Advertisement
Retrouvez l'actualité du Tourisme pour les professionnels du secteur tourisme avec l'Echo Touristique : agences de voyages, GDS, prestataires spécialisés, voyagistes

Face au risque de faillites, l’APST veut créer un fonds Covid dans le voyage

Les clients paieront-ils demain un supplément sur les ventes de forfaits ? L’APST planche sur ce nouveau modèle économique.

Après avoir augmenté ses cotisations en 2020, l’APST s’active en vue de la création d’un fonds spécifique de réserve et de solidarité, un « fonds Covid ». Avec ce nouveau dispositif, les clients des adhérents paieront un supplément de 0,5% de la facture garantie (soit 0,5% de leur forfait voyage mais pas de leur vol sec), ce qui permettrait de financer d’éventuelles faillites liées au Covid-19 – et de gérer tous les à-valoir en cours. Le projet a été discuté lors d’une réunion de bureau le mardi 2 septembre, puis voté en conseil d’administration ce 3 septembre (à l’unanimité moins un voix), a-t-on appris de source sûre. « Le fonds pourrait encaisser entre 20 et 30 millions d’euros par an, pour que le consommateur soit in fine remboursé », précise Alix Philipon, la présidente.

L’objectif est de créer avant la fin de l’année le fonds, qui serait géré par par un tiers de confiance comme la Caisse des Dépôts, pour éviter une nouvelle crise financière. La prochaine étape, indispensable, c’est d’obtenir la garantie de l’Etat pour un prêt « qui pourrait aller jusqu’à 150 millions d’euros », ajoute Alix Philipon. « Je pense que cela va se faire », poursuit-elle. Le fonds Covid est justement prévu pour rembourser à terme le prêt, dont le montant maximal envisagé correspond au risque actuel.

Des sinistres « Covid » qui pourraient atteindre 136M€

Un audit Covid-19, mené par Deloitte, a mesuré le montant de la « douloureuse » au regard des défaillances probables à venir, sur le périmètre des adhérents : la crise sanitaire pourrait engendrer des sinistres compris entre 44,6 millions d’euros (selon le scénario moyen) et 136 millions d’euros (selon un scénario « catastrophe »).

Le fonds Covid rappelle en partie des modèles en place à l’étranger – on se souvient du Calamity Fund hollandais… envisagé en France en 2013. Le projet d’une contribution du client avait d’ailleurs été évoqué dès l’an passé. A l’époque, il était question de facturer 3 euros par forfait.

14 millions d’euros dans les caisses

Il est effectivement urgent de préparer des pare-feu, face à la crise économique qui risque d’engendrer des défaillances en cascade. La faillite de Thomas Cook France* a asséché les caisses de l’APST. Le sinistre atteint près de 42 millions d’euros. Aujourd’hui, 22,9 millions d’euros de voyages restent à rembourser. La caisse de garantie, qui a fait l’objet d’audits à la demande notamment, des pouvoirs publics, dispose d’une trésorerie de 14 millions d’euros. Ce n’est donc pas suffisant, même si c’est mieux que certaines prévisions du cabinet Deloitte, grâce à un solde positif de 4,447 millions d’euros au premier semestre 2020. Le risque, c’est une insuffisance de trésorerie dès lors du dépôt des créances par le liquidateur de Thomas Cook, a priori début 2021. Pour résoudre l’équation financière, la vente du 15 avenue Carnot est en bonne voie.

« Nous avons vécu des moments difficiles, nous allons voir comment nous pouvons nous en sortir », indique Alix Philipon © Linda Lainé

La vente du siège pourrait rapporter 21 millions d’euros

L’Etat et tous ses services associés ont demandé la cession de cet actif pour régler les dettes. « Nous le vendons pas de gaîté de coeur », précise la présidente.

Dès le 18 mars 2020, la cession de l’immeuble a été votée, à la majorité, par les membres du conseil d’administration. Une décision revotée à l’unanimité aujourd’hui. « Le gouvernement a dit qu’il était prêt à nous aider, mais il a souhaité que nous vendions notre immeuble », explique Emmanuel Toromanof, secrétaire général de l’APST.

Selon nos informations, deux ou trois offres de rachat auraient été déposées, la mieux-disante atteignant la somme de 21 millions d’euros. Avec une année pour libérer les locaux.

Pas de vente à une mutuelle, mais un partenariat

S’agissant de la rumeur d’une vente à une mutuelle qui serait la Macif, il n’en est rien. « En tant qu’association, nous n’avons pas de fonds de commerce à céder », rappelle l’organisme.

En revanche, l’APST est en discussion avec la Maif depuis le mois de mars 2020, afin de conclure un partenariat privilégié. Un peu sur le modèle de l’Association française d’épargne et de retraite (Afer) : « Nous commercialiserions des contrats de garantie via une société de courtage qui nous appartiendrait à 100%, en gardant les mêmes bases tarifaires », indique Emmanuel Toromanof. L’idée, c’est de transmettre le risque assurantiel à cette mutuelle, « dont c’est le métier », ajoute-t-il. Concrètement, dans un tel schéma, si une entreprise est liquidée, l’APST perd uniquement ses commissions de courtage. Les adhérents pourraient devenir associés, précise Alix Philipon. « Rien n’est signé avec la Maif, nous sommes en pourparlers », ajoute-t-elle.

L’accord avec la Maif n’a pas filtré depuis le printemps en raison des accords de confidentialité signés, nous précise-t-on.

Après Thomas Cook, quid du dossier TUI France ?

Aujourd’hui, un autre voyagiste est dans tous les radars de la profession, TUI France. Selon nos informations, la filiale française du premier TO mondial a demandé cette année que le montant de la garantie passe de 40 à 20 millions d’euros, ce que le bureau a accepté. Autrement dit, si elle devait faire faillite – après tout, personne n’avait imaginé celle de Thomas Cook puis de Thomas Cook France –, les remboursements seraient capés à 20 millions d’euros. Ce que certains des 3700 adhérents apprécieront, d’autres nettement moins.

Pour mémoire, l’APST – dont certains détracteurs critiquent la gestion – avait jusqu’à l’an passé une situation financière enviable. D’autant que la disparition de Thomas Cook n’aura finalement pas entraîné l’effet domino tant redouté. Le fonds de garantie affichait 6,531 millions en 2015 (au 31 décembre), 11,765 millions en 2016, 17,276 millions en 2017, 23, 424 millions en 2018, 28,019 millions en 2019. Soit un solde positif de 21,48 millions sur quatre années. Une performance, tout simplement. Le bilan d’Alix Philipon, la présidente, est incontestablement positif. Malgré des problèmes de santé, la présidente est restée mobilisée au cours des derniers mois pour trouver des solutions, en accord avec les pouvoirs publics. Des efforts reconnus et récompensés. « A l’unanimité, le conseil d’administration m’a renouvelée sa confiance ce matin« , a indiqué Alix Philipon ce midi, en conférence de presse.

*54 000 clients Thomas Cook ont été impactés par la défaillance. 41 500 ont été traités en service. 9 300 dossiers clients restent à étudier (28% étant complets). 2123 ont été rejetés.

A lire aussi :

 

Laisser un commentaire

Dans la même rubrique