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Résultats solides et virage stratégique : Jean Castex reprend la main sur la SNCF

Christophe Fanichet laissera prochainement sa place à Laurent Trevisani et Jean-Aimé Mougenot.

Les performances financières du premier semestre 2026 et les récentes décisions managériales de la SNCF dessinent une trajectoire claire : Jean Castex, PDG du Groupe SNCF, entend tirer parti d’une santé économique restaurée pour imposer une nouvelle vision stratégique.

Les indicateurs financiers publiés le 28 juillet témoignent d’une dynamique favorable. Au premier semestre 2026, le groupe SNCF a enregistré un chiffre d’affaires consolidé de 21,9 milliards d’euros en hausse de 2% sur un an. Le résultat net atteint ainsi 1,2 milliard d’euros, contre 950 millions un an plus tôt.

Série noire

De bons résultats dont témoigne le taux de fréquentation des trains : la fréquentation des TGV a gagné 2,8% sur un an, celle des transiliens 4,1% et celle des TER 2,3%. Seule catégorie en baisse, les Intercités (-3,8%), qui ont eux souffert des différents aléas climatiques du début d’année 2026 (tempêtes en hiver, canicules en été). Au total, si la compagnie a transporté 83,4 millions de voyageurs, Laurent Trevisani, à la tête de la stratégie et des finances du groupe, chiffre les pertes induites par ces aléas à 70 millions d’euros.

Une série noire qui a « impacté à la fois notre capacité à réaliser le plan de transport nominal et la régularité même des liaisons », concède le dirigeant. Les conséquences financières pourraient d’ailleurs s’alourdir au second semestre, déjà marqué par les incendies dans le sud-ouest du pays, et de nouvelles vagues de canicule.

Recomposition

Cette bonne santé financière s’accompagne toutefois de ruptures majeures au sein de la direction du groupe. Une semaine avant l’officialisation de ses comptes, la SNCF annonçait l’éviction de Christophe Fanichet, PDG de SNCF Voyageurs depuis la création de la filiale, en 2020. Ce proche de l’ancien président Jean-Pierre Farandou, quittera ses fonctions prochainement, cédant sa place à une gouvernance réorganisée sous l’autorité directe de M. Castex.

Le départ de Christophe Fanichet ne sanctionne pas un échec opérationnel : SNCF Voyageurs constitue le moteur principal de la croissance semestrielle, avec un chiffre d’affaires de 10,6 milliards d’euros, en hausse d’1,3%. Les trains de l’opérateur historique sont remplis, et sur le front de la concurrence, le bilan affiché par la direction sortante demeure flatteur. Depuis l’ouverture du marché régional, SNCF Voyageurs a remporté 11 des 15 appels d’offres attribués par les régions, dont un sans-faute sur les six premiers mois de l’année 2026 avec les gains des lots de Nouvelle-Aquitaine, de la ligne J en Île-de-France et des dessertes parisiennes dans les Hauts-de-France.

Avortement de « Destination 2030 »

La divergence entre Jean Castex et Christophe Fanichet résiderait plutôt dans l’organisation industrielle et juridique de la filiale face à l’ouverture du marché. Le patron sortant portait le projet « Destination 2030 », qui prévoyait de scinder SNCF Voyageurs en deux entités distinctes : un pôle commercial dédié aux lignes à grandes vitesses, et une division consacrée aux activités conventionnées (TER et Intercités).

Jugée par les organisations syndicales comme une logique de démantèlement du service public ferroviaire, cette réorganisation a été formellement écartée par Jean Castex dès sa prise de fonction. L’ancien premier ministre a préféré mettre un terme à ce projet, préférant préserver une structure unifiée et intégrée. Pour incarner cette nouvelle orientation, c’est Laurent Trevisani, directeur général délégué stratégie et finances du groupe, qui prendra la présidence du conseil d’administration de SNCF Voyageurs. La direction générale sera quant à elle confiée à Jean-Aimé Mougenot, jusqu’alors directeur délégué des TER.

Investissements ciblés

Cette reprise en main opérationnelle répond à une exigence industrielle immédiate : sanctuariser la rentabilité de l’opérateur pour absorber le coût de la modernisation du réseau ferré. Sur les 4,9 milliards d’euros d’investissements engagés au premier semestre, plus de 95% ont été alloués au ferroviaire en France, dont 1,5 milliard d’euros pour renouveler 390 kilomètres de voies et 160 kilomètres de caténaires.

Alors que le futur contrat de performance avec l’État prévoit de porter ces dépenses de régénération de 3 à 4,5 milliards d’euros par an dès 2028, Jean Castex mobilise directement la trésorerie dégagée par l’activité voyageurs pour financer des chantiers lourds, de la rénovation de l’axe Paris-Orléans-Limoges-Toulouse (POLT) à l’électrification de la ligne Paris-Troyes (260 millions d’euros), en passant par l’adaptation climatique du matériel roulant face aux canicules.

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