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Hélion de Villeneuve (Austral Lagons) : « J’aime la compétition »

Hélion de Villeneuve sillonne souvent les rues de Paris, en maraude, pour soulager les pauvres et les déshérités. Mais il ne s’en vantera jamais : c’est son éthique et celle de sa famille dont l’un des ancêtres – encore un Hélion – a été le grand maître de l’Ordre de Malte. Hélion cède aujourd’hui le TO Austral Lagons, qu’il a fondé en 2002, au groupe Marietton. L’occasion de revenir sur son parcours et sa vision, dans un entretien « Les yeux dans les yeux ».

Hélion de Villeneuve Esclapon qui êtes-vous ?

Hélion de Villeneuve : Charles Hélion Marie Stéphane de Villeneuve Esclapon. Je suis un jeune… Non je ne suis plus jeune… entrepreneur, toujours. Je suis un patron de tour-opérateur, spécialiste des voyages sur-mesure. J’ai la chance comme beaucoup dans cette industrie d’avoir pu découvrir le monde et partager ma passion avec mes clients. Ça c’était vrai il y a un an… Maintenant, on attend.

Entre temps, il y a eu une grosse période « Thomas Cook ». Qu’en retenez-vous ?

Hélion de Villeneuve : C’est enrichissant. J’ai créé Austral Lagons en 2002, ce qui a été une très belle aventure, une très belle croissance. On a vendu Austral Lagons en 2007 à Laurence Berman qui dirigeait à l’époque Jet tours, alors détenu par le Club Méditerranée. Henri Giscard d’Estaing avait demandé à Jet tours de monter en gamme et une des actions avait été l’acquisition d’Austral Lagons. Un an après, on est passé dans le giron de Thomas Cook, pendant 5 ans. C’est une expérience enrichissante, de temps en temps un peu difficile… Il y avait de la testostérone. J’ai été ravi de quitter ce groupe en 2013 en rachetant Austral Lagons. Nous avons plutôt bien relancé le TO malgré les coups qu’on a pris ces dernières années.

Quand on s’appelle Charles Hélion etc., appartenant à une des plus vieilles familles françaises, ce goût du voyage luxueux, disons-le, vient-il naturellement ou est-ce une opportunité du marché ?

Hélion de Villeneuve : Je dois l’avouer, quand j’ai créé Austral Lagons, je ne connaissais rien au tour-operating et aux agences de voyages. Vraiment rien ! Pour moi, un tour-opérateur, c’était des autocaristes, des gens qui vous emmenaient dans des hôtels-clubs. Pas du tout le type des voyages auquel j’étais habitué. Mais je n’étais pas non plus habitué aux hôtels de luxe. A l’origine, Austral Lagons n’était pas un tour-opérateur de luxe, mais un créateur des voyages qu’on aime. Chez Austral Lagons, on ne vend pas d’hôtels plus hauts qu’un cocotier, mais des produits de charme. On a toujours voulu être proches de la nature et des habitants. On a été le premier TO à lancer les pensions de famille et des excursions en Polynésie, pour faire vivre les habitants des îles. Après, nous sommes sur des destinations long-courriers. Mécaniquement, le panier moyen est élevé. Mais nous n’avons pas que des produits de luxe, bien au contraire.

C’est primordial de partir à la rencontre des autres.

Selon certaines tendances actuelles, il ne faudrait pratiquement plus bouger. Que dîtes-vous ?

Hélion de Villeneuve : Il est indispensable de lutter contre le réchauffement climatique. Oui, on doit faire attention à notre empreinte carbone. Mais les échanges entre les peuples et les cultures sont extrêmement importants. Il est primordial de partir à la rencontre des gens, pour s’enrichir et s’ouvrir l’esprit. Rester cloisonné chez soi, c’est très difficile voire douloureux. On le ressent depuis le début de la crise.

Puisqu’on parle de la crise, vous trouvez qu’elle est bien gérée ?

Hélion de Villeneuve : Alors oui, c’est très très dur pour nous, mais il y a bien pire. On a la chance d’être français et d’avoir un gouvernement qui nous aide même si on perd énormément d’argent.

On va revenir sur un épisode Thomas Cook. Nicolas Delord, son ancien patron pour la France, est nommé à un poste à haute responsabilité chez Salaün. Avec la faillite de Thomas Cook, vous avez perdu beaucoup d’argent. Avez-vous un avis sur cette nomination ?

Hélion de Villeneuve : Thomas Cook nous a coûté très cher, on a perdu pratiquement un million d’euros à la suite de la faillite. Pour un jeune tour-opérateur comme nous, c’est rude. Surtout quand on doit ensuite affronter le Covid. C’est comme ça, c’est la vie. On a su surmonter ces épreuves. Je suis content pour Nicolas, je ne lui en veux pas. Ce n’est pas Nicolas Delord qui m’a piqué un million d’euros, mais Thomas Cook qui a déposé le bilan. Je lui souhaite bonne chance dans ses nouvelles fonctions. On sera certainement amenés à re-collaborer.

Parlons distribution. Comment voyez-vous les rapports actuels et futurs entre des voyagistes et les réseaux de distribution dont certains se montrent de plus en plus avides de pressurer un petit peu les voyagistes ?

Hélion de Villeneuve : Avides de pressurer ?… La pression, nous l’avons déjà depuis de nombreuses années. Je ne pense pas qu’elle sera pire. Nous avons toujours eu des rapports un petit peu musclés, au moins tous les trois ans au moment des reconductions de contrats. C’est le jeu du marché. On s’en est toujours sortis et on s’en sortira encore.

Vous venez de vendre Austral Lagons au groupe Marietton. C’est la seconde fois que vous vendez…

Hélion de Villeneuve : Vous savez, quand on est entrepreneur, c’est aussi pour vendre. Et c’est important pour permettre le développement d’Austral Lagons. Pourquoi la deuxième fois ? Il y aura peut-être une troisième fois… (rires).

Sérieusement, c’est la meilleure voie. Aujourd’hui, Austral Lagons est un très beau tour-opérateur qui a une faiblesse, c’est le fait de ne pas maîtriser sa distribution. Demain, une alliance avec un réseau de distribution va permettre de pérenniser la société, de la développer beaucoup plus sereinement. Il faut passer à la vitesse supérieure. Il arrive un moment où on est limités dans ses moyens : en vendant et en rentrant dans un grand groupe, ça permet l’essor de la société. Aujourd’hui, je l’espère, nous allons vivre un très beau projet.

Aujourd’hui, je l’espère, nous allons vivre un très beau projet.

Vous restez bien sûr à la tête du tour-opérateur ?

Hélion de Villeneuve : Oui. Le projet avec Marietton, c’est une cession à 100% des titres d’Austral Lagons. Et moi-même, je réinvestis une partie de mes titres dans le groupe Marietton. Je deviens donc actionnaire. Et je compte bien encore plus développer Austral Lagons afin d’aider le groupe Marietton à devenir l’un des principaux tour-opérateurs en France, déjà leader dans la distribution.

Donc, tous vos problèmes de distribution vont être résolus ?

Hélion de Villeneuve : Cela devrait faciliter notre problématique de distribution. Nous n’étions propriétaires d’aucune agence de voyages et nous devions nous battre sans arrêt. Il est évident que lorsque vous avez le soutien de réseaux de distribution, c’est plus facile dans votre développement. Ça nous permettra de mieux connaître nos clients, d’améliorer nos produits, de façon plus proche avec la distribution… dès que la reprise sera là.

Sur le plan social, pas de changements ?

Hélion de Villeneuve : Non bien sûr. Au contraire, c’est plutôt une très bonne nouvelle pour Austral Lagons. Aujourd’hui, grâce au groupe Marietton, l’avenir des salariés d’Austral Lagons s’éclaircit. Lorsque la reprise viendra, ce sera une vraie reprise : les agences vont nous soutenir, nous pourrons réinvestir. C’est la meilleure chose pour la sauvegarde de l’emploi chez nous. Nous pourrons même, je l’espère, développer notre société et de reprendre des salariés que nous aurions pu perdre durant la crise.

N’est-ce pas un peu contraignant de s’adosser à un si gros groupe ?

Hélion de Villeneuve : En tout cas, pour moi, c’est une très bonne nouvelle. J’étais tout seul chez Austral Lagons. Désormais, je peux m’appuyer sur un groupe de professionnels. Le patron du groupe, Laurent Abitbol, connaît le métier sur le bout des doigts, nous parlons la même langue. C’est une opportunité formidable !

Vous êtes contents ?

Helion de Villeneuve : Bien sûr. Je vous l’ai dit, je regarde toujours devant. Je ne regrette jamais rien. Cela ne sert à rien d’avoir des regrets, il faut avancer.

Comment envisagez-vous la vie d’après ?

Hélion de Villeneuve : La vie d’après ? Je suis impatient d’avoir la vie d’après parce que la vie de maintenant devient très épuisante, et très dure moralement. Je vois surtout des Français qui eux sont avides de partir. Je n’attends qu’une seule chose, l’ouverture des frontières. J’espère que ça repartira très fort.

Qu’est-ce que « la vie », pour vous Hélion de Villeneuve ? A chaque fois qu’on se rencontre vous êtes toujours d’un caractère enjoué, vous plaisantez… Vous me donnez l’impression d’être un dilettante…

Hélion de Villeneuve : (rires). Vous savez il y a des moments pour tout, des moments pour le travail où je ne lâche rien. Des moments en famille que j’adore. Et des moments conviviaux dont vous parlez où je rencontre beaucoup d’amis de la profession. Des moments que j’ai hâte de retrouver. Des moments où on rigole et on se détend. Mais je ne pense pas être dilettante. Je suis heureux dans ma vie, mais je suis plutôt un garçon de challenges. J’aime la compétition et j’aime gagner. J’aime les sports d’équipe. J’aime créer une équipe pour avancer ensemble.

Vous savez, il n’y a pas de raisons pour moi d’être triste : j’ai une belle vie, je suis un privilégié.

Je regarde le futur, jamais le passé.

J’ai envie de vous poser une question, quand même : un marquis, dans le monde actuel, regarde-t-il le monde de la même façon qu’un Gobert roturier ?

Hélion de Villeneuve : Je ne suis pas marquis, je suis comte [rires]. Je vous rappelle que nous avons eu une Révolution bolchévique il y a un peu plus de 200 ans. La France a connu la terreur. On a brulé nos châteaux, nos églises… Passons ces tristes moments. Alors au 21ème siècle, nous ne sommes plus rentiers, il faut bien travailler. Je suis un entrepreneur, je regarde le futur, jamais le passé. Si nos ancêtres ont permis à la France de grandir, tant mieux. Soyons en dignes.

La reprise, vous la voyez bientôt ?

Hélion de Villeneuve : Ce que j’espère, c’est avoir des départs cet été, une réouverture au printemps des frontières pour faire partir un petit peu de monde surtout vers la Polynésie qui sera la haute saison. Les Seychelles devraient également pouvoir accueillir des touristes. Nous subissons la crise, mais c’est également très dur pour nos destinations. Si elle se prolonge trop longtemps, j’ai peur de perdre un grand nombre de partenaires. Maintenant on ne se leurre pas, on n’aura pas avant septembre/octobre de réelle reprise. Mais le pire est ce qu’on vit actuellement : réserver, annuler, re-réserver, re-annuler… C’est assez épuisant pour les nerfs. Je suis d’un naturel optimiste. Après la pluie, il y aura le beau temps.

Comment voyez-vous la relève du tourisme en général ? Avec des chutes et des morts, ou au contraire un rebond extraordinaire ? Comment le paysage touristique en France peut-il évoluer ?

Hélion de Villeneuve : Le paysage touristique tel qu’on le connaît aujourd’hui, va évoluer bien sûr. Je pense que cette crise va accélérer la concentration du marché, de la distribution, du tour-operating. Le marché est le plus explosé, avec énormément d’opérateurs, ce qui nous fragilise et nuit à la compétitivité des tour-opérateurs français. En effet, beaucoup vont peut-être s’épuiser. Ces crises sont quand même très dures financièrement mais également moralement. Mais on aura, aussi, plein de nouvelles start-up qui repartiront, avec de nouveaux modes de commercialisation. Les gens vont continuer à voyager, j’en suis convaincu.

De plus en plus ?

Hélion de Villeneuve : C’est naturel. Naturellement, jusqu’à la crise le marché a toujours été en croissance même si, en effet, les modes de commercialisation peuvent changer. Beaucoup de clients ne vont plus en agence de voyages, modifient leur mode de consommation, d’achat de voyages. Mais le marché était en forte croissance. Pendant un an, deux ans, on va être freinés dans tous nos déplacements et les voyages repartiront. C’est important pour les échanges, la culture, le moral, le développement, la paix dans le monde.

Si vous aviez quelque chose à refaire ?

Hélion de Villeneuve : Je referais pareil… Je ne regrette rien. J’ai adoré mes années en Polynésie mais je n’ai pas regretté de rentrer en France. J’ai adoré ma première aventure chez Austral Lagons, on était une super équipe, c’était fabuleux. La période Jet tours et Thomas Cook a été difficile mais enrichissante. Le nouveau défi que l’on a relevé pour redresser Austral Lagons a été super. J’ai aujourd’hui, en période de crise, des collaborateurs fantastiques qui nous aident à tenir la barre et je les en remercie. Je ne change rien, je suis très heureux de ma vie, Et je suis optimiste !

A lire aussiHélion de Villeneuve : « Malgré la crise, Austral Lagons n’a pas perdu d’argent en 2020 »

1 commentaire
  1. PIRAULT dit

    Bravo Hélion … Je me souviens de toi quand tu as créé il y a déjà une 20aine d’années, avec PH.Tesson, Austral Lagons.
    Tu étais un jeune loup un peu fou mais tu avançais vite.
    Tu as prouvé qu’on peut faire du bon boulot sans se prendre au sérieux !!!
    Bonne route …

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