Grève chez French Bee : « 100% des PNC basés à La Réunion font la grève »
Les personnels navigants commerciaux de French Bee entament une grève de quatre jours, du 27 au 31 août.
« C’est un ras-le-bol général », lâche une représentante du SNPNC de French Bee. La compagnie, qui opère majoritairement des vols long-courriers entre la France hexagonale, La Réunion et l’Amérique du Nord, est sous le feu des critiques de la part de ses employés.
Après une grève des pilotes en mai et un premier préavis des personnels de cabine levé in extremis en avril, les hôtesses, stewards et chefs de cabine de la compagnie low cost du groupe Dubreuil sont appelés à cesser le travail du 27 au 31 août. Porté par le SNPNC-FO, syndicat majoritaire, avec 72% des voix, et la CGT, ce mouvement dénonce une dégradation critique des conditions de travail et un décrochage salarial persistant.
Rythme « intenable »
Au cœur du malaise figure l’instabilité permanente des plannings. Alors que les accords d’avril prévoyaient un délai de prévenance de 48 heures, interdisant toute modification de dernière minute, les syndicats accusent la direction de contourner cet engagement dès que les équipages partent en escale. Une situation aggravée par la réorganisation de liaisons emblématiques, à commencer par la desserte de la Polynésie.
« La rotation vers Tahiti, qui s’opérait auparavant sur 14 jours, à été compressée en 7 jours », fustige la représentante, qui a souhaité rester anonyme. « Nous enchaînons les vols et de courtes périodes de sommeil à un rythme intenable. La direction ne semble pas mesurer l’impact des décalages horaires et de l’alternance entre vols de jour et de nuit sur notre santé physique et mentale. »
« Nous sommes la compagnie française long-courrier dont les PNC sont les moins bien payés »
Selon les syndicats, qui ont déposé deux droits d’alerte et deux procédures pour danger grave et imminent, la fatigue accumulée a déjà entraîné des accidents de trajet et une multiplication des arrêts de travail. « Il y a un mépris total. Nous avons des PNC en souffrance et en burn-out, et on nous répond simplement que nous exagérons », déplore la déléguée syndicale. « Nous sommes aux minima des règles européennes en termes de repos. »
À la pénibilité des rotations s’ajoute une vive contestation sur les rémunérations. Face à l’inflation, les syndicats réclament 10% d’augmentation pour les navigants, et 15% pour les chefs de cabine. « Nous sommes la compagnie française long-courrier dont les PNC sont les moins bien payés », insiste la représentante. « Pour les chefs de cabine, si l’on compare avec Air Caraïbes, qui appartient pourtant au même groupe et dont les bureaux sont juste en face », l’écart atteint 40% à niveau d’ancienneté équivalent », calcule-t-elle. Et de rappeler qu’un seul chef de cabine encadre, à bord, jusqu’à 480 passagers.
Programme de vols maintenu
La direction de French Bee a, de son côté, confirmé le maintien du préavis tout en affirmant demeurer « ouverte au dialogue avec les représentants du personnels ». « La compagnie (…) demeure ouverte au dialogue avec les représentants du personnel, et reste pleinement mobilisée afin d’assurer la continuité de ses opérations. Rappelant que « la sécurité des vols, des équipages et des passagers demeure la priorité absolue », le transporteur a indiqué qu’à ce stade, il « maintient l’ensemble de son programme de vols ».
Dans les faits, l’intégralité des vols est pour l’instant assurée grâce à une combinaison d’affrètements auprès de la compagnie espagnole Wamos, de la mobilisation des cadres et du fait que les personnels en CDD, craignant pour leur contrant, n’ose pas faire grève. Mais ce maintien du programme se fait, selon le SNPNC, sous forte tension opérationnelle. « 100% des PNC basés à La Réunion font grève », affirme la porte-parole.
Sous-effectif
« Les vols partent, mais à quel prix ? », s’interroge la déléguée. Les syndicats rapportent en effet des départs en sous-effectif, avec huit navigants au lieu de dix, ce qui contraint la compagnie a débarquer des passagers pour respecter les ratios réglementaires de sécurité. De plus, les appareils affrétés auprès de Wamos sont des Airbus A330, de moindre capacité que les habituels A350 de French Bee, et dépourvus d’écrans individuels.
« Ces opérations d’affrètement se chiffrent en millions d’euros », ajoute la représentante du SNPNC. « Il est regrettable de préférer verser ces sommes à des opérateurs extérieurs plutôt que de les investir durablement dans la rémunération et le bien-être des salariés de French Bee. »
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