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Guerre au Moyen-Orient : les géants du tourisme revoient leurs prévisions à la baisse

Compagnies aériennes, voyagistes, plateformes, croisiéristes… les plus grands acteurs du tourisme et du voyage revoient leurs prévisions pour 2026 à la baisse en raison des impacts du conflit au Moyen-Orient.

Déclenché le 28 février par les bombardements d’Israël et des États-Unis entraînant la riposte de l’Iran, le conflit au Moyen-Orient s’enlise. Malgré un couvre-feu fragile, la guerre fait des victimes quotidiennement dans les différents pays de la région. Et ses répercussions impactent l’ensemble de l’économie mondiale, notamment l’industrie du tourisme, confrontée à la prudence et à l’attentisme du marché.

Près de trois mois après le déclenchement de la guerre, les plus grands acteurs du secteur sont contraints de revoir leurs prévisions financières à la baisse. Directement concernées par la hausse des prix des carburants, les compagnies aériennes se montrent ainsi plus prudentes. Air France-KLM, qui pourrait bientôt changer de nom, anticipe ainsi une hausse de 35% de sa facture annuelle de kérosène par rapport aux prévisions antérieures.

Lufthansa supprime 20 000 vols

Le géant franco-néerlandais se voit également obligé de revoir son offre. Il table désormais sur une hausse de ses capacités comprise entre 2 et 4% pour l’exercice 2026, contre 3 à 5% initialement. Lufthansa Group aussi revoit sa stratégie, avec la suppression d’environ 20 000 vols courts jugés non rentables sur l’ensemble de la saison estivale, permettantl’économie de 40 000 tonnes de kérosène alors que planent des risques de pénurie. Le groupe prévoit par ailleurs un surcoût carburant de 1,6 milliard d’euros sur l’exercice en raison de la flambée des prix.

British Airways, Easyjet, United Airlines… la plupart des acteurs de l’aérien s’attendent donc à faire moins bien que prévu. Pour autant, aucun ne semble menacé de cesser ses activités comme Spirit Airlines, une compagnie fragile emportée par la pression financière liée à la guerre au Moyen-Orient. Côté voyagistes, le son de cloche est globalement le même. TUI Group a ainsi ‌abaissé ses prévisions de résultat d’exploitation sous-jacent (Ebit) ​pour l’ensemble de l’exercice.

Booking, Airbnb, Expedia : les plateformes ne sont pas épargnées

Le groupe touristique allemand table désormais sur ​un Ebit sous-jacent compris entre ⁠1,1 milliard et 1,4 milliard d’euros. Le voyagiste prévoyait auparavant une ​hausse de ‌7% à 10% par rapport aux ⁠1,4 milliard d’euros enregistrés l’année précédente. Parallèlement, TUI Group suspend ses prévisions de chiffre d’affaires « jusqu’à la stabilisation de la situation ». Précédemment, l’entreprise anticipait une hausse de 2 à 4% en comparaison avec les 24,2 milliards d’euros atteints en 2025. Voyageurs du Monde, lui non plus, ne fait plus de prévisions financières jusqu’à nouvel ordre.

Les plateformes de réservations subissent également le contrecoup. Booking prévoit désormais une croissance du chiffre d’affaires à « un chiffre élevé » contre « deux chiffres faibles » auparavant. Airbnb signale beaucoup d’annulations en Europe, au Moyen-Orient et dans la zone Asie-Pacifique et anticipe une réduction de la croissance des réservations au deuxième trimestre d’environ 1%. Après un très bon premier trimestre, Expedia a aussi publié des prévisions pour le reste de l’année qui ont déçu les marchés. Au 12 mai, l’action du groupe s’affichait ainsi en recul de plus de 21% depuis début 2026.

Dans l’hôtellerie, l’impact est moindre mais réel. Accor, dont 8% de son portefeuille de chambres est installé au Moyen-Orient, évoque une activité « fortement impactée » par le conflit. Les autres majors (Marriott, Hilton, Intercontinental…) voient pour l’instant leurs baisses d’activités au Moyen-Orient compensées par la demande dans d’autres régions, notamment aux États-Unis. Mais toutes s’attendent à un impact sur les résultats de l’ensemble de l’exercice.

Tous attendent la réouverture du détroit d’Ormuz

Les compagnies de croisières n’y échappent pas non plus. Malgré un marché intérieur résistant aux États-Unis, et des records de réservations pour l’année 2026, l’action de Carnival dévisse d’environ 21% depuis le début du conflit. Norwegian Cruise Line a divisé par près de deux ses prévisions de bénéfice pour 2026, la compagnie pointant la flambée des prix du carburant et une demande atone vers l’Europe qui pèsent lourdement sur sa rentabilité. MSC Croisières, de son côté, a dû repenser le positionnement de ses différents navires pour s’adapter à la situation.

Même Amadeus, dont le bénéfice net n’a progressé que de 0,4% au premier trimestre à 356,9 millions d’euros, évoque des « volumes modérés en raison de la situation géopolitique » et anticipe un repli des réservations de transport aérien.

Au-delà du risque sécuritaire ou des fermetures de destinations, c’est donc principalement la hausse des coûts des carburants et les craintes d’une inflation marquée et globale qui provoquent l’attentisme du marché. Avec, pour les professionnels du secteur, une frustration certaine : ils n’ont aucun levier spécifique à activer pour corriger cette situation. Tous n’attendent qu’une chose : la réouverture du détroit d’Ormuz, qui n’était pas fermé au moment de leurs prévisions budgétaires.

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