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Helmut Gschwentner (Travel Europe) : « J’aime cette culture française »

Helmut Gschwentner a la convivialité qui fait la réputation des Tyroliens. La vie du président de Travel Europe et de sa filiale Visit Europe est guidée par le travail et la famille. Une interview réalisée à Vienne.

Qui êtes-vous Helmut Gschwentner ?

Helmut Gschwentner : Helmut Gschwentner, j’habite à Schwaz, je suis un des deux patrons de Travel Europe. Schwaz est une petite ville du Tyrol autrichien. J’ai une femme et deux enfants. Une fille et un garçon, 26 ans et 21 ans.

Vous êtes Tyrolien ?

Helmut Gschwentner : Je suis Tyrolien. J’ai 56 ans.

Skieur ?

Helmut Gschwentner : Bien sûr ! C’est obligatoire pour les Autrichiens. J’aime skier. Pour nous c’est facile, on n’est pas loin des pistes. Donc j’en profite.

Vous avez monté cette société avec votre frère ?

Helmut Gschwentner : On a eu et on a toujours un hôtel à Schwaz qui est aujourd’hui beaucoup plus grand. C’était une petite pension il y a 35 ans. L’idée était de faire réceptif pour des autocaristes français afin de remplir notre hôtel. J’étais encore dans mes études et l’avenir de cette société n’était pas clair pour nous, les deux frères. Mon frère Toni a toujours eu l’idée de continuer dans le tourisme. On a vu que ça fonctionnait alors on a développé l’affaire ensemble. C’est une histoire de famille. Notre père a construit l’hôtel en 1965. Aujourd’hui on a 121 chambres, 4 étoiles. 

Le grand changement : l’ouverture du rideau de fer.

Pourquoi se tourner vers la France alors que votre grand voisin est l’Allemagne ?

Helmut Gschwentner : Notre père a travaillé avec un comité d’entreprise en France. Et on ne voulait pas faire la même chose que tous les autres. On a fourni une bonne qualité de service, nos clients sont revenus et ils nous ont demandé des hôtels à Salzburg, à Vienne. Le grand changement s’est produit après l’ouverture du rideau de fer, en 1989. Les mêmes clients nous ont demandé d’autres villes comme Prague et Budapest. Nous avons changé de nom, c’était impossible de faire du business en République Tchèque avec ce nom. Tyrol Hotels est ensuite devenu Travel Europe. Nous avons commencé les vols directs et charters.

Qui a eu l’idée ?

Helmut Gschwentner : Toni était toujours le visionnaire, sûrement lui. Il est plus âgé de 9 ans.

Entre deux frères, il faut parfaitement bien s’entendre ?

Helmut Gschwentner : On est même trois frères, il y en a un entre nous. Il ne voulait pas travailler dans le tourisme. C’est peut-être une exception, mais on s’entend très bien.

Vous êtes plus côté finance ?

Helmut Gschwentner : Oui, côté finance, organisation, staff, filiale. Toni, plutôt côté clients. On est très complémentaires. Ce ne serait pas honnête de dire qu’on ne se dispute pas mais rien de grave. A la fin on le règle à la française : on boit un verre de vin ensemble.

Vous étiez très jeunes quand vous avez commencé…

Helmut Gschwentner : Quand on a commencé à trouver des clients français pour l’hôtel, on n’avait même pas encore créé notre société tour-operating… Cela fait maintenant 34 ans que nous avons 7 sociétés.

Pas trop difficile de travailler avec des Français ?

Helmut Gschwentner : Non pas du tout. Il faut les connaître, comme toute nationalité. En travaillant si longtemps dans un business avec les Français, on découvre la mentalité et les personnes. C’est comme partout, il y a des gens que tu aimes mieux que d’autres. J’aime bien cette cuture française.

Qu’avez-vous suivi comme études ?

Helmut Gschwentner : J’ai appris le français à l’école. Après, j’ai fait des études d’économie, jusqu’en 1991. C’était le moment de décider de rester ou non dans le business familial. Avec Toni, on s’est posé les mêmes questions : cela peut-il fonctionner entre deux frères, le business suffit-il pour deux familles ? Aujourd’hui, je peux dire que c’était le bon choix. 

Vos parents avaient déjà une affaire… Comment en vient-on à entreprendre ?

Helmut Gschwentner : On a toujours un peu travaillé dans l’hôtel familial, notre père nous demandait d’aider. On a trouvé les rôles naturellement. J’ai toujours été stressé de trouver la bonne organisation pour maîtriser l’ensemble. Certaines années, on a doublé le chiffre d’affaires de l’année précédente.

N’êtes-vous pas un peu timide ?

Helmut Gschwentner : Peut-être, oui. Aujourd’hui je pense avoir trouvé ma place dans la profession.

Nous sommes Européens.

Travel Europe, dans cette désignation il y a Europe, comment jugez-vous l’Europe maintenant ? Surtout pour une famille dont les parents ont connu une guerre épouvantable…

Helmut Gschwentner : Toute ma famille et moi-même sommes des vrais Européens. Aujourd’hui, je pense et j’espère que l’Europe est la garantie de ne pas avoir une guerre dans le futur. Il y a des problèmes, le droit de véto pour chaque pays est un peu difficile, on ne peut pas progresser si l’un est toujours contre. Ce n’est pas du tout parfait mais pour moi c’est la seule solution.

Vous êtes quand même en quelque sorte un « faiseur » de découvertes en Europe…

Helmut Gschwentner : C’est vrai. Avec nos 16 lieux de travail, on a des filiales en Europe, on connait les différents systèmes qui sont aujourd’hui européens. Chaque pays a ses spécificités, ce qui enrichit l’Europe. Il faut en profiter. Toutefois, cela m’inquiète qu’un pays veuille plus en profiter pour lui-même et ne voie pas la communauté. Je pense que la situation s’arrangera. La France et l’Allemagne étaient les moteurs et j’espère que cela va revenir, ça ne peut pas être un petit pays comme l’Autriche. A l’époque c’était aussi l’Angleterre, ils ont décidé de partir.

Pas trop difficile de travailler avec les Anglais, justement ?

Helmut Gschwentner : On ne sait pas encore ce que va donner le Brexit. Ce qui est important pour nous dans le tourisme est que les gens sur place soient toujours en sécurité économique pour pouvoir voyager. Sinon, comme avant, les Anglais ont toujours eu besoin de leur passeport parce qu’ils ne font pas partie de Schengen. La valeur de leur monnaie est importante, il est compliqué de prévoir ce qu’il en sera demain. On a une filiale a Edimbourg et je ne sais pas si j’avais le droit de continuer à en être directeur. Finalement oui [rires].

D’après vous, cette crise sanitaire a-t-elle été bien gérée par les Etats ?

Helmut Gschwentner : J’avoue que ce n’était pas facile pour les Etats, personne ne savait comment faire. Il y a des bonnes choses comme les aides (en Autriche, en France…), le chômage technique, les aides sur les coûts fixes qui étaient absolument nécessaires pour sécuriser et garantir l’emploi pour tout le monde. Sans chômage technique, on n’aurait jamais gardé le staff. Tout le monde en Europe n’a pas fait aussi bien. Il y a des pays où c’est beaucoup plus compliqué. Là où l’Europe n’a pas bien travaillé, c’est que chaque pays a décidé seul : fermer ou non les frontières, instaurer ou non un couvre-feu, laisser entrer les touristes ou non, remplir les autocars à la moitié ou pas… 

En tant qu’entrepreneur, on ne se dit pas « ça suffit, j’en peux plus, je laisse tomber » surtout quand on perd énormément d’argent ?

Helmut Gschwentner : Bien sûr. Mais on croit toujours en notre entreprise, on a une responsabilité, avec un staff de 160 personnes… On se retrouve au mois de novembre 2021, toujours en pleine crise avec la cinquième vague. Il y a des moments de frustration. Mais il y a plus de moments où on se dit qu’on va maîtriser la situation tous ensemble.

Helmut et Anton (Tonjy) Gschenwebtner

Etes-vous un bon patron ?

Helmut Gschwentner : Bonne question, ça serait mieux de demander à l’équipe. Nous pilotons les entreprises pour les garder les structures structure life. Dans la vie quotidienne, on commet toujours des erreurs. Mais je crois qu’on fait aussi de bonnes choses, mon frère et moi.

Que représentent les vacances, pour vous ?

Helmut Gschwentner : Je n’ai pas eu de vacances depuis deux ans. Il y a tellement de choses à régler chaque jour… Les vacances, c’est déjà le ski. J’aime bien partir une semaine au ski en famille. Pour moi, ce sont les vraies vacances. Après un peu de soleil, oui bien sûr, mais pas que : j’aime aussi prendre la voiture (en Crète, en Italie…) et découvrir de petits villages. Le long-courrier, c’est de temps en temps, pas chaque année. Je reste plutôt en Europe, je cherche le soleil avec des paysages derrière.

Vous affrétez beaucoup d’avions. Quel est votre sentiment sur cette montée écologique et notamment « l’avion-bashing » ? Qu’est qu’un tourisme plus durable pour vous ?

Helmut Gschwentner : Pour nous, c’est peut-être un petit peu plus facile que pour nos confrères. Nous ne proposons pas de voyages long-courriers. On affrète des avions, bien sûr, et nos clients sont de plus en plus sensibles à la dimension écologique. Il y a de nouvelles idées comme le train de nuit, on veut les mettre dans la production mais ce sera un complément. Les vols en Europe ne sont peut-être pas utiles pour les vraies courtes distances. Mais si tu veux aller de Paris à Dubrovnik, que peux-tu faire ? J’espère que les constructeurs des avions trouveront des idées pour moins polluer. Nous, nous veillons à ce que nos autocars ne soient pas les plus âgés.

La vie, c’est la famille.

La vie pour Helmut, c’est quoi ?

Helmut Gschwentner : La vie, c’est la famille. Il y a beaucoup le travail aussi – et un peu les loisirs – parce que j’aime travailler. Toutes les filiales que nous avons me permettent de voyager, de voir les gens. J’aime rencontrer ces équipes.

En tant que patron très actif, a-t-on le temps de voir grandir ses enfants ?

Helmut Gschwentner : Oui ! On a une vie familiale bien sûr. Il y a des soirées où je ne suis pas à la maison… J’espère que mes enfants ne disent pas le contraire, mais aujourd’hui ils sont grands. On essaie quand même de trouver de bons moments à partager. Mes enfants m’appellent parfois pour me dire « allez, on va ensemble skier ce week-end » j’aime ça.

Aimeriez-vous que vos enfants prennent la suite ?

Helmut Gschwentner : Difficile à dire. S’ils veulent le faire, c’est super. Sinon, c’est leur vie.

Si vous aviez quelque chose à changer de votre vie ?

Helmut Gschwentner : Trouver un peu plus de temps pour la famille. Aujourd’hui, mon souhait est vraiment de sécuriser tout le groupe : la maison mère, les filiales, l’hôtel. C’est important pour moi de piloter, pendant cette crise, dans une bonne direction. 

Avez-vous des regrets ?

Helmut Gschwentner : Professionnellement, on commet toujours des erreurs, c’est normal. En ce qui concerne ma vie privée, non, aucun regret. Rien que de bonnes choses.

1 commentaire
  1. Bertrand dit

    Félicitation à cette belle famille ils ont réussi à monter une société extraordinaire. Le service est excellent quelle que soit la demande quant à leur hôtel de Stans c’est vraiment une merveille.

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