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Jean-Louis Étienne : L’homme qui voulait inventer sa vie

Médecin, explorateur, pédagogue infatigable et grand défenseur de la planète, il est le premier à avoir atteint le pôle Nord en solitaire, conçoit toujours (voire construit) lui-même ses véhicules d'exploration, a refusé d'être ministre et s'apprête à se laisser dériver trois ans autour du pôle Sud. Ou comment passer d

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L'Écho touristique : Avec le Polar Pod, votre dernier projet, vous entendez vous laisser dériver trois ans autour de l'Antarctique dans le courant circumpolaire des cinquantièmes hurlants. Dans quel but ?
Jean-Louis Étienne : Ce courant de 25 000 km est la courroie de transmission entre les différents océans et le moteur de la machine climatique terrestre. Or, on manque terriblement d'éléments sur ce phénomène car envoyer des hommes in situ coûte trop cher. Seule solution : inventer une structure capable de dériver des années autour du pôle avec trois marins et quatre scientifiques à son bord et mesurer, mesurer, mesurer… (notamment les concentrations de CO2, Ndlr). On manque tellement d'informations sur ce coin de planète que tout le monde veut placer des capteurs à bord du Polar Pod : la Nasa, le MIT, le CNRS, le Museum… Il faut dire que le « navire » du futur que nous avons conçu est une sorte de ludion très stable dont l'axe, une fois lesté, descendra à 80 mètres de profondeur, autorisant des mesures extraordinaires… Sa mise en chantier devrait débuter en mai prochain et l'aventure commencer à l'automne 2017.

Cette « expédition » comportera-t-elle un volet pédagogique comme les précédentes ?
Bien sûr. D'autant plus que cette fois, on innove à tous les niveaux. L'aventure partagée constitue une passerelle très attractive entre les sciences et l'éducation. Dès que j'ai compris ça, j'ai souhaité participer à la conception de programmes pédagogiques, sur Minitel au départ ! Aujourd'hui, un groupe de travail emmené par un enseignant à la retraite gère en amont les projets scolaires, prépare toutes les applis à partir des programmes de SVT (sciences de la vie et de la terre, Ndlr), physique, etc., et effectue le tri parmi les données collectées pour rediriger des informations pertinentes vers chacun.

Après avoir participé un temps aux expéditions des autres (comme Tabarly), vous avez, depuis, toujours construit vous-mêmes vos outils d'exploration. Et refusé de devenir ministre de l'environnement ! Vous courrez après quoi, au juste ?
L'autonomie d'abord. J'ai fabriqué seul ma première guitare et mes premiers skis (une catastrophe !). J'ai besoin de construire pour comprendre. Adolescent, j'ai passé mon CAP d'ajusteur, mais un professeur a insisté pour que je rejoigne la filière Bac et je suis devenu chirurgien orthopédiste, puis médecin d'expédition pour découvrir le monde. J'ai ensuite mené mes propres projets, construisant toujours moi-même bateaux, dirigeables et, aujourd'hui, ce Polar Pod. J'ai besoin de cet élan créatif de départ, car ensuite, il faut absorber tant et tant de boulots ingrats pour mener à bien ses projets ! Mais au-delà de l'autonomie, la liberté prédomine. Lorsque François Mitterrand m'a convoqué à l'Élysée pour me dire qu'il avait des ambitions pour moi, je lui ai répondu que je devais partir sur le volcan Erebus. « Je ne peux pas vous y accompagner », m'a-t-il simplement répondu. Une décision que je n'ai jamais regrettée.

Et si vous étiez ce ministre aujourd'hui, qu'essayeriez-vous de faire pour que les choses avancent un peu plus vite ?
Je commencerais par faire connaître et mettre en valeur tout ce qui se fait sur le terrain (là où je me tiens souvent) : associations, entreprises, territoires… Beaucoup de choses exemplaires se font déjà, qu'il faut accompagner et répliquer. J'encouragerais le principe de l'économie circulaire : produire, consommer, recycler au service de la production primaire ; c'est le fonctionnement même de la nature. Et j'appuierais sur les énergies renouvelables, non carbonées. On pourrait être tellement plus loin devant avec la maîtrise technique que l'on possède dans ce pays…

À l'issue de la COP21, croyez-vous que les États vont être en mesure de s'accorder pour sauver la planète ? La pression de l'opinion n'est-elle pas encore assez forte ? Ou bien, le gouffre n'est-il pas suffisamment proche ?
Les choses progressent. La Chine et les États-Unis ont fait des propositions intéressantes ; on serait par ailleurs proches de trouver une solution financière au programme d'aide à destination des pays en voie de développement de 100 milliards de dollars voté à la conférence de Copenhague. L'important, c'est de terminer sur un symbole fort : 195 chefs d'États photographiés côte à côte, la nouvelle feuille de route en main ! Un signe vers le public, vers nous. Car c'est d'abord de la société civile que vient le changement et seule l'union des individus (via Internet par exemple) faisant poids sur ceux qui ne respectent pas les accords, fonctionnera. L'individu est l'acteur principal de tout changement. Autre signe encourageant : les fonds d'investissement les plus puissants sont en train d'écarter de leurs portefeuilles les entreprises les moins respectueuses.

Le tourisme, premier secteur d'activité au monde, repose sur des transports fonctionnant à 95 % au pétrole ; les vols devant encore être multipliés par deux à l'horizon 2030. Faut-il pour autant arrêter de voyager ?
L'humanité est une machine à l'inertie colossale. Voyez la difficulté rencontrée à changer les habitudes d'une simple copropriété. Alors, sept milliards d'humains… 100 % de l'économie repose sur les transports et 95 % des transports marchent au pétrole, on n'est donc pas près d'enrayer le dérèglement climatique. Encore moins avec un pétrole pas cher n'incitant personne à trouver des alternatives. Néanmoins, les progrès techniques sont continus, de moins en moins de carburant, des avions de plus en plus légers et, là encore, des initiatives individuelles qui marchent. Voyez tout le phénomène « co » voiturage entre autres. Cela me réjouit beaucoup moi qui, étudiant, utilisais Allô Stop ! pour diviser par quatre le prix du trajet vers Toulouse.

Vous êtes le premier homme à avoir atteint le pôle en solitaire. Quels sentiments vous inspirent ces bateaux qui quittent aujourd'hui Ushuaia à la chaîne pour emmener les touristes en Antarctique ?
Difficile de montrer aux gens des images de ces contrées magnifiques pour leur interdire ensuite d'y aller. Pour le moment, l'association du tourisme polaire fait remarquablement bien son travail, techniquement comme écologiquement : accompagnement compétent, itinéraires balisés, petits groupes successifs, études d'impact… Malheureusement, on arrive aujourd'hui à un seuil, une masse critique, comme ce fut le cas pour l'Everest où les autorités décidèrent de passer outre, ce qui nous a conduits à une véritable catastrophe (en termes de vies humaines, écologie, tout). Si le tourisme polaire suit la même voie, personne n'y gagnera, surtout pas le touriste.

Le but visé par votre dernier livre, Persévérer !*, est-il de montrer que la plupart des entreprises sont réalisables à condition de savoir s'accrocher, de douter du doute ?
Je fais beaucoup de conférences, j'aime transmettre. À force qu'on me demande quel est mon « message », j'en ai élaboré un. Réfléchissant à ma vie, j'ai constaté que j'étais toujours resté fidèle à mes passions et avais réalisé la plupart de mes rêves. À quel prix ? En nourrissant constamment ce feu sacré, en étant proactif, en déployant des antennes, m'informant, agissant toujours. Et puis en apprenant à traverser les déserts ! Il y a, toujours, des périodes de doute, où tout vous est contraire. Il faut s'accrocher, tenir jusqu'à ce qu'un certain seuil soi franchi. Sur Polar Pod, j'ai failli abandonner dix fois. Je le répète sans cesse aux jeunes : suivez votre propre phare et non les énormes lumières au dehors. Personne ne sait ce que seront les métiers de demain. Votre projet de vie vous le portez en vous : plantez les racines profondément et vous traverserez toutes les épreuves.

Vous dites que « l'audace, c'est sortir de sa zone de confort ». Quelles idées audacieuses pourraient-elles voir le jour dans le tourisme, et faire naître les voyages de demain ?
Je ne connais pas suffisamment le secteur pour prophétiser, mais ce dont je suis certain, c'est qu'avec la montée continue du niveau d'éducation sur la planète, le tourisme de masse va peu à peu céder la place à un tourisme de rencontre qui retrouvera ainsi ses lettres de noblesse. Personnellement, chacun de mes voyages me fait réaliser la chance extraordinaire que nous avons de vivre dans un pays où l'accès à l'éducation et aux soins sont gratuits !

Vous arrive-t-il de voyager en famille, avec vos enfants par exemple ? Quel genre de voyages programmez-vo

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