TSBA : la Fnam dénonce une « mauvaise stratégie » de la part de la France
La fédération a, en marge de la présentation des résultats d’une étude menée par le cabinet Asterès, alerté sur le décrochage du pavillon français quant à l’aérien.
Le transport aérien en France est confronté à une érosion de sa compétitivité et à un net décrochage par rapport à ses voisins européens, une situation imputée en grande partie au poids croissant des politiques publiques. C’est le constat alarmant que continue de dresser la Fédération nationale de l’aviation et de ses métiers (Fnam) lors d’un récent point presse, où ont été dévoilés les résultats d’une étude comparative menée avec le cabinet Asterès, en présence d’Olivier Mazzuchelli, PDG de Transavia, et de Bertrand Godinot, directeur France d’easyJet.
Intitulée « Opérer en France ou à l’étranger : une comparaison des coûts des politiques publiques en matière de transport aérien », l’étude avait pour objectif de mettre en lumière « l’effet cumulatif des coûts des différentes politiques publiques françaises sur le coût d’opérer en France », selon Maéva Robert-Joubin, économiste, qui l’a présentée auprès de la presse et des journalistes.
La France parmi les pays les plus chers
Dans le cadre de cette étude, le cabinet a comparé la France à neuf autres pays (dont l’Allemagne, l’Espagne, l’Italie, le Royaume-Uni, la Turquie et les Émirats Arabes Unis) en se concentrant sur quatre catégories de coûts pilotés par l’État : les taxes et redevances, la fiscalité, le carburant (lié au SAF) et les systèmes d’échange de quotas d’émission (ETS) – des coûts représentant environ 34 % du prix total d’un vol.
Les résultats sont sans appel : la France est, dans la majorité des scénarios, le pays le plus cher ou le deuxième plus cher, en fonction du type de vol. Elle est le pays le plus cher pour opérer des vols court-courriers domestiques et des vols long-courriers sans escale vers l’Asie. Concernant les vols moyen-courriers, le coût est plus élevé en France que dans l’ensemble des pays européens analysés, à l’exception des Pays-Bas.
Enfin, sur les vols long-courrier avec hub, le coût d’exploitation via un hub français est supérieur à celui des pays de l’Union Européenne, ainsi que la Turquie ou le Golfe, le seul pays plus cher étant le Royaume-Uni.
L’étude souligne évidemment l’impact de la récente hausse de la TSBA : l’introduction de cette augmentation a fait exploser les coûts pour la France, qui est passée devant l’Allemagne en termes de coût d’exploitation en 2025, alors qu’elle était moins chère en 2024. Pour un vol long-courrier avec escale, les taxes ont bondi de 40 000 € à 60 000 € entre 2024 et 2025, selon l’étude.
« Plusieurs dizaines de millions d’euros » pour Transavia
L’ampleur du différentiel de coût est ainsi colossal. Pour une compagnie de la taille d’Air France (effectuant environ 60 000 vols long-courriers par an), l’écart de coûts liés aux politiques publiques peut représenter plus de 5 milliards d’euros par an par rapport à des opérations menées depuis les Émirats Arabes Unis.
Pour Olivier Mazzucchelli, PDG de Transavia, « la récente hausse de la TSBA a un impact énorme (…). Ça représente deux points supplémentaires d’inflation sur le prix des billets d’avion ». Il a ajouté que l’impact de la TSBA sur les 12 derniers mois a coûté à Transavia « plusieurs dizaines de millions d’euros » sur ses résultats d’exploitation.
Au-delà même des coûts fiscaux, les difficultés opérationnelles récurrentes dans le ciel français ajoutent des surcoûts considérables, selon la Fnam. Entre janvier et octobre 2025, 6,4 millions de minutes de retard ont été enregistrées dans l’espace aérien français – soit une augmentation de 50 % par rapport à 2024. Le coût total de ces retards pour les compagnies aériennes utilisant cet espace est estimé à plus de 800 millions d’euros. La moitié de ces minutes de retard supplémentaires proviennent du seul centre d’Aix-Marseille.
Pour Bertrand Godinot, directeur général France d’easyJet, ces contraintes opérationnelles, combinées aux hausses de taxes, « conduisent à une perte régulière de part de marché du pavillon français mais également à une perte d’attractivité de la France ». La compagnie a pourtant annoncé récemment ouvrir 17 nouvelles lignes au départ de la France, pour l’hiver 2025.
La TSBA, « opération nulle »
Le trafic aérien en France a progressé beaucoup moins vite que la moyenne européenne depuis la crise de la Covid-19. En septembre 2025, la France a même enregistré une croissance négative du trafic (-0,2%) par rapport à 2024, alors que le trafic mondial était en croissance de +3,6 % et le trafic européen de +2,9%. L’offre de transport aérien en France a stagné, faisant chuter la France au 6e rang des marchés européens en termes d’offre, dépassée notamment par l’Italie et la Turquie.
La Fnam estime ainsi que la France aura perdu environ 3,5 millions de visiteurs internationaux en 2025. Cette perte se traduit par environ 2,3 milliards d’euros de chiffre d’affaires en moins pour l’économie française et une perte fiscale de plus de 800 millions d’euros pour l’État. Ce montant correspond à ce que la hausse de la TSBA était censée rapporter, rendant ainsi l’opération fiscale « totalement nulle » – voire à rendement négatif, lorsque l’on considère les pertes d’activité.
Pour Bertrand Godinot, les consommateurs français font des arbitrages : « Si vous avez une famille de quatre personnes qui va devoir payer près de 300 € de taxe et redevance aéroportuaire pour aller en Corse, il y a des chances que ça lui coûtera beaucoup moins cher d’aller en Espagne ». Il constate d’ailleurs une baisse d’environ 600 000 sièges sur les vols domestiques depuis 2019, avec une pénalisation de la connectivité régionale.
« Mauvaise politique »
Face à ce qu’elle qualifie de « mauvaise politique », la fédération pointe les effets pervers de l’empilement des contraintes. Les dirigeants rappellent que les compagnies doivent rogner sur leurs marges pour rester compétitives dans un marché global, ce qui réduit leur capacité à investir dans le renouvellement de la flotte et la transition écologique.
L’organisation appelle l’État à revoir sa stratégie. Ainsi, alors que le parlement discute actuellement du Projet de Loi de Finances (PLF), la Fnam rappelle qu’elle s’oppose farouchement à un amendement qui consisterait à taxer les passagers des aéroports franciliens (Orly, Le Bourget et Roissy), y voyant une menace supplémentaire générant des « distorsions de concurrence ».
Ainsi, pour la Fnam la France est aujourd’hui dans un schéma « perdant-perdant » où les coûts élevés et les problèmes opérationnels (le contrôle aérien étant en cause dans 56 % des retards de Transavia) fragilisent les opérateurs basés en France et ne permettent pas de bénéficier de la croissance, même réduite, de l’activité.
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