Italie : un homme condamné pour avoir construit un faux site archéologique pour arnaquer les touristes
Un amphithéâtre, des statues antiques, un bassin bucolique… le site archéologique avait tout de la carte postale idéale. Mais il était totalement faux, rapportent différents médias italiens.
À Arcugnano, près de Vicence, dans le nord-est de l’Italie, l’ »Anfiteatro Marittimo Berico Porto degli Angeli », un site archéologique abritant des vestiges néolithiques, grecs et romains, sera bientôt détruit. Et pour cause : le lieu, étendu sur 5 000 m² et renfermant un amphithéâtre, des colonnes ou encore des statues en excellent état de conservation, est totalement artificiel.
Il a été construit de toutes pièces par Franco Malosso, un personnage excentrique qui se fait également appeler « Frank von Rosenfranz ». L’homme vient d’être définitivement condamné par la justice italienne à 28 mois de prison, 3000 euros d’amende et 3500 euros de remboursement de frais de justice. Franco Malosso doit aussi remettre le terrain en état. Une opération qui ne sera possible qu’après le passage de véritables archéologues…
Cléopâtre, Jules César et Juliette Capulet en visite
Franco Malosso affirmait avoir découvert le site en 2005, après un glissement de terrain. Pour alourdir la charge historique et émotionnelle des lieux, il assurait même que le lieu, fondé par des Grecs, aurait été fréquenté par les Romains, les Templiers, Jules César et Cléopâtre. Il a également établi un lien avec Juliette Capulet, héroïne totalement fictive créée par William Shakespeare pour l’écriture de Roméo et Juliette, à la fin du XVIe siècle.
Avec ces vestiges pourtant grossièrement fabriqués et ce sens du storytelling, Franco Malosso attire des touristes venus du monde entier. L’affaire va s’étendre sur deux ans. Le site obtient même de très bons commentaires sur les plateformes consultées par les voyageurs comme TripAdvisor. Pour visiter l’endroit, qui change étrangement d’appellation de façon régulière, les voyageurs étrangers doivent s’acquitter de 14 euros.
Visites guidées, conférences, concerts…
Les locaux, eux, doivent débourser 40 euros. Un tarif rédhibitoire, que l’escroc a en fait établi pour éloigner les Italiens du site. Car il devait connaître ses failles, notamment les nombreuses incohérences historiques recensées depuis. Par exemple, Franco Malosso affirmait que son site archéologique avait été construit en 393 après Jésus-Christ. Soit près de 400 ans après la mort de Jules César, qui, selon les affirmations du même Franco Malosso, aurait parcouru les lieux.
Mais, en 2016, et alors que le site apparaît désormais dans les brochures touristiques locales, la municipalité d’Arcugnano effectue un signalement. La mairie avait des doutes sur l’authenticité du site et sur la légalité des travaux réalisés sur la colline. Les premières investigations sont lancées. Le couperet tombe rapidement. Le site est un faux destiné à attirer des touristes pour leur faire payer entrées, visites guidées, conférences et autres concerts dans l’amphithéâtre.
Qui paiera la démolition du site ?
La construction a même été réalisée grossièrement par Franco Malosso. Les images satellites étudiées par les autorités montraient le déboisement et le terrassement progressif de la colline. L’Italien, aujourd’hui âgé de 69 ans, a été poursuivi pour infractions d’urbanisme, construction de structures sans autorisation. Et, bien sûr, contrefaçon d’œuvres d’art. Devant le tribunal, il a d’ailleurs utilisé cet argument du faux grossier qui n’aurait pu tromper personne pour sa défense.
En mai 2019, le tribunal de Vicence a condamné Franco Malosso. Il lui a également ordonné de remettre la colline dans son état initial. La Cour de cassation a ensuite confirmé la condamnation en décembre 2021. Elle a rejeté les arguments portant sur la prescription des infractions, le classement paysager de la zone et l’impossibilité prétendue de tromper qui que ce soit avec une construction aussi rudimentaire.
Franco Malosso a finalement été incarcéré en 2026, plusieurs années après la décision définitive, le temps d’épuiser d’autres recours juridiques propres au droit italien. Le faux amphithéâtre, lui, est toujours en place. La question de sa démolition et du coût de la remise en état de la colline reste ouverte.