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Cuba En attendant le retour des Américains

Trois mois après la levée de l’interdiction faite aux Américains de se rendre dans l’île, Cuba met les bouchées doubles pour construire des structures hôtelières à leurs normes. Face au raz-de-marée annoncé, les Européens sauront-ils garder leurs positions ?

Eduardo est un jeune Habanais futé. La débrouille, (la lucha comme on dit ici), il la connaît bien, après toutes ces années passées à rôder autour des hôtels, dans l’espoir de vendre un cigare ou un petit service aux touristes. Depuis l’année dernière, on rencontre de plus en plus d’Américains en ville. C’est une bonne nouvelle, parce qu’ils ont beaucoup de dollars et qu’ils les dépensent facilement.

Le 20 octobre dernier, Granma, le journal officiel du régime castriste, rendait compte de la présence à La Havane d’une délégation de 40 agents de voyages américains venus, via Cancun, rencontrer les autorités cubaines. La semaine suivante, le Sénat américain votait en faveur de la levée de l’interdiction faite aux Américains de voyager à Cuba ; en septembre déjà, la Chambre des représentants avait adopté un amendement similaire. Outre les 200 000 Américains d’origine cubaine qui ont l’autorisation de venir sur l’Isla Grande, Time évalue à 30 000 le nombre d’Américains qui y ont débarqué l’an dernier via un pays tiers. Internet regorge d’ailleurs de sites spécialisés dans les voyages à Cuba, comme cubalinda.com, émanation anglophone du très officiel cubatravel.cu, qui propose des vols Miami-La Havane via Cozumel pour 400 E.

Les prix risquent de s’envoler

De leur côté, les autorités cubaines ont dénombré 50 000 visiteurs américains en 2003 venus officiellement avec un visa obtenu sous le prétexte de faire un voyage éducatif. Une goutte d’eau par rapport au raz-de-marée qui se prépare. Cuba pourrait attirer un million de touristes américains dès la première année, se réjouit Miguel Figueras, porte-parole du ministre du Tourisme cubain.

D’ici cinq ans, la moyenne pourrait être de 2,5 millions de touristes par an. Des prévisions sans doute optimistes mais néanmoins crédibles, car la région caraïbe est une zone naturelle de tourisme pour les Américains, et la Havane n’est qu’à 150 kilomètres des côtes de la Floride. Nous ne sommes pas encore prêts à gérer des flux aussi importants, reconnaît Miguel Figueras, mais nous y travaillons dur. Dans quelques années, les places sous le soleil de la plus grande île des Caraïbes risquent de devenir très chères, en particulier pour les Européens…

Les Canadiens, première clientèle de l’île

En 2003, Cuba a frôlé les 2 millions de touristes, un record. En une décennie, le nombre de visiteurs a été multiplié par quatre. Miguel Brugueras, le directeur de l’OT à Paris, sort un petit carnet de sa poche : il y a consigné les chiffres définitifs pour l’an dernier, tout chauds. Les Canadiens sont toujours la première clientèle de l’île, avec 449 000 visiteurs (84 000 de plus qu’en 2002), mais l’Europe considérée dans son ensemble les devance, avec 726 000 visiteurs pour les cinq premiers marchés – Italie, Allemagne, France, Espagne et Grande-Bretagne – (57 000 de plus qu’en 2002). Tous les marchés ont progressé, à l’exception de l’Espagne, qui boude Cuba depuis la condamnation à de lourdes peines de prison d’intellectuels jugés dissidents par le pouvoir.

Avec 144 500 touristes, la France affiche un joli +12 %, mais ce chiffre ne rend compte ni de la structure du marché ni de ses tendances. Parmi ces visiteurs, on trouve ainsi des voyageurs d’affaires (Bouygues, Pernod-Ricard, Total Fina, entre autres, sont très présents à Cuba), des consultants, des représentants d’ONG… Le marché des TO, pour sa part, est évalué à 100 000 clients environ et, depuis deux ans, il ne progresse que modestement. Transat est le premier TO mondial à Cuba, avec 195 000 clients, remarque Patrice Caradec, DG de Vacances Air Transat France. La part de la filiale française est toute petite – 15 000 clients – et, depuis quelque temps, les tendances ne sont pas très bonnes. Le balnéaire marque le pas, concurrencé par la République dominicaine, tandis que les circuits (70 % des ventes) se maintiennent mais ne progressent plus. Patrice Caradec y voit une raison technique : Les villes coloniales, comme Trinidad ou Santa Clara, manquent de capacités hôtelières, mais peut-être aussi une érosion de la curiosité : La mode a été très forte, notamment après la sortie du film Buena Vista Social Club, mais elle est un peu retombée.

Bruno Gallois, DG de Marsans, a également remarqué un tassement des ventes cet hiver. La destination a progressé régulièrement jusqu’en 2001. Depuis les courbes de vente font du yo-yo. En 1999, le TO envoyait 8 000 clients à Cuba et autant en République dominicaine. Depuis, les ventes Cuba ont doublé, mais celles de la République dominicaine ont littéralement explosé, avec 46 000 clients !

Les voyages individuels à la carte tirent le marché

La structure de marché est différente, note Bruno Gallois, avec 90 % de balnéaire en République dominicaine, contre 30 % à Cuba, où les formules découverte dominent.

Actuellement, la demande se concentre sur le segment des ventes individuelles. Les belles performances d’Havanatour (12 000 clients environ, 80 % d’individuels à la carte) ou de Jumbo (qui a ouvert la destination en novembre 2002) en témoignent. Il y a quinze ans, nous vendions 100 % de circuits accompagnés, se souvient Una Liutkus, directeur commercial d’Havanatour. Par la suite, le balnéaire s’est développé mais depuis quelques années, ce sont les voyages individuels à la carte qui tirent le marché. Nous vendons surtout des étapes en liberté, confirme Marcel Mamberti, délégué Jet tours à La Havane.

Mais si Cuba a fait des progrès énormes en matière d’infrastructures depuis le milieu des années 1990, des freins à la vente demeurent. Il n’y a, par exemple, que 2 000 voitures à louer sur l’île. En haute saison, ça coince, reconnaît Una Liutkus. De même, les gros TO ne sont pas en mesure de proposer ce qui constitue l’une des formes d’hébergement les plus sympathiques de Cuba, les fameuses casas particulares. Peu onéreuses, souvent pleines de charme, elles permettent de rencontrer des Cubains et de mieux comprendre l’île paradoxale. Mais le tourisme balnéaire à Cuba est clairement un tourisme de ghetto et on peut le regretter, souligne Patrice Caradec.

Sauf que les Américains, eux, apprécient beaucoup ces ghettos de luxe. Les derniers hôtels ouverts à Cuba ont le bon profil. Playa Pesquero, par exemple, un luxueux ensemble de 944 chambres, le plus grand de l’île à ce jour, posé sur la plage, dans la région de Holguin. Ou le dernier-né de Sol Melia, à Cayo Santa Maria. Deux autres grands hôtels sont en construction à Cayo Coco et les cayos ont absorbé le gros des projets récents.

Mais on parle aussi du développement de Jibacoa, à mi-chemin de La Havane et de Varadero, où One & Only, le groupe de Sol Kerzner, aimerait construire un gigantesque complexe (2 000 chambres !), sur le modèle d’Atlantis aux Bahamas. Pour l’heure, le groupe s’apprête, modestement, à ouvrir un hôtel de 50 chambres au centre de la capitale, le Saratoga, histoire de se familiariser avec les us et coutumes de l’île. Les Jamaïcains de Super-Clubs et de Sandals sont également présents à Cuba mais les Espagnols dominent encore largement, Sol Melia en tête.

Pas de projets en vue pour les hôteliers français

On murmure ici qu’ils construisent des hôtels aux normes américaines, dont les enseignes pourront être changées du jour au lendemain… Il semble en revanche que les Français ne profiteront guère de cette manne annoncée : le Club Med s’est retiré de Cuba l’an dernier et Accor a réduit la voilure, avec quatre hôtels, dont trois à Varadero. En fait les rares projets en cours des groupes français ciblent une autre catégorie de voyageurs. Pansea, par exemple, qui veut ouvrir des hôtels de charme dans les villes étapes de l’île (La Havane bien sûr, mais aussi Trinidad, Vinales, Santiago ou Caïbarien, à côté de Remedios). Accor réfléchit aussi à l’opportunité d’ouvrir des hôtels dans les villes de l’intérieur : de quoi répondre à la demande des tour-opérateurs unanimes à considérer que pour le marché français, Cuba restera une destination découverte. Avec ou sans hôtels américains dans les parages.

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