Le Yémen met les TO dans l’embarras
Pour la première fois, le Yémen a connu un acte terroriste visant des touristes. Si la destination reste programmée, ce drame relance le débat autour des risques et des responsabilités.
Jusqu’à présent, le Yémen était considéré comme un jardin des Mille et Une Nuits suspendu aux confins du plus grand désert blanc du monde… Ses beautés confidentielles attirent chaque année 3 000 visiteurs français. Et ce en dépit d’une menace : l’enlèvement régulier de touristes, monnaie d’échange recherchée des tribus locales. Toutefois, les victimes étaient bien traitées et systématiquement relâchées. Une situation devenue presque folklorique (huit prises d’otages depuis août 2005), au point que certains clients demandaient à leur agence si l’option kidnapping était incluse dans leur forfait !
L’attentat du 2 juillet a toutefois anéanti la vision de cette Arabie heureuse. Pour la première fois, le Yémen a connu un acte terroriste (attribué à Al-Qaïda) prenant pour cible des touristes. Le groupe d’Espagnols visé avait pourtant appliqué les règles de sécurité en se faisant escorter par des policiers pour visiter le temple Bisiq, près de Mareb (haut-lieu touristique pour ses sites historiques), zone jugée sensible. Las, le véhicule piégé a tué neuf personnes et douze autres ont été blessées. Le ministère français des Affaires étrangères a immédiatement décrété un embargo touristique de 48 heures, le temps d’apprécier la situation. Il a, dans la foulée, modifié ses conseils aux voyageurs sur son site Internet.
Mareb interdite aux touristes
Depuis le 4 juillet, sur la carte du pays, la zone rouge interdite aux étrangers s’est élargie à Mareb et coupe le pays en deux, d’est en ouest. Le reste du Yémen demeure classé en zone orange, à savoir déconseillé, sauf pour raison impérative. L’Association des tour-opérateurs/Ceto, réunie le 9 juillet, a émis une consigne claire : Interdiction de mettre un orteil en zone rouge. Pour le reste, chacun demeure libre, au risque de mettre en péril l’entreprise en cas d’incidents graves.
Spécialistes de la randonnée (Déserts, Nomade, Allibert, Club Aventure…), de l’Orient (STI Voyages, Orients, Asia…), de circuits culturels (Intermèdes, Clio, Ikhar…) ou généralistes (Nouvelles Frontières, Cocorico…) vont appliquer stricto sensu les consignes. Et modifier leurs itinéraires, en ayant recours à l’avion, seul transport autorisé jusqu’à nouvel ordre pour aller de Sanaa à Sayun ou sur la côte, de Al-Mukalla à Aden. Mais si demain survient un gros pépin à un voyageur se trouvant en zone orange, qui portera la responsabilité ? Les tribunaux seraient amenés à trancher.
Depuis l’enlèvement de clients de STI Voyages au Yémen en septembre 2006, nous avons l’obligation d’informer les voyageurs sur la situation du pays. Nous leur transmettons les conseils du Quai d’Orsay, qu’ils doivent nous retourner signés. Cela ne nous dédouane pas mais fait fonctionner notre assurance [de responsabilité civile, NDLR] en cas de problème, commente une chef de produits. Mais ne fallait-il pas tout simplement fermer le Yémen à la vente, comme cela a été le cas pour le Sri Lanka cette année, alors que le pays n’a déploré aucun acte violent envers des touristes ?
Ce drame rappelle combien tourisme rime avec risques et combien il est urgent de trouver une alternative fiable au site du Quai d’Orsay, très diplomatique. Il rappelle aussi le paradoxe des clients, de plus en plus friands d’inédit, mais qui veulent aussi confort et sécurité, quitte à porter l’affaire en justice en cas de problème. A ce jour, aucun TO interrogé n’a enregistré d’annulation sur le Yémen. Et même de nouvelles inscriptions pour certains…