SAF, retards de livraison, taxes : les grands défis de l’aérien, selon Willie Walsh (IATA)
Invité à Paris par le BAR France, le directeur général de l’IATA a dressé ce jeudi un tableau sans concession du secteur. Pénurie de SAF, défaillances industrielles et pression fiscale : Willie Walsh appelle l’Europe au réalisme économique.
Si l’année 2025 s’est soldée par une rentabilité relative pour les compagnies aériennes, avec environ 39,5 milliards de dollars de bénéfices prévus, l’ambiance n’était pas à l’euphorie ce jeudi 29 janvier, lors de l’assemblée générale du Board of Airlines Representatives (BAR) à Paris. Willie Walsh, directeur général de l’Association internationale du transport aérien (IATA), a profité de cette tribune pour pointer les fragilités structurelles qui menacent la connectivité mondiale, rappelant que la marge nette du secteur plafonne à un maigre 3,9%. « Notre industrie reste très compétitive, mais dégage des marges très faibles », a-t-il martelé, soulignant le fossé entre les investissements colossaux exigés et la réalité économique des transporteurs.
Une chaîne d’approvisionnement « frustrante » et coûteuse
Au cœur des préoccupations immédiates figure la crise persistante de la chaîne d’approvisionnement. Retards de livraisons d’avions et pénuries de pièces de rechange continuent de peser lourdement sur les opérations. Selon l’IATA, ces dysfonctionnements ont coûté environ 11,4 milliards de dollars au secteur en 2025.
Pour Willie Walsh, la situation est d’autant plus inacceptable que les avionneurs et motoristes affichent une santé financière insolente. « Ce qui est extrêmement frustrant, c’est que les fournisseurs à l’origine de ces problèmes voient leurs marges augmenter », s’est-il insurgé, citant explicitement des acteurs comme GE ou Safran. Cette asymétrie force les compagnies à prolonger l’exploitation d’appareils plus anciens, plus gourmands en carburant et en maintenance, entravant paradoxalement leurs efforts de décarbonation. Résultat : alors que la demande devrait croître de 4,9% en 2026, la capacité n’augmentera que de 4,7%. « On pourrait dire que c’est positif pour l’équilibre offre/demande, mais cela oblige à faire voler des avions plus anciens […]. Cela se chiffre en milliards supplémentaires », a déploré le patron de l’IATA.
SAF : objectifs européens « hors d’atteinte »
Mais c’est sur le terrain environnemental que le discours s’est fait le plus incisif. Interrogé sur la capacité de l’Europe à atteindre ses objectifs réglementaires pour 2035 – qui imposent 20% de carburants d’aviation durables (SAF) dont 5% de carburants de synthèse (e-SAF) -, Willie Walsh s’est montré catégorique : « Non, je ne le pense pas. Nous ne voyons pas de progrès suffisant dans la production de SAF ; nous sommes très en retard. »
Le dirigeant a fustigé une stratégie européenne qu’il juge déconnectée des réalités industrielles, qualifiant l’accent mis sur les e-SAF d’« erreur » stratégique, compte tenu du coût prohibitif de l’électricité renouvelable sur le Vieux Continent. « Mandater quelque chose qui n’existe pas n’a pas de sens », a-t-il tranché. Pour l’IATA, cette fuite en avant réglementaire, couplée à l’absence de filière structurée, expose les compagnies à des surcoûts insoutenables, alors que le bénéfice net moyen par passager ne dépasse pas 7,90 dollars.
Overdose fiscale
Enfin, Willie Walsh n’a pas manqué d’égratigner la propension des gouvernements à alourdir la fiscalité sous couvert d’écologie. Avec une moyenne de 12 dollars de taxes par passager en Europe, le secteur estime avoir atteint un point de rupture. « Taxer l’industrie en espérant une amélioration environnementale est une mauvaise politique », a affirmé M. Walsh, dénonçant le fait que ces recettes finissent souvent dans le budget général des États plutôt que de financer la transition énergétique.
Mais alors que le président voyait, l’an passé, la France en État « schizophrène », il a concédé que ce n’était pas dans l’Hexagone que l’on taxait le plus les compagnies aériennes, la chiffrant à 11 dollars par passagers – soit en dessous de la moyenne européenne de 12 dollar. « Le problème, c’est de savoir où va cet argent », a déploré Willie Walsh.
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