Kérosène : l’AIE alerte sur une pénurie « en juillet ou en août »
Alors que la « saison des voyages » s’apprête à commencer, l’Agence avertit que le marché pétrolier pourrait entrer dans une « zone rouge ».
L’équilibre énergétique mondial se trouve à nouveau fragilisé. Jeudi 21 mai, le directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), Fatih Birol, a averti que le marché pétrolier pourrait entrer dans une « zone rouge », avec une pénurie d’offre en « juillet ou en août », en l’absence d’issue durable au conflit qui embrase le Moyen-Orient.
Saison des voyages
Le calendrier de cette crise potentielle n’a rien d’anodin et frappe au pire moment pour l’industrie du tourisme. « Le problème, c’est qu’à la fin juin, début juillet, la saison des voyages commence », a expliqué le dirigeant de l’AIE lors d’une intervention organisée par le think tank britannique Chatham House. À cette période charnière de l’année, a-t-il rappelé, « en général, la demande de pétrole, la consommation de pétrole augmente ».
Le secteur de l’aviation civile est, depuis le 28 février 2026, mis à l’épreuve par les soubresauts de l’inflation mondiale. Les compagnies aériennes, pour qui le kérosène représente traditionnellement jusqu’à un tiers des coûts opérationnels, se retrouvent en première ligne. Si les grands transporteurs se protègent partiellement via des mécanismes complexes de couverture financière sur les cours du pétrole, une pénurie physique ou une flambée extrême les frapperait de plein fouet au cœur de leur saison la plus rentable. Face à cette tension sur l’approvisionnement, les compagnies pourraient ainsi continuer d’activer des surcharges carburant. Des tensions d’approvisionnement contraignent déjà certains transporteurs à ajuster ou réduire leurs programmes de vols estivaux, à l’image de la compagnie Transavia, qui a déjà diminué son plan de vols de 2% en mai et en juin.
Plus d’un milliard de barils d’exportations « perdus »
L’épicentre de cette crise demeure le détroit d’Ormuz. La paralysie du trafic, directement liée à la guerre, a déjà fait perdre au marché plus d’un milliard de barils d’exportation en provenance des producteurs du Golfe, rapporte l’AIE. Selon ses calculs, cette entrave historique représente une perte sèche vertigineuse d’environ 14 millions de barils par jour pour le marché mondial.
En France, la hausse continue des prix a déjà poussé l’exécutif à annoncer de nouvelles mesures de soutien, tout en s’efforçant d’écarter tout risque immédiat de pénurie. Les acteurs industriels sont toutefois moins optimistes : fin avril, le patron de TotalEnergies estimait lui-même que la France pourrait entrer dans une ère de pénurie énergétique si le blocage d’Ormuz durait « deux ou trois mois » de plus.
Stocks stratégiques
Face à cette menace globale, les institutions tentent de s’organiser. Pour apaiser les marchés, les 32 pays membres de l’AIE avaient validé en mars la libération coordonnée de 426 millions de barils, soit plus du tiers de leurs réserves stratégiques. Bien que ces réserves fondent à un rythme record, Fatih Birol a affirmé que l’organisation se tenait « prête à agir » pour libérer davantage de pétrole « si les pays le décident ». Néanmoins, l’institution a tenu à tempérer les attentes dans une déclaration écrite, insistant sur le fait que « tout nouveau recours aux stocks dépendra de l’évolution des marchés et d’une décision prise par l’ensemble de nos gouvernements membres ».
Les perspectives d’une accalmie tarifaire semblent de toute façon illusoires à court terme. Même dans l’hypothèse d’une réouverture totale du détroit d’Ormuz, le retour à la normale sera fastidieux. Selon Arne Lohmann Rasmussen, analyste chez Global Risk Management, cité par l’AFP, « il est peu probable que la baisse des prix soit aussi importante que beaucoup l’espèrent ». Et de rappeler le besoin impérieux de reconstituer les stocks mondiaux et les innombrables problèmes logistiques à résoudre.
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