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Viré du Club Med, Serge Trigano revit avec Mama Shelter

C’est avec humour et le sens de l’autodérision que le patron de Mama Shelter raconte son histoire. Celle d’un entrepreneur qui s’est pleinement réalisé après 50 ans.

Serge Trigano était l’invité d’honneur du salon Voyage en Multimédia (VEM), qui se déroule du 14 au 16 février à Saint-Raphaël. L’entrepreneur est revenu sur les débuts de Mama Shelter, il y a dix ans. Quand il a eu la folle idée de transformer en hôtel du 20e arrondissement parisien un vieux parking laissé à l’abandon. Fils de Gilbert Trigano ou pas, les banquiers n’ont pas suivi. Pourquoi ? « J’ai la chance d’avoir un nom formidable, mais cela ne m’a pas empêché de me faire jeter par 80 banquiers et financiers. » Finalement, il mettra toutes ses économies dans son projet, bien décidé à casser les codes de l’hôtellerie.

Une « supercherie marketing »

Depuis, son concept d’hôtel branché, mais « sans prétention », a essaimé. Après Paris, Mama Shelter s’est installé à Marseille, Lyon, Bordeaux, Rio, Los Angeles, et bientôt Belgrade. Avec ses petites chambres design et ses restaurants qui génèrent 55% des recettes, l’enseigne dont AccorHotels est aujourd’hui actionnaire est devenu une success story du tourisme urbain, distribuée en direct à 75%. « C’est une supercherie marketing, s’amuse Serge Trigano. Nous avons six hôtels et nous sommes mondialement connus. » Rires  du public du salon VEM, qui savoure l’humour, mais aussi l’humilité d’un homme ne cachant pas ses embûches professionnelles.

Dans son CV, Serge Trigano (71 ans), indique qu’en 1997, il a été viré du Club par la famille Agnelli. « J’avais une version soft au début, où je disais « j’ai quitté le Club ». Après, j’en ai eu marre d’une telle hypocrisie. »  Nouveaux rires, puis séquence émotion.

Rebond

« Pour moi, ma vie, c’était le Club. J’avais 50 ans quand je suis parti. Après 20 ans bercé par les récits de Gilbert, j’y ai travaillé 30 ans. Je n’oublierai jamais quand le représentant du groupe Agnelli m’a dit qu’il n’était pas content, « ta communication n’est pas bonne ». Ils m’ont mis dans un placard doré, comme président du Conseil de surveillance. Comme toutes les belles histoires d’amour, plus elles sont belles plus elles se terminent mal. »

Mais sans rancune aucune. « Cela a été une vraie leçon de modestie et d’humilité. Avec le recul, la plus belle chose qui me soit arrivée, c’est d’avoir été viré du Club par les Agnelli. Parce que (sinon) je n’aurais jamais bâti Mama Shelter. Au Club, je n’aurais été que le fils de Gilbert. »

De père en fils

La page est tournée. « L’une des marques du succès de Mama Shelter, c’est qu’on a réussi à raconter une histoire différente. » Avec le designer Philippe Starck, rompu aux codes du luxe, qui accepte d’imaginer un hôtel économique. Avec le chef Alain Senderens, puis Guy Savoy aux fourneaux. Et avec Serge Trigano bien sûr, qui excelle comme son père dans le storytelling. Ses fils Benjamin et Jérémie, qui sont maintenant aux commandes, assurent aujourd’hui la relève. Ils rêvent d’ouvrir des établissements à Toulouse, Luxembourg, Londres, Washington, Santiago de Chili. L’aventure continue, de père en fils.