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François Piot (Prêt à Partir) : « Je suis un cartésien, tombé dans la marmite du management »

C’est un patron atypique, François Piot, et il le revendique. Pour lui, la vie est un jeu, avec des victoires et des échecs. Entretien le PDG de Prêt à Partir, un groupe lorrain qui s’est développé notamment dans le voyage.

L’Echo touristique : François Piot, qui êtes-vous ?

François Piot : Un père de famille avant tout. J’ai six femmes à la maison, un agent de voyages et un chef d’entreprise. J’aime beaucoup les histoires d’entreprises, l’aventure humaine, commerciale et technique. Je suis quelqu’un de curieux qui accorde une grosse importance à la valeur « travail » et à l’humilité.

En préparant cet entretien, je lisais dans un article qui vous était consacré qui disait que vous étiez un patron « inclassable ».

François Piot : (sourire) Oui, parce que j’avais une formation scientifique. Je suis un cartésien pur et dur, qui est tombé dans la marmite du management, qui aime ça.

J’aime faire mon métier d’une manière scientifique, parce que j’aime bien chercher. J’ai d’ailleurs passé quelques années en tant que chercheur dans un laboratoire de biologie moléculaire. J’ai gardé cette approche de la vie en général avec de la curiosité et la quête de la vérité. Pour moi, c’est très important que les choses aient du sens, qu’il existe une logique. 

Vous avez 48 ans. Quel parcours !

François Piot : (sourire). On peut voir ça de différentes façons. On peut dire que Piot, c’est un fils à papa. Quand je suis arrivé dans l’entreprise, comme beaucoup de gens de la profession, je n’ai fait que reprendre l’héritage familial. Donc, aucun mérite.

Mais, quand je suis arrivé, l’entreprise était un peu malade : la croissance avait été mal gérée, elle n’était plus adaptée à un management moderne. Vous savez, ce qui m’intéresse, ce n’est pas le passé. Il y a encore beaucoup de choses à faire et cette crise du Covid a profondément changé notre métier. Nous allons vivre des années passionnantes. Difficiles, mais passionnantes.

C’est-à-dire ?

François Piot : La donne a changé. Le Covid crée un peu l’effet d’une guerre, entraînant une nouvelle répartition des richesses et une forte réduction des inégalités. Et puis cela redonne un peu une chance à ceux qui n’en avaient pas avant le conflit. Mais il y a aussi un phénomène un peu darwinien : les plus faibles meurent, les plus riches survivent. Vous connaissez la blague : « comment fait-on pour devenir millionnaire dans le tourisme ? Il faut commencer milliardaire » !

Toute crise crée des opportunités.

Le Covid a accéléré ce qui se passe depuis des années. Il y a des entreprises, plutôt grosses, qui disparaissent comme Thomas Cook. TUI n’a pas disparu, mais quand on fait la somme Nouvelles Frontières, Marmara, Passion des Iles, Vacances Transat, Lookéa, aujourd’hui on n’arrive pas au TUI d’aujourd’hui. Ce contexte crée des opportunités pour des acteurs déjà bien présents ou de nouveaux acteurs qui voient notre métier autrement. Parce que j’aime beaucoup l’innovation, nous avons au sein du groupe un fonds d’investissement qui accompagne nos start-up. Et l’on découvre des choses assez magiques. Certaines start-up dont nous sommes actionnaires – quelques pourcents – ont des valorisations comparables à la nôtre, alors qu’elles ont à peine cinq ans d’existence.

Ces start-up ne sont pas dans le tourisme. C’est pour vous toujours de la curiosité ?

François Piot : Mon moteur, c’est la rencontre. Si j’ai pris des risques et des décisions importantes, j’ai parfois perdu beaucoup d’argent. Parfois j’en ai aussi beaucoup gagné.

François Piot, PDG de Prêt à Partir

Dans les écoles de commerce, on vous explique que pour faire un bon investissement, il faut un « retour sur investissement ». Mais dans la vraie vie, on fait d’abord des rencontres, puis on fait des affaires, de très bonnes, de très mauvaises… Les affaires moyennes sont assez rares finalement.

Je suis un entrepreneur qui aime prendre des décisions importantes sur de l’intuition. Parfois je me trompe. Mais comme je joue plus souvent que les autres, je gagne comme je perds plus souvent que les autres.

Je crois que c’est Rockefeller qui disait « dans les affaires, il vaut mieux en faire plus de bonnes que de mauvaises ».

Vous avez dit que, à vos débuts, vous aviez un esprit de petit con, de fils à papa. Vous avez changé ?

François Piot : J’espère ! (Rire). Le petit con est devenu un vieux con. Et le fils à papa, oui, le fils a tué son père. On est toujours le fils de son père, mais aujourd’hui, j’ai dans l’entreprise une position qui n’est plus celle du fils. J’ai mis ma patte sur le management de l’entreprise, sur la gestion de cette entreprise, sur les métiers. Nous avons des métiers très différents : le transport, qui est le gros métier du groupe, le voyage qui est aussi important, nous sommes présents dans les start-up, les énergies renouvelables, les espaces verts. Nous fabriquons même des véhicules industriels. L’année dernière, nous avons aidé une start-up qui montait une usine de masques. Cette opportunité a bien marché.

C’est toute l’histoire de Prêt à Partir. Nous ne sommes pas autocariste, nous ne sommes pas agent de voyages : nous sommes « aussi » tout ça. Mais nous sommes avant tout des gens curieux qui aiment accompagner des histoires d’entreprises. Aujourd’hui, je ne me ferme rien. Nos métiers sont très ouverts, nous n’avons pas peur de la nouveauté.

Le 17 mars 2020, j’ai fermé le siège, je suis rentré chez moi, un peu la larme à l’œil.

Vous avez environ 2000 salariés… Comment gérez-vous les équipes, en fonction de l’humain ?

François Piot : Il y a un bouquin que j’aime beaucoup, « L’histoire de Favi ». Jean-François Zobrist était le patron de Favi, une entreprise de sidérurgie du Nord, un truc bien métalleux… On n’est pas dans la start-up qui fait rêver et Zobrist a écrit un bouquin super intitulé « La belle histoire de Favi, l’entreprise qui croit que l’homme est bon ». Je partage tout à fait ça. Ils ont une devise chez Favi qui dit « Bon sens, bonne foi, bonne humeur, bonne volonté ». Je trouve ça assez génial parce que ça nous donne des principes qui permettent de prendre, peut-être pas la meilleure décision, mais une décision cohérente avec nos valeurs. Nous travaillons beaucoup sur une relation de confiance, c’est notre marque de fabrique. Ce n’est pas parce que l’on fonctionne sur l’humain que nous sommes des Bisounours. Mais nous sommes dans une attitude de dialogue.

Au Niger

Parlons tourisme. Comment avez-vous vécu cette crise, comment vos collaborateurs l’ont vécue et quelles solutions voyez-vous pour l’avenir ?

François Piot : Nous avons vécu cette crise de plusieurs façons. Le 17 mars 2020, j’ai fermé le siège, je suis rentré chez moi, un peu la larme à l’œil. Et le lendemain, j’ai commencé à envoyer un message à mes équipes pour leur raconter ce que je viens de vous raconter. Le deuxième jour, j’ai envoyé un second texte au travers de notre réseau social d’entreprise, Workplace. Le troisième jour, troisième texte… J’écris ce qui nous arrive, comment j’imagine la suite, quelles sont nos armes pour nous en sortir. Ce matin, j’ai envoyé le 449e texte.

Je leur ai tout dit, parce que nous avons une politique de transparence. Tout y est passé, depuis les rachats que j’avais fait en passant par des explications plus techniques… Sans oublier les échecs que nous avions subis.

Et chaque dimanche, je publiais un texte plus spirituel. Là aussi je me sens un patron un peu atypique, que certains nomment un chrétien asymptomatique, dans la mesure où je suis un pratiquant non croyant.

En clair, et ce que j’explique, c’est que je ne crois pas nécessairement en Dieu, mais je trouve que les Evangiles racontent l’histoire d’un type qui était plutôt un type bien. J’essaie de gérer ma boîte non pas comme le ferait le Christ (ce serait un orgueil et un péché mortel), mais en m’inspirant de la façon dont il a mené sa vie. Un peu atypique dans notre métier, mais je le revendique. Par exemple, le 11e commandement qui dit « Aime ton prochain comme toi-même » est devenu chez nous « Aime ton client comme toi-même » !

Si demain on arrive à aimer nos clients comme le Christ aimait son prochain, et le prochain au sens de François, le Pape, c’est d’aimer tout le monde. Pas seulement sa famille ou ses amis. D’avoir une approche bienveillante de la personne que l’on croise dans la rue, même si on ne la connaît pas, même si elle n’a pas la même couleur de peau ou qu’elle ne parle pas la même langue que vous.

Pour moi, l’entreprise c’est une aventure humaine… et aussi un jeu. C’est ce que je dis à mes équipes, le matin, il faut venir en ayant envie de jouer. Le jour où vous n’aurez pas envie, ce n’est pas la peine de venir.

Donc, la première chose a été de garder le lien avec les équipes, pour qu’elles-mêmes gardent le lien avec leurs clients : c’était absolument indispensable et tous les moyens ont été employés durant la fermeture des agences : mails, WhatsApp, etc.

Second point, il fallait rassurer. J’ai été très transparent, non seulement avec mes équipes mais aussi avec mes banquiers. Tous les trois mois, je leur envoyais une note en les informant de la situation, en expliquant à chaque fois, les bonnes comme les mauvaises nouvelles.

Il est vrai que durant toutes ces années, nous avons gagné de l’argent, que cet argent a été thésaurisé dans l’entreprise et que n’avions pas de stress sur la capacité à survivre à cette crise, quelle que soit sa durée. C’est un confort inimaginable et ça nous a permis de garantir les salaires à 100%.

Enfin, le troisième outil afin de rassurer les équipes a été de donner une forme d’horizon, avec une sorte de plan avec trois axes : les réseaux sociaux, un nouveau contrat social et, plutôt sur du long terme, la poursuite de notre travail sur la transition énergétique. Malgré la bienveillance que je revendique, nous avons eu beaucoup de départs, environ une personne par agence. 30% de nos effectifs sont partis. Nous allons devoir embaucher.

Justement, tourisme et écologie peuvent faire bon ménage ?

François Piot : J’ai récemment lu dans la presse que, si tous les avions du monde s’arrêtaient de voler, on réduirait de 2% les émissions de CO² au niveau mondial. Cela ne résoudrait pas tous nos problèmes. Vous savez, les émissions de CO² au niveau de la planète, ce sont les transports routiers, beaucoup l’agriculture et puis de la construction, en particulier des cimenteries.

L’impact du CO² sur le tourisme est réel, mais surestimé.

Donc l’impact du CO² sur le tourisme est réel mais surestimé par des gens qui pensent que le tourisme génère beaucoup de CO². En tant qu’agent de voyages, nous avons un devoir de sensibilisation auprès des clients, mais nous n’avons pas à juger. C’est au client, en tant que consommateur, de faire son choix. Nous pouvons aussi le sensibiliser sur une certaine forme de voyage.

Depuis une dizaine d’années, nous soutenons une association en Lorraine, Niger Ma Zaada. Nous ne cherchons pas à envoyer des clients au Niger pour un séjour humanitaire. En revanche, les personnes qui nous achètent un voyage contribuent à soutenir cette association qui, elle, participe à l’amélioration de la vie des habitants au niveau de l’accès à l’eau, à l’éducation, à la santé, etc.

Vous m’avez dit qu’il fallait aimer tout le monde. Le principe est-il compatible avec ce climat de violence de notre société ?

 François Piot : C’est vrai, récemment, un de nos agents de voyages s’est fait tabasser par le fils d’une cliente à qui nous n’avions pas remboursé un billet d’avion à 300 euros. Je suis parfaitement conscient du fait que, depuis 15 mois, nos collaborateurs vivent un calvaire. Mais, nos clients sont, dans une énorme majorité, adorables…

Toutefois, quelques-uns ont des comportements déplacés, parfois insultants ou odieux. Il y a une vraie agressivité partout en ce moment. Il suffit d’une petite étincelle. Souvent, plus on est gentil, plus on en prend plein la tronche. C’est totalement injuste et il faut faire preuve de résilience.

François Piot, comment peut-on être chrétien, pratiquant et ne pas croire ?

François Piot : Le bon chrétien, c’est celui qui doute. Pour moi, celui qui va à l’église sans se poser de questions – et pour qui la Terre a 4000 ans, nous descendons d’Adam et Eve -, n’a aucun mérite. J’ai une grande admiration pour ceux qui font des efforts. Et le fait de croire ou ne pas croire, de se questionner, est déjà un effort. Le bon chrétien, c’est celui qui doute. Pour moi, ce n’est pas du tout antithétique de dire « j’épouse les valeurs chrétiennes ou du moins des valeurs humanistes en général » et en même temps dire la vie est un beau roman mais je ne crois pas tout ce qu’il y a dedans ».

La vie pour François Piot, c’est quoi ?

François Piot : (long silence). C’est un jeu ! Clairement. C’est aussi une vie simple. J’aime les choses simples. Mon plaisir, c’est d’aller me promener dans les bois, passer du temps avec mes filles et ma femme, lire un bon bouquin, faire un match de ping-pong avec un ami… Je vis très simplement. Je pense d’ailleurs que plus je vieillis, plus je vis simplement.

Si vous, François, aviez quelque chose à refaire, ou des regrets…

François Piot : (sourire). Selon le principe de la thermodynamique, remonter le temps est impossible. Non, je referais exactement ce que je fais…

Sans aucun regret ?

François Piot : Si. En fait, des regrets j’en ai plein. Chaque année, il y a 40 000 bouquins qui sont publiés. Même en ne faisant que ça, je ne pourrais pas tout lire !

J’ai un frère handicapé avec lequel nous avons de plus en plus de distance, on n’arrive plus à se parler. Ce sera un grand regret de ma vie, surtout lorsque mes parents vont disparaître… Oui, il y a des choses que j’aurais dû changer. J’ai fait du mieux que j’ai pu. Mais oui, je partirai, le moment venu, avec des regrets. Oui.

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3 commentaires
  1. PIERRE GERVAIS dit

    TRES BONNE AGENCE EPERNAY PERSONNEL TRES à L’ECOUTE ET serviable je vous recommande cette agence

  2. MASSON Daniel dit

    Tu es super François comme on t’aime

  3. Marinot dit

    Un entretien qui sort de l’ordinaire par sa qualité….liée à celle de ce chef d’entreprise atypique. Merci

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