En protégeant sa rentabilité, Exotismes résiste aux vents contraires
Crise géopolitique, hausse des coûts, usages de l’IA : Exotismes traverse l’année en gardant l’objectif d’être rentable.
« Pas moins d’un million d’euros ». C’est, selon Gilbert Cisneros, le président d’Exotismes, le coût des conséquences de la guerre au Moyen-Orient sur les résultats financiers 2026 du voyagiste marseillais. Exotismes a notamment affrété un avion d’Air Austral pour rapatrier 290 clients coincés aux Maldives. Montant de la facture : 400 000 euros. « On a rapatrié tous nos clients. On l’a fait très rapidement et on a pris nos responsabilités », affirme Gilbert Cisneros.
À cette dépense se sont ajoutés les frais d’hébergement, les surcoûts liés aux changements d’itinéraires… et le manque à gagner. « Il est difficilement calculable pour le moment. Mais nous avons moins vendu pendant 2-3 mois », assure Didier Sylvestre, le directeur général adjoint d’Exotismes, et directeur commercial. La crise a par ailleurs modifié la répartition de la demande au profit des Caraïbes, au sens large.
Moins de recettes, plus de coûts
« Mais on n’a pas augmenté de volume. On a simplement redéployé sur les Antilles », résume Gilbert Cisneros. Les répercutions du conflit au Moyen-Orient ont aussi entraîné une hausse des coûts, pénalisant, au passage, la clientèle « entrée de gamme », assure le dirigeant. « Depuis 2019, le coût moyen de nos voyages a augmenté de 54% ». Au moment de dresser le bilan, « on a généré un peu moins de recettes, pour un peu plus de coûts », constate Gilbert Cisneros. À la fin de l’exercice, Exotismes sera « rentable », mais moins qu’espéré.
Car la haute saison, en hiver pour le voyagiste, s’est bien passée. Et la tendance commerciale s’est « inversée » à partir du mois de juillet, indique Didier Sylvestre. « On retrouve des prises de commandes qui reflètent à peu près ce qu’on avait l’année dernière, à 2 ou 3% près », chiffre-t-il. Un rebond rendu notamment possible par le lancement, fin juin, de la « Garantie Sérénité ».
Exotismes s’essaie à la formule all inclusive
Facturée 29 euros par personne, et ce peu importe le montant total du dossier, elle permet de sécuriser le prix du voyage et d’annuler, sans frais et sans justification, jusqu’à 15 jours avant le départ. « Cela marche très bien en agences », assure Didier Sylvestre. D’abord testé sur quelques produits du « Poker », l’opération commerciale phare du TO, le dispositif est désormais étendu aux Antilles françaises et à La Réunion. Il séduit « 20 à 25% des clients B2B », qui pèsent toujours « plus de 90% » de l’activité d’Exotismes.
Pour Gilbert Cisnesors, cela prouve que « les clients continuent de considérer que les vacances sont prioritaires ». Mais cela traduit aussi leur besoin de garantie, de réassurance et de visibilité. Pour répondre davantage à ces attentes, Exotismes s’essaie à la formule tout inclus. « On revendique de s’inspirer de ce qui fait le succès des clubs de vacances », explique Sylvain Cisneros, directeur général et en charge des questions de production.
Le voyagiste lance même un nouveau site dédié à cette offre et baptisé « le meilleur des îles ». « Il réunit 80 références dans toutes nos destinations fortes, y compris celles qu’on n’aurait pas imaginé en all inclusive, comme la Polynésie française ou les Seychelles », indique Sylvain Cisneros. Dans l’archipel paradisiaque polynésien, Exotismes propose ainsi la formule dans un combiné avec deux nuits au Tahiti Pearl Beach Resort & Spa, et trois nuits au Manava Beach Resort & Spa, à Moorea.
Le TO « arrive à maturité » avec l’IA
L’offre ne se limite pas aux grands complexes hôteliers. Exotismes met en avant un portefeuille élargi de boutique-hôtels et de petites adresses, notamment à Maurice, en Martinique et en Guadeloupe. D’autres nouveautés viennent par ailleurs enrichir la proposition du voyagiste : nouveaux hôtels Lopesan en République dominicaine, circuits en Martinique et Guadeloupe, six hôtels El Dorado au Mexique… avant le lancement d’une nouvelle destination d’ici à la fin de l’année.
Pour poursuivre son développement, Exotismes compte aussi sur le levier technologique. Le voyagiste travaille sur l’intelligence artificielle (IA) depuis plus de dix ans, mais l’arrivée des modèles génératifs a marqué une rupture dans ses méthodes de développement. « Nous sommes même arrivés à maturité sur les usages internes », affirme Julien Cisneros, en charge des sujets technologiques. Lecture et orientation des courriels, calculs, vérifications, traitement des changements horaires ou préparation de réponses… l’IA s’occupe désormais de nombreuses tâches répétitives, toujours contrôlée par une intervention humaine. Exotismes travaille désormais sa visibilité dans les réponses générées par les IA grand public (ChatGPT, Perplexity…), tout en reconnaissant avancer un peu à l’aveugle. « Personne ne sait vraiment encore comment fonctionne réellement le GEO », sourit Julien Cisneros.
À l’aube de son quarantième anniversaire (2027), Exotismes ambitionne donc de continuer à grandir. Sans sacrifier sa rentabilité. « L’élément le plus important pour nous, bien plus que le développement », estime Gilbert Cisneros. Le voyagiste pourrait aussi passer par la croissance externe en rachetant un autre acteur du secteur. « Des recherches » vont en ce sens, mais le coup de cœur n’a pas encore eu lieu. « Plus que la technique ou les synergies commerciales, c’est le paramètre humain qui entre en jeu… » conclut Gilbert Cisneros.
