Lainé

Linda Lainé

26 juin 20236 min de lecture

Quand Jancovici théorise le quota de 4 vols par vie
Jean-Marc Jancovici, ingénieur, président du think tank© The Shift Project

Le président du Shift Project n’en démord pas. Dans un post publié sur LinkedIn, Jean-Marc Jancovici théorise même son quota de 4 vols dans une vie. S’attirant ainsi des adeptes (4200 "likes") et 800 commentaires dont plusieurs objections. Nous avons d’ailleurs repris, plus bas dans cet article, des réactions d'internautes qui s’inscrivent en faux ou émettent des réserves.

La théorie de Janco : 10% du trafic pré-covid...

« C'est peu dire que l'évocation de 4 vols aériens dans une vie ne provoque pas un enthousiasme délirant dans le monde médiatique, écrit Jean-Marc Jancovici sur LinkedIn. Je ne vais pas ici chercher à répondre à toutes les réactions m'accusant d'être liberticide, insensé, ou totalitaire. Mais juste expliquer pourquoi 4 vols dans une vie et pas 10 ou 1.

Je pars du principe que ce "droit à l'avion" est mondial. Evidemment, peut-être qu'une large partie des personnes qui ont "mal" réagi considèrent que leur droit à l'avion est supérieur au droit encore inexistant des Somaliens ou d'une large partie des Indiens, et qu'il faut raisonner à partir des gens qui prennent actuellement l'avion et pas autrement.Il y a actuellement 8 milliards de personnes dans le monde. Avec 4 vols dans une vie ça fait 32 milliards de vols sur une vie. Admettons qu'une vie soit 70 ans. Ça nous amène à environ 450 millions de vols par an, soit 10% du trafic pré-covid (https://lnkd.in/eRnV47yR ) et presque 20% de l'actuel."

... et surtout des vols long-courriers conservés

Mais actuellement "une moitié des vols sont raisonnablement courts (Europe-Europe, USA-USA, etc.). Et ce ne sont pas ceux qui seraient conservés si on avait un quota un peu bas, poursuit l'ingénieur. Donc ce seraient surtout des vols longs qui seraient conservés, et en termes de passagers/km, ça ferait entre 15% et 20% de l'actuel. (...)

Il se trouve que l'ordre de grandeur de la baisse des émissions qu'il faut opérer dans les décennies est supérieur à une division par 5 si on vise la neutralité carbone. (…) A plus long terme, on peut imaginer que les solutions techniques de rupture ne permettront pas de garder beaucoup plus de 10% du trafic aérien actuel si on intègre les concurrences d'usage (sur la biomasse et sur l'électricité) avec la décarbonation des autres secteurs.

L'ordre de grandeur de 4 vols dans une vie me semble donc correct (...). Que ce soit très très très loin des habitudes actuelles d'un certain nombre de gens qui s'expriment dans les médias est une autre histoire :). Cela signifie juste qu'ils n'ont pas encore compris que le pétrole EST le 20e siècle. Et qu'un monde décarboné ne sera pas vraiment l'actuel à 3 détails près. A nous de le rendre désirable quand même. »

Des contradicteurs

Nous avons recueilli quelques réactions à cette "théorie" de 4 vols par vie, toujours sur LinkedIn.

1. Pourquoi se focaliser sur l’avion ?

Nicolas Breyton : « Pourquoi vous focalisez vous sur le sujet le plus indécarbonable alors qu’on pourrait déjà se focaliser sur l’industrie lourde avec des gains énormes ? Parce qu’un avion ça se voit mais pas un four au fond d’une zone industrielle. => Prioriser d’abord le faisable à gros rendements.  Autre pb. Que se passerait t’il pour Airbus un des derniers secteurs industriels de notre pays? En industrie, il faut d’abord convertir / shifter avant de détruire. »

Gilles Baulard : « pourquoi dépenser autant dans 3% du problème ? »

2. Quid des destinations touristiques comme la Tunisie ?

Pour ma part, j’ai émis une réserve et une question (ci-contre), soumise à la sagacité de Jean-Marc Jancovici : Avec « 4 vols par vie », que propose-t-on comme futur aux Tunisiens, où le tourisme représentait avant le Covid environ 14% du PIB ? Pas l’agriculture, très consommatrice en eau, ce nouvel or bleu ? Sans l’activité touristique, les familles tunisiennes auront bien des difficultés, elles qui connaissent déjà une pénurie de pain… Ce serait un risque de crise économique aigu, la pandémie a déjà affaibli le pays et son peuple. »

Le patron du Shift Project a répondu : « A terme les Tunisiens vont devoir imaginer leur pays sans pétrole (c'est cela la neutralité carbone :) ). Et quand il n'y aura plus de pétrole il n'y aura plus autant de trafic aérien qu'aujourd'hui (et même beaucoup moins) : les substituts ne fourniront pas les mêmes volumes - loin s'en faut. Ce n'est pas moi (et mes déclarations) le problème : c'est le fait que le pétrole n'est pas renouvelable ! Et que j'existe ou pas les tunisiens (comme tous les pays dont l'économie repose largement sur les flux internationaux de passagers) vont devoir gérer le problème. »

     Source : ministère de la Transition énergétique

3. A quand un quota d’Internet ?

David M : « A quand un quota de viande, d’Internet, de kms parcourus en voiture ? Effrayant comme raisonnement. Pour rappel, l’aviation c’est moins de 4% des gaz à effet de serre. Demandez également un quota de 1h d’électricité par jour dans le monde puisque c’est la source principale de gaz à effet de serre… »

Ce que confirme un document du ministère de la Transition énergétique. « En 2020, la production d’électricité reste le premier secteur émetteur de CO2 dans le monde, avec 42 % du total des émissions dues à la combustion d’énergie », explique-t-il page 40. « Elle est suivie par les transports (22 %) et l’industrie (20 %, y compris la construction). » Des données à considérer avec discernement puisque nous étions alors en pleine pandémie.

4. Pourquoi pas des dérogations ?

Valérie Christiane G : "Et là, ma maman qui habite de l’autre côté de l’Atlantique … décroche. J’entends et j’approuve le besoin de décroissance. De décarbonation. Mais que faîtes-vous Jean-Marc Jancovici des familles de migrants (et autres expatriés, Ndlr) ? Vous renvoyez tout le monde « chez eux » ?"

Virgile Bellaiche : « En attendant je pense que Jean-Marc aurait intérêt à mettre en avant des quotas supplémentaires dérogatoire pour les vols les plus "légitimes" type famille à l'étranger. Ça serait transitoire et bien plus juste qu'une simple discrimination sur la base du prix de marché du pétrole ou d'une taxe sur le kérozène. »

5. Des risques de "trafic" de vols

Pierre Schoysman : « Et puis, il existera aussi un trafic de vols : les pauvres revendant aux riches leurs droits de vols... » « Je vends mes 4 vols 100 000 euros pièce », s’amuse pour sa part Mickaël Houzet.

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