Guerre au Moyen-Orient : Istanbul capte les flux de correspondance délaissés par le Golfe
Contraintes d’éviter la zone de conflit en Iran, les compagnies contournent le Golfe et propulsent les aéroports d’Istanbul au premier plan, selon les chiffres de l’Association internationale du transport aérien.
Les grands carrefours aéroportuaires du Moyen-Orient font face à une reconfiguration majeure de leurs flux : après six mois de conflit en Iran et la fermeture partielle des espaces aériens régionaux, les plateformes du Golfe voient une part importante de leur trafic de transit glisser vers le nord, Istanbul ressortant comme la principale bénéficiaire.
Écosystème fragilisé
Le choc fragilise un écosystème fondé sur les correspondances intercontinentales. Elles représentaient jusqu’ici la moitié des volumes à Dubaï ou à Abu Dhabi, et près des trois quarts à Doha. Sur le deuxième trimestre, l’Association internationale du transport aérien (Iata) mesure ainsi une chute de 30% de la demande (en passagers/kilomètres) pour les transporteurs du Golfe. Celle-ci atteint près de 50% sur les dessertes européennes. Selon Eurocontrol, les liaisons quotidiennes entre l’Europe et le Moyen-Orient ont diminué de 59%, sous l’effet conjugué des restrictions de vol et des consignes de prudence émises par l’Agence européenne de la sécurité aérienne (Aesa).
Dubaï conserve malgré tout son rang de première escale internationale mondiale, avec 4,5 millions de sièges en août. Mais le cabinet OAG y voit une érosion annuelle de 15%, le repli le plus marqué parmi les géants du secteur. Les opérateurs occidentaux, « plus frileux face aux risques géopolitiques », évitent massivement la zone, explique Paul Chiambaretto, directeur de la Chaire Pégase, à l’AFP.
Istanbul, grand gagnant
Entre l’interdiction de survol de la Russie et ces tensions régionales, les compagnies reliant l’Europe à l’Asie se scindent alors en deux groupes : certaines adoptent un tracé méridional passant par l’Égypte et l’Arabie saoudite, d’autres le couloir septentrional, traversant la Turquie, le Caucase et l’Asie centrale.
Ce second tracé profite directement aux aéroports d’Istanbul : selon Paul Chiambaretto, cité par l’AFP, Turkish Airlines s’affiche comme « la grande gagnante de la situation ». L’expert estime que la capitale turque se trouve « au niveau du centre de gravité mondial du transport aérien », et peut ainsi s’appuyer sur un « aéroport moderne » et une compagnie en fort développement.
Crise structurelle
Ainsi, sur les sept premiers mois de l’année, Turkish Airlines a vu sa fréquentation globale croître de 5,4% – totalisant 54 millions de passagers. En juillet, ses capacités vers le Moyen-Orient ont chuté de 25%, mais elles ont augmenté de 6% vers le continent européen et de 16% vers l’Asie de l’est. D’après ACI Europe, le hub principal d’Istanbul a accueilli près de 40 millions de voyageurs au premier semestre, s’adjugeant la première place européenne en juillet avec plus de 8 millions d’usagers. L’aéroport secondaire, Sabiha Gökçen, enregistrait une hausse de 6,4%.
Les compagnies du Golfe tentent néanmoins de redresser la barre : Emirates et Qatar affirment avoir rétabli respectivement 92 et 85% de leurs programmes initiaux, tandis qu’Etihad parvenait, en août, à accroître sa capacité de 9% sur un an. Mais le report semble s’installer : l’Iata relevait, au second trimestre 2026, une hausse de 14% du trafic sur l’axe direct Europe-Asie. « Cette crise, qui paraissait purement conjoncturelle, commence à devenir de plus en plus structurelle », concède Paul Chiambaretto.
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