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Les paquebots ne pourront plus naviguer à Venise dès le 1er août

La croisière pourra continuer de s’amuser, mais plus loin : les paquebots, accusés de mettre en péril le centre historique de Venise classé au patrimoine de l’Unesco, en seront bannis dès le 1er août.

Une annonce faite par le Premier ministre italien, Mario Draghi, qui a salué « une étape importante pour la préservation de la lagune vénitienne », soumise depuis des décennies au ballet continuel des paquebots de croisières, et leurs milliers de passagers.

Les défenseurs de l’environnement et du patrimoine culturel accusent les grosses vagues engendrées par ces navires, longs de plusieurs centaines de mètres et hauts de plusieurs étages, d’éroder les fondations de la Sérénissime, et de menacer le fragile écosystème de sa lagune. Le débat avait été relancé le mois dernier avec le retour des croisières après des mois de pandémie qui avaient rendu aux Vénitiens calme et air pur, tout en les privant d’importants revenus.

Inscrite à l’Unesco depuis 1987

Dans le détail, les bateaux de plus de 25 000 tonnes de jauge brute, de plus de 180 mètres de long, de 35 mètres de tirant d’air, ou dont les émissions contiennent plus de 0,1% de soufre ne seront plus autorisés à entrer dans le bassin de Saint-Marc, le canal de Saint-Marc et le canal de la Giudecca. Ils devront s’amarrer dans le port industriel de Marghera, où des aménagements seront réalisés, tandis que les navires de croisière plus petits (environ 200 passagers) pourront continuer à accoster au cœur de la ville.

L’Italie, souligne le ministre de la Culture et du patrimoine, Dario Franceschini, a voulu ainsi « éviter le risque concret d’une inscription de la ville sur la liste du patrimoine en péril ». Le temps pressait car les organismes consultatifs de l’Unesco ont proposé cette inscription fin juin et le Comité du patrimoine mondial doit statuer lors de sa réunion en Chine du 16 au 31 juillet. L’inscription sur la liste du patrimoine en péril peut permettre au comité d’accorder une assistance rapide au site concerné dans le cadre du Fonds du patrimoine mondial.

Une contribution économique d’envergure

Mais elle sert aussi à « alerter la communauté internationale dans l’espoir que celle-ci se mobilise pour sauver les sites concernés » et peut aussi être perçue « comme un déshonneur », écrit l’Unesco sur son site. Surtout, si rien n’est fait à terme, le site peut être retiré de la liste du patrimoine mondial, auquel Venise est inscrite depuis 1987. Le décret adopté mardi par le conseil des ministres « est un bon compromis », a réagi le président de l’association des entreprises touristiques de Vénétie, Confturismo Veneto. « La solution de Marghera maintiendra la vocation portuaire de Venise, en sauvant l’emploi et l’activité d’un côté, et en libérant le canal de la Giudecca de l’autre ».

Car si l’Italie a tardé à prendre cette décision, c’est bien parce que l’industrie de la croisière contribue largement à l’économie vénitienne avec quelques 400 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel, pour 5 000 emplois (quand 90 000 Vénitiens au total travaillent pour les infrastructures portuaires de la ville). Le gouvernement s’est engagé à compenser le manque à gagner pour la filière, notamment le gestionnaire du terminal, ses sous-traitants, les sociétés de logistique, etc. Le port de Marghera devra aussi être aménagé pour accueillir les paquebots et 150 millions d’euros seront débloqués à cet effet.

Pour MSC, ça ne change rien d’embarquer à Marghera

La décision divise d’ailleurs dans la Cité des Doges. « A partir d’aujourd’hui c’est pratiquement l’arrêt des croisières, ça veut dire que même les navires programmés ne vont pas venir », déplore Andrea Tomaello, maire-adjoint de Venise. En effet, MSC Croisières a par exemple positionné deux navires (MSC Orchestra et MSC Magnifica) au départ de Venise cet été, tandis que Costa misait sur le Costa Deliziosa. Il y a quelques semaines, Patrick Pourbaix, le directeur général de MSC Croisières pour la France, nous expliquait que la compagnie n’avait aucun problème à amarrer ses navires dans le port de Marghera, et même de Trieste, en attendant que le premier soit prêt techniquement.

Evoquant « la crise pour les travailleurs » dans ce domaine après un an et demi d’arrêt des croisières en raison de la pandémie de Covid-19, Andrea Tomaello a également souligné l’impact de cette interdiction sur tout le secteur touristique. « Les touristes américains, européens, asiatiques viennent quelques jours avant, dorment dans des hôtels vénitiens, mangent dans des restaurants vénitiens puis partent en croisière », selon le maire-adjoint.

D’importants travaux nécessaires

Désormais, il va falloir s’activer dans le port de Marghera, qui n’est pas prêt à accueillir de tels bâtiments. Dans les mois qui viennent, des quais provisoires seront aménagés et des navettes mises en place entre Marghera et le centre de Venise. Dans un second temps, des plateformes d’approche offshore seront construites. Mais cela prendra des années. L’Autorité portuaire de la mer Adriatique septentrionale a publié le 29 juin un appel d’offres qui ne sera adjugé qu’en juin 2023.

Pour Marta Canino, porte-parole du « Comité non aux grands navires », l’interdiction est en revanche une excellente nouvelle. « Les navires à l’intérieur de la lagune produisent les mêmes effets, ils polluent, détruisent », estime-t-elle. « Il y a neuf ans, nous avions une moyenne de 10 navires par weekend et finalement à partir du 1er août ils ne pourront plus entrer. Nous sommes fiers de ce résultat ».

La directrice générale de l’Unesco Audrey Azoulay a été l’une des premières à réagir sur Twitter, qualifiant la décision italienne de « très bonne nouvelle » et d' »étape importante contribuant de manière significative à la sauvegarde de ce site unique ».

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