A Porto, au xviie siècle, on ne plaisantait pas avec le confort. Ainsi, les hommes d’affaires de la région, qui ne disposaient pas de bureaux, se sont fait construire un Palais de l’Association des commerçants (actuel Palais de la Bourse). L’édifice en granit, sur la place Infante d’Henrique, est assez austère. Mais à l’intérieur, ça déménage ! Lustres baroques en bronze d’une tonne chacun, parquet marqueté ou en mosaïques façon Pompéi, fresques murales, plafonds dorés à la feuille, salon arabe en stuc inspiré de l’Alhambra à Grenade… Rien que pour la décoration, il a fallu travailler d’arrache-pied pendant 20 ans ! Aujourd’hui, la Ribeira, coeur historique de Porto classé au Patrimoine mondial par l’Unesco, aurait à nouveau besoin de l’attention artistique portée par ses ancêtres. Au premier coup d’oeil, il est vrai que le charme opère : des maisons colorées hautes et étroites, imbriquées les unes dans les autres, s’accrochent à une colline escarpée qui plonge dans le fleuve Douro. Un tableau superbe, qui gagne encore en beauté à la nuit tombée, lorsque l’ensemble s’illumine et que la vie palpite dans ses ruelles biscornues. Mais dès que l’on se rapproche de l’oeuvre d’art, le coeur se serre. Les balcons en fer forgé des belles demeures sont grignotés par la rouille ; aux murs lézardés de fissures. Et derrière les façades aux fenêtres entourées de granit, on peut apercevoir un plafond éventré ou un sol défoncé. Il faut dire que ces dernières années, la ville avait d’autres préoccupations : la réhabilitation des routes et trottoirs, la rénovation de l’aéroport et la construction de son métro (cinq lignes). Ces travaux d’Hercule terminés, espérons que le gouvernement prendra les choses en main pour sauver les fabuleuses maisons de Porto, et l’honorer pleinement de son titre de deuxième ville du Portugal.
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