Bernard Benhamou (Privilèges Voyages) : « Il faut absolument anticiper la transmission de son entreprise »
Dans quelques semaines, Bernard Benhamou cédera son entreprise, Privilèges Voyages, à sa fille Morgane. Une réflexion qu’il recommande d’anticiper au maximum.
Privilèges Voyages, c’est 50 millions d’euros de chiffre d’affaires et une cinquantaine de salariés. Une envergure atteinte grâce, entre autres, aux rachats d’Intermonde et d’Actuels Voyages ces deux dernières années. Pilotée par Bernard Benhamou depuis qu’il l’a acquise en 2008, Privilèges Voyages prépare l’avenir.
« Quand on dirige son entreprise, il faut bien reconnaître qu’on prévoit de la revendre un jour », raconte Bernard Benhamou à la centaine de participants de la convention des Entreprises du Voyage Île-de-France (EDV IDF) organisée aux Açores. « Puis, le temps passe. On rembourse les crédits, et notre situation financière devient plus confortable. Et on se met à envisager la transmission », raconte l’ancien d’Accor. Et c’est donc naturellement qu’il suggère l’idée à sa fille unique, Morgane Benhamou.
10 ans pour tout savoir sur Privilèges Voyages
« Quand ils m’ont proposé de travailler avec eux, (Bernard Benhamou a racheté Privilèges Voyages avec sa femme Alexandrine, NDLR), j’ai paniqué », sourit Morgane Benhamou. « À vrai dire, je n’y avais jamais pensé. Même si j’ai toujours baigné dans le voyage, ça n’est pas un domaine qui m’attirait. J’étais dans le contrôle de gestion. Et, surtout, ce couple était si soudé que j’avais peur de ne pas trouver ma place », se rappelle-t-elle.
Mais son père veut la convaincre de rejoindre l’aventure. « Il m’a expliqué que si je voulais apprendre de leur expérience, c’était maintenant ou jamais. Dans le monde professionnel, chacun veut la meilleure place. Et personne n’aurait eu envie de m’apprendre ». C’était il y a 10 ans, et Morgane Benhamou a utilisé cette période pour « gagner [sa] légitimité, notamment auprès des collaborateurs » de Privilèges Voyages, en touchant à tous les métiers de l’entreprise.
Pour l’entreprise, « c’était soit la revente, soit la transmission »
Jusqu’à ce que le processus de transmission s’enclenche, il y a « moins d’un an seulement », détaille Bernard Benhamou. « Je pense que le côté affectif a rassuré nos salariés. Morgane va s’inscrire dans notre continuité. Et, pour l’entreprise, c’était soit la revente, soit la transmission ». Pour conduire l’opération, Privilèges Voyages se fait accompagner par Alexis Deschanel, directeur général délégué de l’Agence française du patrimoine. Résulte « un mixte » entre LBO, Pacte Dutreil, usufruit et nue-propriété qui permet à Morgane Benhamou « d’avoir la motivation des dividendes pendant que nous avons un morceau », comprendre un revenu généré par la transmission.
Reste à mettre en route la procédure. « Dans le cadre du Pacte Dutreil, je dois rester dans l’entreprise pour au moins six ans », indique Bernard Benhamou. « Cette obligation vise à empêcher la transmission d’une entreprise à un enfant qui, un an plus tard, vendrait ses parts », précise Alexis Deschanel. « Ça n’est pas forcément ce que j’avais prévu, ce qui me fait dire qu’il faut absolument anticiper la transmission de son entreprise. Mais, en réalité, ça ne me déplaît pas de garder un pied dans ce monde professionnel que j’aime tant. Et puis j’aurai le plaisir de voir ma fille tous les matins ».
Avec la cybersécurité, la transmission d’entreprise était l’un des deux thèmes principaux de la convention des EDV IDF. La problématique se pose à toute une génération de dirigeants du tourisme, désireux de prendre du recul et en recherche de successeurs.
Les avantages du Pacte Dutreil
Le Pacte Dutreil permet aux dirigeants d’entreprises de transmettre leur société à leurs héritiers avec une exonération fiscale de 75% sur les droits de donation ou de succession. Ce dispositif, encadré par l’article 787 B du Code général des impôts, s’applique aux hôtels, agences de voyages, tour-opérateurs et autres structures du secteur, à condition de respecter un engagement de conservation des titres pendant six ans minimum (deux ans collectif, puis quatre ans individuel).
L’un des repreneurs doit exercer une fonction de direction pendant au moins trois ans, garantissant ainsi la continuité opérationnelle de l’entreprise familiale. Cette exonération peut se cumuler avec les abattements familiaux classiques et, si la transmission intervient avant les 70 ans du donateur, avec une réduction supplémentaire de 50% des droits restants.
