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Mirapolis : le fiasco du premier grand parc d’attractions français

Un documentaire disponible sur France.tv retrace l’histoire de Mirapolis, le « premier grand parc d’attraction français ». Une histoire rocambolesque où se côtoient Rabelais, le chanteur Carlos, le Club Med ou encore Marcel Campion, le roi des forains.

Au début des années 80, la France se prend de passion pour une forme encore discrète de loisirs : les parcs d’attractions. L’arrivée annoncée du géant américain Disneyland à Marne-la-Vallée, près de Paris, créée une effervescence propice à l’émergence de nombreux projets, et aux levées de fonds. Les territoires, qui identifient les parcs de loisirs comme un moyen de stimuler l’économie et l’emploi localement, veulent tous leurs parcs d’attractions.

Et il y a, aussi, une question culturelle. Européennes dans l’âme, les fêtes foraines sont remplacées par ce nouveau modèle créé par Walt Disney. Et, pour certains, la France doit cultiver son exception culturelle, y compris dans ce secteur naissant. L’architecte Anne Fourcade en fait partie. C’est d’ailleurs après une visite à Disneyland, en Californie, qu’elle imagine Mirapolis, un parc 100% français inspiré des contes, des légendes et de la littérature française.

Un projet démesuré

En quelques années, et notamment par l’entremise décisive du milliardaire saoudien controversé Ghaith Pharaon, Anne Fourcade parvient à lever des fonds auprès de la Caisse des dépôts, du Club Med ou encore de Sodexport. Le chantier de construction du parc débute à l’été 1985, sur un terrain agricole de 55 hectares près de Cergy-Pontoise (Val d’Oise).

Selon le projet imaginé par Anne Fourcade, Mirapolis se distinguera notamment par sa démesure. Son emblème, une statue de Gargantua haute de 35 mètres, est visible à des kilomètres à la ronde. Le parc abrite une vingtaine d’attractions et s’étend autour d’un lac gigantesque. Dans le paysage francilien de l’époque, Mirapolis est une curiosité censée attirer jusqu’à 2 millions de visiteurs dès la première année.

La colère des forains

Le parc est officiellement inaugurée le 20 mai 1987 par le Premier ministre de l’époque, un certain Jacques Chirac. Dès le lendemain, plusieurs centaines de forains, emmenés par Marcel Campion, attaquent Mirapolis. Dénonçant une différence de traitement, dans l’application de la TVA, entre les activités foraines traditionnelles (18,6% de TVA) et les tout jeunes parcs de loisirs (7%), ils s’en prennent aux installations du parc, causant de nombreux dégâts.

Et, surtout, impactant négativement l’image de Mirapolis. Dans les jours qui suivent, les annulations pleuvent. Et les forains n’ont pas fini leur opération. Ils distribuent de faux billets d’entrée dans les départements voisins du parc, ce qui provoque un afflux de visiteurs et un chaos généralisé aux guichets de Mirapolis. Le lancement du parc est raté, et les dieux des loisirs ne sont pas plus cléments, avec une première saison estivale marquée par les intempéries.

À la fin de la première saison, Mirapolis n’a attiré que 600 000 visiteurs. Loin des deux millions espérés. Le déficit financier, lui, se creuse déjà. Les forains, eux, remportent leur bataille, puisque leurs activités sont soumises à 7% de TVA à compter du mois de septembre 1987. Pour la saison 1988, le groupe désigne le Club Med, actionnaire à hauteur de 5% dans Mirapolis, comme nouveau gestionnaire.

Le Club Med aux manettes…

Et la marque au trident se met au travail. Elle construit de nouvelles attractions, parmi lesquelles Miralooping, l’une des premières montagne russes modernes à inversions de France. L’attraction vise une clientèle adolescente, jusqu’ici négligée. Elle est même inaugurée par Johnny Hallyday et Carlos, nouveaux parrains populaires de Mirapolis. Le Club Med repense aussi l’offre de restauration du parc. Anne Fourcade, elle, quitte le projet pour rejoindre Philippe de Villiers, lui aussi présent lors de l’inauguration de Mirapolis, et travaillant activement au développement du Puy du Fou.

La communication aussi est repensée. Mirapolis devient un lieu de tournage pour des jeux télévisés populaires comme le Juste Prix. Les reportages et les visites de personnalités se multiplient, et une étape du Paris-Dakar longe même la célèbre statue de Gargantua. Mirapolis bénéficie d’une exposition inédite et déploie une nouvelle stratégie qui va porter ses fruits.

En effet, à la fin de la saison 1988, 1 million de visiteurs ont franchi les portes du parc. C’est une première en France. Mais ça n’est pas suffisant, à quelques dizaines de milliers de visiteurs près, pour atteindre l’équilibre financier. Avec des pertes cumulées d’environ 85 millions de francs, Mirapolis doit subir une nouvelle restructuration. Et les actionnaires décident de tenter une nouvelle stratégie, cette fois-ci portée par… Marcel Campion.

… avant de quitter l’aventure

Celui qui avait mené la fronde à l’ouverture du parc en prend cette fois-ci les commandes opérationnelles, avec une douzaine de grandes familles de forains français réunies dans un groupement d’intérêt économique (GIE). Ils installent une trentaine d’attractions ambulantes – accessibles avec supplément – ce qui brouille le message thématique initialement proposé par Mirapolis. La fréquentation s’effondre pour s’établir, à la fin de la saison 1989, à 640 000 visiteurs.

Et les pertes s’accumulent, jusqu’à 330 millions de francs. Le 18 décembre 1989, la société Paris-Parc, propriétaire de Mirapolis, est déclarée en cessation de paiement. En janvier 1990, elle dépose le bilan. S’ouvre alors le chapitre de la reprise de Mirapolis. Le parc rouvre au printemps, alors même que le tribunal de commerce de Paris n’a pas statué concernant les repreneurs.

En mai 1990, il accorde la reprise de Mirapolis au GIE Mira-fêt, associé au milliardaire saoudien Ghaith Pharaon – encore lui – dans un groupe baptisé Campion-Concorde. La Caisse des dépôts et le Club Med, qui ne voulaient plus faire partie de l’aventure, sortent définitivement du montage. Au niveau opérationnel, la saison ne se passe pas bien. Délaissé, Mirapolis fait face à des problèmes de sécurité, de propreté ou de maintenance des attractions.

« Mirapolis n’est plus viable »

En octobre 1990, la Cour d’Appel de Paris accorde finalement la reprise à la société Cergy-Parc, initialement écartée par le tribunal de commerce. Principalement composée du Crédit national, elle a déboursé 115 millions de francs pour racheter Mirapolis. Dans le cadre d’un contrat de location-gérance, les forains conservent toutefois l’exploitation du parc pour les saisons 1991 et 1992. Ils n’auront pas l’occasion d’aller au bout du contrat.

La saison 1991 sera, en effet, le dernier tour de piste de Mirapolis. Après de nouvelles pertes colossales, le parc ferme ses portes à l’automne. Dans la presse, Marcel Campion déclare que Mirapolis n’est plus viable, chiffres à l’appui. C’est le coup de grâce pour le parc, qui ne rouvrira jamais. Dans les années qui suivent, il est démantelé, ses attractions revendues aux quatre coins de l’Europe – certaines sont toujours en service. Et la nature reprend ses droits sur le terrain de Mirapolis.

Toute une génération de nostalgiques

Jusqu’à la destruction, à la dynamite, de l’iconique statue de Gargantua, en 1995. Un déboulonnement explosif qui marque la fin d’une aventure bien française, sans doute trop ambitieuse. Mais qui préfigure aussi ce que deviendra le secteur des parcs de loisirs en France : un marché très dynamique, dans le sillage de Disneyland Paris, qui mobilise acteurs publics et privés, attire les familles et génère d’énormes retombées économiques (environ 4 milliards d’euros de chiffre d’affaires en France en 2024).

Mirapolis a aussi marqué toute une génération de nostalgiques, réunis depuis 2013 au sein de l’association Mirapolis – les Amis du parc. Avec, en marraine d’honneur : Anne Fourcade. Le réalisateur Louis Daboussy, qui a visité le parc enfant, fait peut-être partie de ces nostalgiques. Il raconte en tout cas l’échec industriel de Mirapolis dans le documentaire Mirapolis, l’incroyable crash du Disneyland français, disponible gratuitement sur France.tv jusqu’au 28 février 2026 en cliquant ici.

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