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Jean-François Rial invite les pros du voyage à planter des arbres

Comment le tourisme peut-il être plus vertueux ? Jean-François Rial et Jean-Pierre Nadir ont partagé leur vision, lors d’une table ronde organisée au congrès Selectour.

« La crise du Covid a mis en avant le fait que la nature nous dominait et nous a rappelé à l’ordre », a souligné Jean-François Rial, PDG de Voyageurs du Monde, lors du congrès Selectour.

Alors, le voyage post-pandémique sera-t-il différent du pré-pandémique ? « A court moyen terme, je ne crois pas », estime-t-il. Et pour cause, les voyageurs sont tentés de rattraper le temps perdu, après deux ans de privation de libertés. « Mais oui à moyen terme, cela changera », peut-être par la force des choses, estime le PDG de Voyageurs du Monde. « Les écologistes risquent de prendre le pouvoir un peu partout dans le monde », prophétise-t-il. Et ils risquent d’instaurer des taxes carbone ou des plantations obligatoires d’arbres, ajoute-t-il.

Une demande des salariés

Il y a une dizaine d’années, Voyageurs du Monde avait proposé aux clients de la compensation volontaire, sans succès. A l’époque, malgré des déclarations d’intention, très peu de des clients avaient accepté de mettre la main à la poche… Désormais, le groupe prend en charge la compensation des émissions de CO2 de ses clients. 

« Aujourd’hui, le développement durable n’est toujours pas le critère principal de choix d’un voyage, mais c’est quelque chose sur lequel nous sommes interrogés. Au-delà de vos clients, vous aurez (bientôt) une autre pression, bien plus forte, celle de vos collaborateurs. Si je n’avais pas des engagements écologiques, les jeunes diplômés ne viendraient pas chez moi, clairement. » A cette pression des salariés s’ajoute aussi celle des médias. « Aujourd’hui, on se fait casser la gueule dans les médias et sur les réseaux sociaux si on n’agit pas. »

Développement d’une « conscience écologique »

Sur ces enjeux, Jean-Pierre Nadir, le fondateur de FairMoove, identifie avec humour trois profils dans la population : les partisans de la décroissance (10%), les 20% de personnes « Abitboliennes » qui continuent de vivre et de voyager comme avant. Reste la majorité de Français (70%), doués d’une conscience écologique, éventuellement prêts à payer plus cher. A commencer par les 25-45 ans, très friands d’Airbnb et de Booking.

Dans ce contexte, quid du tourisme à grande échelle ? « Il a montré ses limites, a insisté Jean-Pierre Nadir. TUI était le modèle absolu, comme groupe intégré. Or deux mois après le Covid, nous avons vu que c’était un géant aux pieds d’argile, obligé de se refinancer, un peu comme tous les autres » ? « C’est la démonstration que nous avons appauvri la chaîne de valeur, sans investir dans la qualité des produits, et en ayant une animation par les seuls prix. »

L’avion décarboné, un mirage ?

Face aux défis environnementaux, que peut faire un TO, concrètement ? Pour Jean-François Rial, la pire des réponses serait de botter en touche, « d’incriminer d’autres secteurs ».

« Nous avons un handicap majeur, complète-t-il. Nous ne savons pas décarboner l’avion. L’avion hydrogène et électrique, c’est hypothétique, long et compliqué. Nous pouvons au mieux faire des économies par un tas d’actions, réduire de 50% en 30 ans, croissance incluse. »

D’ailleurs, le rapport du GIEC donne la mesure de l’enjeu : selon l’Ademe, un séjour à New York d’une semaine correspond à l’empreinte carbone cible d’un Français en 2050 (2 tonnes de CO2/an). Autrement dit, en un seul voyage à Big Apple, nous aurions atteint notre quote-part annuelle… Quelle solution ? Une seule trouve grâce aux yeux du patron de Voyageurs du Monde : tenter de respecter les accords du GIEC en faisant des émissions négatives, soit en absorbant du carbone. « Et pour absorber du carbone, la meilleure solution consiste à planter des arbres. » Malgré cette stratégie, qu’il explique sur Instagram, le patron de Voyageurs est parfois fustigé sur les réseaux sociaux. Car pour certains, sa démarche lui permet d’acheter un droit à polluer.

Les agences peuvent « flécher » vers les acteurs vertueux

Lors du congrès Selectour, Jean-Pierre Nadir a de son côté incité les agences Selectour à jouer un rôle prescripteur. Le patron de FairMoove les encourage à « bien flécher » leurs ventes vers les transporteurs et les hôtels les plus vertueux. Ceux qui respectent l’environnement ou favorisent l’agriculture locale, par exemple.

« Ces acteurs du tourisme qui investissent, nous devons les mettre en avant. Il faut en faire des fers de lance d’une stratégie de reconquête », a-t-il expliqué. Une façon de récompenser ceux qui font des efforts afin de réduire leur empreinte sur l’environnement et les populations locales. 

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