Pour Malika, cette jeune femme agents de voyage, c’est la triste constatation de -peut-être- la fin d’une époque. Du moins, la grande incertitude qui pèse sur l’économie du tourisme, ce métier, dit-elle, tellement méconnu, « tellement peu valorisé ».
"Parce ce que nous", explique-t-elle, « on ne nous entend jamais, on ne nous voit jamais ». Tellement vrai. Combien de fois ais-je entendu, moi simple journaleux qui exerce dans les médias professionnels, « oh toi, tu as un métier en or : tu passes ton temps à être en vacances », propos que bien évidemment, la plupart d’entre vous, professionnels du voyage avez aussi entendus. Durant des décennies d’ailleurs, le tourisme, vu par les hautes autorités du pays, ne représentait rien… ou quasi rien. Tout juste, lorsque l’on voulait faire entrer un pote au sein du gouvernement, on lui donnait le ministère du Tourisme… A l’époque, c’était encore un ministère, maintenant on baisse (pardon, Jean Baptiste Lemoyne) à un simple secrétariat d’Etat.
A tel point d’ailleurs que, si j’ai bonne mémoire, Nicolas Sarkozy, alors Président, avait un jour confié « Pourquoi voulez vous que l’Etat soutienne le tourisme ? Ça marche tout seul… ».
Ça, c’était avant et vous avez raison, chère Malika, de vous inquiéter, face à cette crise de non-communication de la part de l’Etat. A leur décharge, je crois bien sincèrement que ni Monsieur Castex, ni Monsieur Véran ne sait vraiment ce qui se passe. Mais vous avez raison, il est temps, comme vous le dites, « qu’on se réveille, nous, au sein de la profession, qu’on se fasse plus entendre.”
Dominique Gobert, éditorialiste
Autre sujet d’inquiétude, qui corrobore fort bien le plaidoyer de Malika, cette annonce, surprenante, venue de Nicolas Brumelot, co-patron de Misterfly, de procéder à un Plan de sauvegarde de l'emploi afin de protéger son entreprise. Et sauver ainsi une partie de ses salariés.
Au moins, eux, contrairement à certains adeptes de ces plans sociaux, tellement pratiques, ils ne se comportent pas comme des gougnafiers. Que les salariés qui quittent -ou vont quitter l’entreprise- le fassent dans des conditions très correctes.
Malheureusement, comme le dit Brumelot, « il faut savoir prendre des décisions difficiles », même si la boîte a toujours été gérée de main de maitre.
Aurait-on pu éviter un tel gâchis ? Je ne sais pas trop. En tout cas, pour le patron de Misterfly, même si la crise sanitaire mondiale était imprévisible, peut-être aurait-il fallu, de la part de nos autorités, agir différemment.
Je ne peux que citer Brumelot, lorsqu’il exprime sa tristesse et sa douleur : « J’en veux à ceux qui nous gouvernent. L’obsession sanitaire leur fait perdre le sens de la réalité du terrain. Il faut arrêter cette 'politique spectacle'. Prendre des mesures pour que les entreprises ne restructurent plus. Donner des perspectives de vie décente aux Français. Sinon, les gens vont se révolter. Les Gilets jaunes étaient juste les prémisses de cette France qui gronde ».
La aussi, d’ailleurs, l’avenir n’est pas au beau fixe. Certes, une fois de plus, c’est la technologie, la robotisation qui risque (et va) prendre le pas sur l’humain.
Moi, ce qui m’inquiète aussi, c’est la conclusion apportée par Brumelot : « Avec ce travail de fond, nous aurons à terme une meilleure contribution à la marge. Et nous aurons moins besoin d’embaucher quand la reprise sera là ».
Reprise ? Vous avez dit reprise ? Bizarre !