Japon : le calme après la tempête
À plus de 400 kilomètres au sud-ouest de Fukushima, les cités d’art et d’histoire de Kanazawa et Takayama, épargnées de toute trace de radioactivité, misent sur leur patrimoine pour redynamiser un tourisme en berne.
Rien ne semble avoir changé depuis des décennies dans certains quartiers des anciennes cités féodales de Kanazawa et Takayama, à environ quatre heures de route ou de train au sud-ouest de Tokyo. « Le règne des Maeda, de 1583 à 1868, a apporté une prospérité et une paix à la région qui a permis de soutenir l’art et l’artisanat pendant des siècles », commente Mohamed Ghanem, spécialiste français du Japon qui travaille actuellement pour la ville de Kanazawa. Ici, le tsunami, suivi de l’accident nucléaire de Fukushima, a bouleversé mais n’a pas eu de conséquences sur l’environnement. « Aucune présence de radioactivité, contrôlée en permanence, n’a jamais été détectée », commente Hidetada Kuwahara, chargé de la promotion du tourisme à la ville de Kanazawa. Une affirmation confirmée par les experts locaux et par la ville de Takayama qui n’a pas hésité à mettre en page d’accueil de son site Internet le taux de radioactivité dans la région, renouvelé tous les 15 jours. Pour Hiroaki Gofuku, directeur général de l’hôtel Nikko Kanazawa, « les médias européens ont surréagi donnant l’impression que l’ensemble du Japon était concerné ». Car le prix économique à payer est lourd, même pour cette région au bord de la mer du Japon, protégée par les Alpes japonaises dont certains sommets dépassent les 3 000 mètres. « Après un nombre de visiteurs records en 2010, dont plus de 6 800 Français, Takayama s’apprêtait à connaître une belle année touristique en 2011, déplore Takashi Nomura de la ville de Takayama. Si les touristes japonais sont revenus en masse depuis cet été, le marché asiatique redémarre progressivement depuis août, et les Européens, Américains et Australiens se font encore attendre.
VERS UNE NOUVELLE DYNAMIQUE ?
« La chute du nombre d’étrangers a été de 90 % après le séisme », confirme Yutaka Tsukahara de l’hôtel Associa Takayama resort. À Kanazawa, où la France est le marché leader pour l’Europe (devant l’Italie et l’Espagne), avec 4 675 visiteurs en 2010, moins de 800 ont été comptabilisés au cours des huit premiers mois de l’année, la plupart avant le tsunami de mars 2011.
Pour relancer le tourisme, la plupart des hôtels ont baissé leurs prix de 10 à 20 % et multiplient leur présence dans les salons. « Mais ce sont nos marchés prioritaires, comme Taïwan, la Corée, la Chine et Hong-Kong qui en bénéficient », confie Hiroaki Gofuku de l’hôtel Nikko Kanazawa, hôtel de 254 chambre en coeur de ville, près de la gare, qui retrouve aujourd’hui un taux d’occupation des chambres de 75 % grâce au retour de la clientèle d’affaires et d’une partie des touristes asiatiques (et une offre à -50 % pour les habitants des zones du nord-est sinistrés), malgré un marché européen encore marginal. « Les hôteliers refusent toute baisse de leurs tarifs, commente Anne-Henriette de Thé, directrice de l’Espace Asia à Paris et Martine Liebschner, Chef des ventes Est chez Thomas Cook, en éductour fin octobre. Pour la première fois, les villes de Kanazawa et Takayama ont organisé en commun la découverte de leur région. Le symbole de l’amorce d’une nouvelle dynamique au pays du Soleil levant ?
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