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Frédéric Hocquard (Paris) : « Nous ne sommes pas pour l’interdiction, mais pour la régulation »

Adjoint à la mairie de Paris en charge du tourisme et de la vie nocturne, Frédéric Hocquard estime que la filière touristique parisienne doit s’adapter aux transformations attendues par les clients, et imposées par le contexte international.

L’Echo touristique : Comment se comporte la fréquentation touristique, alors que la situation sanitaire se tend, notamment en Europe ?

Frédéric Hocquard : Forcément, nous constatons une baisse des réservations depuis quelques semaines, à cause du contexte sanitaire. Certains segments, comme le MICE et les voyages de groupes, souffrent plus que d’autres. A la date de notre entretien (réalisé le 9 décembre, NDLR), nous pensons que nous atteindrons un taux d’occupation situé entre 50 et 60%, contre environ 90% lors d’une année normale. L’impact de la crise sanitaire, qui vient s’ajouter à d’autres crises, est donc toujours réel. Mais il faut aussi trouver des motifs de satisfaction là où il y en a. Sur le dernier trimestre de l’année 2021, le redémarrage a été très fort à l’échelle locale, c’est-à-dire, pour Paris, à l’échelle européenne.

La clientèle individuelle européenne a fait son retour ?

Frédéric Hocquard : En tout cas, c’est la clientèle étrangère qui répond présent depuis plusieurs mois. Cela a permis le redémarrage inattendu et rapide de sites comme le Moulin Rouge, plutôt habitué à recevoir une clientèle internationale en groupes. Certains événements ont aussi porté ce redémarrage, comme l’empaquetage de l’Arc de Triomphe imaginé par Christo, qui a fait exploser les demandes venues d’Allemagne. La Fashion Week a également très bien fonctionné, et soutenu l’activité hôtelière haut-de-gamme et de luxe cet automne. Ces exemples montrent qu’on ne doit pas se laisser abattre par la crise que l’on vit… qui s’ajoute à de nombreuses crises. Rappelons-nous qu’en décembre 2019, ce n’est pas le coronavirus qui bloquait l’activité touristique, mais les grèves dans les transports… L’expérience que l’on dégage de toutes ces crises, c’est que la filière commence à savoir s’adapter rapidement à toute ces situations.

Il n’est donc plus question d’attendre que la machine touristique se remette elle-même en route ?

Frédéric Hocquard : Sur ce qu’on a observé entre le mois de septembre et le mois de novembre, elle est déjà en route. Mais les attentes des visiteurs qui commencent à revenir à Paris, c’est-à-dire le marché européen, ont évolué. Et la filière touristique doit le comprendre, et s’en saisir. Et nous devons les accompagner sur ce chemin-là. Nous sommes ravis de constater que les tendances touristiques qui émergent avec la crise sanitaire s’inscrivent très bien dans la transformation que nous voulons opérer à l’échelle de Paris. Et nous ne voulons pas faire de greenwashing. Nous avons un vrai plan de décarbonation de la ville d’ici à 2030. Et nous voulons qu’à la fin de notre mandature, Paris soit redevenue la capitale mondiale du tourisme, mais également qu’elle soit devenue la capitale mondiale du tourisme durable.   

Nous devons aussi favoriser l’émergence d’une hôtellerie plus familiale, plus accessible. Les plateformes répondent à un besoin du marché.

Comment la mairie peut agir, concrètement, pour favoriser cette transformation ?

Frédéric Hocquard : Nous allons agir sur plusieurs leviers. Sur le levier promotionnel, d’abord, en renforçant notre présence auprès des marchés européens, qui sont nos marchés prioritaires. Nous allons repenser notre façon de promouvoir Paris. Finalement, l’Office de tourisme n’a pas besoin de vanter les mérites de la Tour Eiffel, qui sont connus de tous… Par contre, nous pouvons mettre en avant l’authenticité parisienne, les artisans, les nouveaux lieux touristiques, les lieux de vie nocturne… Ce que nous appelons le « Paris Autrement ». Nous devons aussi améliorer l’accueil des cyclotouristes à Paris. Le réseau de pistes cyclables est satisfaisant, mais nous n’avons pas toujours les infrastructures adéquates, ou les équipements dans les hôtels, pour bien recevoir les touristes qui rejoignent Paris à vélo. Nous avons aussi mis l’accent sur l’accessibilité de la destination avec un appel à projet, avec financement à la clé, pour aider les hôteliers à rendre leurs établissements plus accessibles, ou plus écoresponsables. Quand nous faisons les choix de financement, nous veillons à ce qu’ils aident à la répartition des flux touristiques, en privilégiant les hôtels de l’est parisien par exemple. C’est avec ce genre d’initiatives que nous aiderons la filière touristique parisienne à aller vers un modèle plus raisonné.

Avec ces expériences inédites et la recherche d’authenticité, le tourisme à Paris vivra-t-il aussi une sorte de montée en gamme ?

Frédéric Hocquard : Pas nécessairement, mais il s’agit d’être au contact de la réalité. Les clients qui nous rendent visite, actuellement, ont ces attentes. Et nous devons saisir les opportunités créées par cette crise sanitaire. Cela fait plusieurs fois qu’on annonce le redémarrage du tourisme international (long-courrier, NDLR), mais il n’arrive pas. Donc nous devons arrêter d’attendre, et profiter de cette crise pour réinventer la façon dont la filière fonctionne. Tout en gardant à l’esprit que, lors d’une année normale, 70% des visiteurs étrangers à Paris sont européens. Ce n’est donc pas contre-nature de chercher à proposer une offre touristique qui correspond à leurs attentes. Et cela s’inscrit dans le volet « Paris Autrement » des Assises du tourisme durable que nous avons lancé l’été dernier. Nous devons travailler main dans la main avec tous nos partenaires pour réfléchir à cette question du renouvellement de l’offre touristique, pour mieux la valoriser ensuite.

Lorsqu’on lit que la mairie de Paris ne veut plus des cars de touristes à Paris, c’est faux. Nous en voulons moins.

Y compris avec des partenaires qui vous semblent hostiles, comme les plateformes de location de meublés touristiques ?

Frédéric Hocquard : Nous essayons de maintenir un dialogue permanent avec tous les acteurs de l’écosystème touristique, même avec ceux qui ne partagent pas notre vision du développement touristique. Nous avons des désaccords, et si un compromis n’est pas possible, nous utilisons les moyens à disposition pour obtenir gain de cause. Concernant les plateformes de location de meublés touristiques, par exemple, nous avons déjà gagné plusieurs batailles : numéro d’enregistrement, contrôle du nombre de nuitées vendues chaque année… Mais il reste des choses sur lesquelles nous pouvons agir, comme le fait que les propriétaires ne puissent plus changer de plateforme pour dépasser le nombre de nuitées vendues autorisées, ou, éventuellement, l’instauration de quotas, par arrondissement, sur le nombre de meublés touristiques autorisés à la location. Parallèlement à ces démarches, nous devons aussi favoriser l’émergence d’une hôtellerie plus familiale, plus accessible, car ces plateformes répondent aussi à un besoin du marché.

Instaurer des quotas risque de réduire l’offre de logements parisiens disponibles sur ces plateformes…

Frédéric Hocquard : Ça devrait amener, mécaniquement, à la baisse du nombre d’appartements à louer auprès de ces acteurs. La question des quotas est souvent revenue lors de la consultation citoyenne que nous avons organisée. C’est aussi notre rôle, en tant que ville, de veiller à ce que nous tenions compte des aspirations des Parisiens. Nous ne sommes pas pour l’interdiction, mais pour la régulation. Par exemple, lorsqu’on lit que la mairie de Paris ne veut plus des cars de touristes à Paris, c’est faux. Mais nous en voulons moins, et pour y parvenir, nous devons réguler leur activité, et ne plus hésiter à utiliser la répression si nécessaire. De nombreux cars touristiques ne paient pas les taxes qu’ils devraient payer, et nous devons sévir auprès de ceux qui ne respectent pas la loi.

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