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Opération obsolescence déprogrammée : la SNCF prolonge la durée de vie de ses rames en attendant le TGV M

Pour pallier les retards d’Alstom et maintenir ses parts de marché face à la concurrence, SNCF Voyageurs lance le programme O2D, visant à prolonger la durée de vie de ses rames.

C’est au Technicentre du Landy que SNCF Voyageurs a donné, le 19 février 2026, le coup d’envoi opérationnel de son projet O2D (« Opération Obsolescence Déprogrammée »). Si la communication officielle met en avant une « première mondiale » sur le plan écologique et industriel, la réalité opérationnelle répond à un impératif pragmatique : éviter une dégradation du plan de transport alors que l’opérateur historique est pris en étau entre une demande record et une disponibilité de matériel critique.

Impératif capacitaire

La stratégie O2D n’est pas seulement un choix de durabilité, mais une réponse à un risque de pénurie de sièges. En 2025, SNCF Voyageurs a enregistré 168 millions de clients – une hausse de 18% par rapport au tarif de 2019. Mais la livraison des 100 rames du futur TGV M par Alstom, initialement prévue pour 2024, a été repoussée à l’été 2026.

SNCF O2D
La première rame rénovée dans le cadre de l’opération O2D sort du technicentre du Landry ce vendredi 20 février. © Aurore Baron / SNCF Voyageurs

Pour SNCF Voyageurs, réduire l’offre est inenvisageable – et encore moins dans un contexte de libéralisation. « Dans un monde ferroviaire où tous les marchés s’ouvrent à la concurrence, être un acteur industriel à part entière, c’est véritablement un atout stratégique », insiste Christophe Fanichet, directeur général de la compagnie. Le programme vise ainsi à stabiliser l’offre pour ne pas céder de terrain aux nouveaux entrants. « Si on n’avait rien fait, on aurait perdu des rames chaque année sans avoir le relais de TGV M », assume Xavier Ouin, directeur industriel, auprès de L’Écho touristique. L’objectif : avant tout, stabiliser la capacité d’emport.

Confort et sécurité

Sur le terrain, les interventions varient selon l’horizon de prolongation. Pour les rames prolongées de 2 à 4 ans, les technicentres opèrent une rénovation centrée sur le « juste nécessaire » : la moquette est changée, et le confort visuel modernisé via un « relamping » (passage intégral à l’éclairage LED) et le « repelliculage » des tablettes, désormais dotées de QR codes pour consulter la carte du bar.

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A l’intérieur des rames, pas de transformation majeure, mais une rénovation légère pour assurer le confort des voyageurs. © Aurore Baron / SNCF Voyageurs

Le volet le plus critique, bien que moins visible, est structurel. Les équipes procèdent à un traitement anticorrosion rigoureux du châssis et de la toiture, au remplacement des portes endommagées et à la vérification par soudure des trappes de coffre sous les voitures. « On vient fiabiliser les organes fonctionnels et travailler sur le volet confort client », résume Stéphane Cas, responsable de production au Landy. Les rames Duplex, destinées à une extension de 10 à 15 ans, subissent des travaux plus lourds, incluant l’intégration du système de sécurité européen ERTMS.

L’opération, nourrie par un investissement de 600 millions d’euros en fonds propres, porte sur la rénovation de 104 rames. L’innovation réside dans la répartition de la charge de travail entre technicentres industriels (Rennes, Hellemmes) et technicentres de maintenance (Atlantique, Le Landy).

Économie circulaire

Une efficience qui s’appuie également sur une logique d’économie circulaire. Près de 10 500 pièces sont récupérées sur des « rames magasins », des trains radiés servant de réservoirs de composants. Les éléments tels que les mousses de sièges sont reconditionnés plutôt que remplacés par du neuf, limitant l’empreinte carbone à 6,7 millions de tonnes de CO2 économisées.

D’ici la fin de l’année 2026, 26 rames rénovées auront quitté les ateliers. À l’horizon 2027, le programme O2D aura permis de préserver 17700 places, un chiffre qui montera à 22100 places en moyenne sur la période 2027-2034. Cela représente l’équivalent de 15% de la capacité actuelle de l’offre TGV.

En prolongeant la structure de ses trains au-delà de la butée technique initiale de 34 ans, SNCF Voyageurs s’assure une transition sécurisée. L’enjeu est désormais de tenir la cadence d’une rame traitée toutes les quatre semaines en vitesse de croisière pour garantir la tenue des plans de transport face à une concurrence de plus en plus pressante.

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