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French Tech : l’anomalie d’un secteur, l’exception Visamundi

Sur les 120 pépites du dernier palmarès French Tech 120, une poignée seulement relève du voyage. À Nantes, Visamundi, retenue au programme Scale-Up Excellence 2026, fait figure d’exception et met le doigt sur un angle mort du secteur : les formalités d’entrée.

Le palmarès French Tech 120, qui distingue chaque année les start-up tricolores à plus fort potentiel, dresse en creux une cartographie de l’innovation française. Dans la promotion 2026, l’intelligence artificielle, la greentech, la fintech et la santé numérique trustent les places. Le voyage, lui, se compte sur les doigts d’une main : aux côtés de BlaBlaCar, de HomeExchange ou de Naboo, la plateforme d’organisation de séminaires d’entreprise, voyage et événementiel d’affaires confondus dépassent à peine les 3 % du contingent. Un paradoxe pour la première destination touristique mondiale.

Scale Up

C’est dans ce contexte que Visamundi, entreprise nantaise spécialisée dans l’automatisation des formalités de voyage, vient d’être retenue au programme Scale-UpExcellence 2026. Co-porté par 12 capitales French Tech, ce dispositif est présenté comme « l’antichambre du French Tech 120 » : il sélectionne, sur des critères stricts de traction commerciale, les entreprises jugées prêtes à changer de dimension. Une signature “travel” rare dans un écosystème qui en compte peu.

 

L’angle mort des formalités

Si la tech du voyage a longtemps concentré ses efforts sur la réservation et la distribution, un pan entier du parcours est resté dans l’ombre : l’entrée sur le territoire. Visas électroniques, autorisations de voyage type ETA, cartes d’arrivée numériques, exigences de passeport… Les règles se sont multipliées et complexifiées ces dernières années, à mesure que les États digitalisaient et durcissaient le contrôle de leurs frontières. Pour le voyageur comme pour le professionnel qui l’accompagne, l’erreur se solde par un embarquement refusé.

C’est précisément cette zone grise qu’occupe Visamundi, à la croisée de la « govtech » et du travel : automatiser des démarches administratives dispersées entre des dizaines de portails gouvernementaux, et les rendre lisibles.

 

« Les formalités sont devenues le dernier kilomètre du voyage, et c’est souvent le plus risqué. Tout le monde a optimisé la réservation ; presque personne n’a industrialisé ce qui se passe ensuite, jusqu’au passage de la frontière. »
Sébastien Couix, dirigeant de Visamundi

 

Un modèle hybride, taillé pour l’échelle

Créée à Nantes en 2017, l’entreprise traite aujourd’hui quelque 30 000 documents par an, pour un volume d’affaires de 4 millions d’euros. Son modèle est hybride : une activité grand public (B2C) et une offre aux professionnels (B2B) pour les agences, tour-opérateurs, et acteurs du voyage d’affaires qui connaît une forte accélération depuis la rentrée 2025. Ils ont même adressé les avocats en immigration avec des solutions de suivi des dossiers et de gestion des documents.

Au cœur de la mécanique : l’intelligence artificielle, sujet sur lequel Sébastien Couix est régulièrement sollicité. Lecture automatisée des pièces justificatives, fiabilisation des données, anticipation des cas de refus… l’IA sert ici à fluidifier un parcours client réputé anxiogène. Avec une ligne de conduite assumée : la souveraineté des données avec des modèles auto-hébergés.

« Nous manipulons des passeports, des identités, des informations parmi les plus sensibles qui soient. Maîtriser où et comment ces données sont traitées n’est pas une option, c’est la condition de confiance de tout notre métier. »
Sébastien Couix

 

Ce que cela dit du secteur

Au-delà du cas Visamundi, la quasi-absence du voyage dans les palmarès de la French Tech interroge un secteur qui se vit volontiers comme innovant, mais reste discret dans l’écosystème tech français. Là où la fintech ou la healthtech ont su structurer des champions visibles, le travel peine encore à faire émerger et à faire reconnaître les siens.

L’enjeu n’est pas qu’une question d’image. La maîtrise des formalités devient un avantage concurrentiel et une nouvelle source de revenus pour des professionnels du voyage en manque de diversification, et un sujet de souveraineté pour la filière. Que l’un des rares représentants travel de la nouvelle génération en fasse son cœur de métier n’est, peut-être, pas un hasard.

 

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