Avec son nouveau patron, Disney assume son virage vers le tourisme
La nomination de Josh D’Amaro, issu des parcs de loisirs de Disney plutôt que de l’audiovisuel, marque un tournant majeur pour l’entreprise.
Le 18 mars prochain, Josh D’Amaro prendra les rênes de The Walt Disney Company (TWDC). Il remplacera Bob Iger, rappelé en 2022 pour redresser un groupe en difficulté. Mission réussie pour celui qui, avant de rejoindre l’entreprise basée à Burbank (Californie), dirigeait le groupe audiovisuel américain ABC.
Tout comme son prédécesseur, Michael Eisner, Bob Iger vient donc des métiers historiques de TWDC : la production audiovisuelle. Ce qui n’est pas le cas de Josh D’Amaro. Biberonné à Disney, le natif du Massachussetts a rejoint l’entreprise à l’âge de 27 ans (1998). Au départ, il occupe le poste de vice-président des ventes et du marketing pour le Trade B2B.
Malgré la crise sanitaire, les expériences deviennent plus profitables que le cinéma
Il gravit ensuite les échelons et voyage dans les différentes destinations Disney à travers le monde (Hong Kong, Californie…). Il influe de plus en plus dans les choix d’investissements du groupe dans ses parcs de loisirs, et supervise certains des plus gros projets récents des parcs Disney. Jusqu’à prendre la direction de la première destination touristique des États-Unis, Walt Disney World, en Floride (2019). Où il aura, malgré lui, l’occasion de prouver sa capacité à gérer une crise majeure.
Alors que la pandémie contraint à la fermeture des parcs et à l’immobilisation des navires de la Disney Cruise Line, il traverse la tempête, sans éviter le licenciement de dizaines de milliers de salariés. Et, malgré la crise, c’est bien en 2020 que les expériences touristiques proposées par Disney deviennent plus profitables que les productions audiovisuelles.
Une inversion dans le modèle économique de Disney qui s’accentue
Dès le premier trimestre 2020, la division « Experiences », qui regroupe les parcs à thèmes et leurs resorts donc, mais aussi Disney Cruise Line ou encore Aulani, le complexe hôtelier du groupe à Hawaï, génère 2,338 milliards de dollars de résultat opérationnel, contre 1,630 milliard pour « Media Networks », désormais baptisée « Entertainment », qui réunit les productions audiovisuelles de Disney. C’est là que la bascule s’opère.
Depuis, cette inversion dans la structure du modèle économique de TWDC n’a fait que s’accentuer. À l’issue de l’exercice 2025, la division « Experiences » a généré 36,2 milliards de dollars de chiffre d’affaires (+6%) et surtout 10 milliards de dollars de résultat opérationnel, un record historique. En comparaison, la division « Entertainment » n’a produit « que » 4,7 milliards de dollars de résultat opérationnel pour 42,5 milliards de chiffre d’affaires.
Huit fois plus d’investissements dans le tourisme
Le calcul est donc simple : avec un chiffre d’affaires intérieur, la division « Experiences » génère plus du double du profit de la division « Entertainment ». Le tourisme constitue désormais le moteur de profitabilité de Disney, et l’entreprise, en nommant Josh D’Amaro, a choisi d’assumer ce qui était déjà tangible dans sa politique d’investissement.
En 2025, les investissements dans les expériences ont atteint 8 milliards en 2025, contre 1,2 milliard pour les contenus audiovisuels. Le groupe prévoit par ailleurs d’investir 9 milliards de dollars cette année, principalement dans le développement de nouvelles destinations, la construction de nouvelles attractions et l’expansion de la flotte de Disney Cruise Line. Rien qu’en Floride, 17 milliards de dollars seront investis, sur la prochaine décennie, pour augmenter l’offre.
Disney investit donc massivement sur ce qui lui rapporte le plus d’argent. En nommant Josh D’Amaro, qui devra tout de même s’intéresser au monde des médias, Disney assume clairement parier sur les parcs à thèmes, l’hôtellerie et les expériences immersives, plutôt sur la production audiovisuelle, devenue moins prévisible et moins rentable.
