Transports, emplois, urbanisme : les parcs d’attractions saoudiens, « une opportunité historique » pour le territoire francilien
Après l’officialisation d’un projet de parcs d’attractions dans le Val-d’Oise, près de Paris, les voix discordantes sont rares. Les élus locaux saluent même une « opportunité historique » pour le territoire.
Dans quelques années, l’ancien site de Mirapolis devrait accueillir trois parcs à thèmes d’envergure. Le projet, porté par Qiddiya Investment Company, une filiale du fonds souverain de l’Arabie saoudite, prévoit six milliards d’euros d’investissements, et la création de 22 000 emplois dans le secteur. Une annonce « hors normes » selon les mots d’Emmanuel Macron, qui s’exprimait aux côtés de Mohamed ben Salmane, le prince héritier du Royaume saoudien, depuis l’Elysée.
« C’est une belle manière de terminer l’aménagement de cette ville nouvelle qui a plus de 50 ans », se félicite Jean-Paul Jeandon, président de la Communauté d’agglomération de Cergy-Pontoise, choisie pour accueillir les futurs chantiers. Au niveau local, l’enthousiasme parcourt d’ailleurs toutes les sensibilités politiques.
16 000 jeunes arrivent sur le marché de l’emploi chaque année dans le Val d’Oise
Tout en reconnaissant « avoir des réserves sur la manière présidentielle d’aménager le territoire francilien », le groupe de La Gauche d’Île-de-France se dit aussi favorable au projet. Il pourrait « générer des milliers d’emplois en Île-de-France et tout particulièrement dans le Val d’Oise ». Même si la formation politique insiste pour la mise en place de « clauses sociales permettant la formation et l’embauche de jeunes franciliens ».
Les emplois potentiellement créés constituent d’ailleurs l’élément clé permettant de fédérer les différentes couleurs politiques. À l’échelle du département, l’un des plus jeunes de France comptant « 16 000 jeunes qui entrent sur le marché du travail chaque année », chiffre Jean-Paul Jeandon, « c’est une énorme opportunité [pour eux] de pouvoir trouver des emplois qui leur correspondent ».
Un projet qui sent bon les années 1980
Par ailleurs, « le choix de ce site constitue une opportunité historique pour améliorer la branche Cergy du RER A qui souffre d’une fréquence réduite, dénoncée depuis des années par les élus locaux », pointe également la Gauche d’Île-de-France. « Si on peut bénéficier d’une amélioration de l’offre de transport, notamment sur le RER A ou sur la circulation des bus, ce sera positif », abonde Maryeme Bouslam, conseillère municipale d’opposition à Courdimanche, commune où les différents parcs devraient prendre place.
Nouvelle fiscalité, aménagement territorial, nouveaux emplois, transports : le projet s’inscrit totalement dans la grande vague de création des parcs de loisirs en France, dans les années 1970/1980. À l’époque, chaque région, chaque territoire et chaque élu voulaient construire son parc d’attraction, synonyme d’économie dynamique, d’emplois non-délocalisables et de rayonnement régional voire national. Plus que les rêves, c’étaient les finances qui manquaient…
Dans le Val d’Oise, les trois parcs annoncés pourraient bénéficier de financements démesurés. À titre de comparaison, Disneyland Paris a investi 13 milliards d’euros à Marne-la-Vallée depuis son inauguration, en 1992. Surtout, le complexe a rayonné sur l’ensemble de la chaîne touristique. Disneyland Paris a ainsi contribué à hauteur de 84.5 milliards d’euros de valeur ajoutée à l’économie française et versé 8,8 milliards d’euros en impôts en France depuis 1992*. Le site a même généré 6,1% de l’ensemble des dépenses touristiques de l’Hexagone depuis 1992.
Des incertitudes planent
Les six milliards d’euros que l’Arabie saoudite prévoit d’investir constituent donc une base solide pour envisager le développement d’un complexe d’envergure, avec une offre hôtelière à créer. Même si de nombreuses incertitudes planent. L’accord signé acte en effet un principe d’investissement et une intention commune. Mais il laisse en suspens des questions opérationnelles, juridiques, sociales ou encore financières.
La nature juridique de l’accord d’investissement (protocole d’accord, contrat ferme…) n’a d’ailleurs pas été précisée publiquement. C’est sans doute la realpolitik qui l’emportera. Dans un contexte de tensions géopolitiques exacerbées au Moyen-Orient, la stabilité du financement saoudien à long terme peut varier. Mirapolis avait déjà péri de promesses mal calibrées. Disneyland Paris a failli payer cher sa folie des grandeurs. Le projet saoudien, lui, naît d’une promesse d’État, ce qui le rend plus solide. Mais aussi potentiellement plus exposé si les équilibres diplomatiques venaient à se déplacer.
L’accord du 24 août constitue donc une étape décisive et concrétise la réalité d’un projet inédit en Europe. Mais il marque davantage le début d’un long processus administratif que la garantie d’une ouverture. L’enthousiasme suscité par l’annonce de la création de ces trois parcs devra rapidement céder à la patience.
*Données issues de l’étude de contribution Setec 2025.