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Canada : dans les Rocheuses, une stratégie pour maîtriser la croissance touristique

À Canmore, près du célèbre parc national de Banff dans les Rocheuses canadiennes, les autorités touristiques tentent de favoriser la croissance du secteur tout en préservant le cadre de vie des habitants.

Située à une centaine de kilomètres de Calgary, Canmore, 17 000 habitants, est l’une des destinations les plus en vogue de l’Alberta, province canadienne assise entre les grandes prairies et les spectaculaires Rocheuses. Cette ancienne cité minière qui a timidement amorcé son virage vers le tourisme à partir des années 1980 est la porte d’entrée du territoire de Kananaskis, qui a accueilli 4,7 millions de visiteurs en 2023, contre 4,1 millions en 2019.

Canmore incarne ainsi les ambitions touristiques de l’Alberta, qui souhaite augmenter ses revenus en la matière d’ici à 2035 (25 milliards de dollars contre 14,4 milliards en 2024). La croissance touristique devrait donc poursuivre sa trajectoire, inspirée par le succès de Banff, la ville voisine créée, elle, pour le tourisme. Une trajectoire abordée avec prudence : contrairement à Banff, Canmore est devenue une destination malgré elle.

Un plan en cinq volets

Pression immobilière qui s’intensifie, sentiers saturés en été… les habitants de Canmore, profitent des retombées économiques du tourisme – 345 millions de dollars de revenus et 4 000 emplois – mais en paient aussi certaines conséquences. Et c’est pour qu’ils trouvent leur place dans la transformation que connaît la ville que Tourism Canmore Kananaskis (TCK), équivalent canadien pour l’Alberta de nos comités régionaux du tourisme, a élaboré un plan d’action autour de cinq axes stratégiques.

« Ce qui fait qu’un lieu est formidable à visiter, c’est parce que c’est un endroit formidable où vivre », résume Grant Canning, responsable du développement durable pour TCK, lors d’une conférence organisée en marge de la vingtième édition de Net Managers Collection Été. Inspiré par la stratégie touristique déployée par les îles Féroé, Grant Canning est persuadé que c’est le bien-être des résidents qui nourrit l’attractivité touristique d’une destination, et non l’inverse.

Photo de Grant Canning
© Jonathan Teboul/NonStoprod

Dans son plan, TCK met le sujet de la décarbonation en tête de liste. L’industrie touristique locale a pour objectif de réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 30% d’ici à 2030. Elle vise par ailleurs la neutralité carbone en 2050. Hôtels, restaurants, fournisseurs d’activités sont notamment invités à adhérer au programme GreenStep, qui certifie les initiatives environnementales prises par les entreprises touristiques au Canada, avec plusieurs niveaux de labellisation.

Un téléphérique touristique en projet

Le deuxième axe porte sur la réconciliation avec les peuples autochtones, un enjeu central depuis une quinzaine d’années au Canada. Le territoire de Canmore et Kananaskis correspond aux terres ancestrales des peuples signataires du Traité 7*, ainsi qu’à celles de la Nation Métis d’Alberta. Le plan prévoit de lever les obstacles à l’entrepreneuriat autochtone et d’intégrer les savoirs traditionnels dans l’offre touristique.

Troisième priorité : renforcer la durabilité économique. La question est sensible à Canmore, où des projets de développement importants sont en cours, notamment une télécabine reliant l’autoroute au sommet d’un pic, ainsi que plusieurs hôtels et spas. Ces projets divisent, entre opportunités économiques pour les uns et impact sur le cadre de vie pour les autres. TCK s’efforce de réunir toutes les parties prenantes autour de la table.

Le quatrième axe du plan vise à protéger et restaurer la biodiversité locale. Dans un environnement où évoluent des grizzlys, des loups, des cougars, des élans et des dizaines d’espèces moins impressionnantes mais tout aussi importantes, chaque aménagement touristique doit désormais respecter certaines conditions environnement. Localement, des projets d’envergure ont déjà été retoqués au motif que le corridor faunique (sorte de terrain inconstructibles pour faciliter le déplacement des animaux sauvages) associé était insuffisant.

Sept engagements à respecter

Le dernier pilier du plan de développement touristique est consacré au storytelling. Si elle constitue une porte d’entrée tout aussi spectaculaire que Banff vers les Rocheuses canadiennes, la ville ne partage pas la même histoire. L’héritage autochtone, le passé minier, le patrimoine ferroviaire : Canmore veut cultiver un récit touristique différenciant pour se démarquer de sa voisine aux airs parfois artificiels.

Ce plan vient enrichir une initiative lancée dès 2020 et baptisée « Pledge to the Peaks ». Elle invite visiteurs et résidents à s’engager, via un QR Code, à respecter sept points visant à harmoniser les relations entre le territoire et ceux qui le traversent (ne laisser aucune trace, observer la faune à distance, laisser rochers et plantes sur place…). Le texte débute par une reconnaissance territoriale des Premières Nations — un geste symbolique devenu quasi-systématique lors d’événements institutionnels au Canada.

*Le Traité 7 a été signé par la Couronne britannique représentée par le gouvernement du Canada, la Nation Siksika, la Nation Kainai, la Nation Piikani, la Nation Tsuu T’ina, ainsi que par les trois nations Stoney Nakoda : la Première Nation Chiniki, la Première Nation Bearspaw et la Première Nation Goodstoney.

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