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Le Sri Lanka au ralenti pour économiser sa précieuse énergie

Des bus sans passagers, des salles de classes sans élèves et des services publics déserts : le Sri Lanka a vécu mercredi au rythme de la première journée de repos de sa semaine de travail raccourcie par les autorités pour cause de guerre au Moyen-Orient.

La guerre au Moyen-Orient a des impacts sur l’ensemble du globe. Au Sri Lanka, les autorités locales appellent à la sobriété. Parmi les mesures mises en place : la semaine de travail de quatre jours. Fonctionnaire au ministère du Logement, Prarthana Perera, 40 ans, a goûté sans retenue ce congé forcé. « Je le savoure d’autant plus, comme ça en milieu de semaine, qu’il est payé comme un jour férié ».

La semaine de travail de quatre jours fait partie de tout l’arsenal de mesures décrété par le gouvernement sri-lankais, pris à la gorge par ses difficultés d’approvisionnement en hydrocarbures depuis les premières frappes américano-israéliennes sur l’Iran. Comme nombre de ses voisins d’Asie du Sud, l’île de l’océan indien importe la totalité de ses besoins en pétrole, ainsi que du charbon pour produire son électricité.

Objectif : réduire de 25% la consommation d’énergie

Pour tenter de limiter la consommation de leur 22 millions d’habitants et de préserver leurs maigres réserves, les autorités ont déjà augmenté deux fois les prix des carburants et rationné leur distribution. Mais le conflit, qui bloque quasiment la circulation des navires chargés de pétrole et de gaz dans le détroit d’Ormuz, se prolonge dangereusement. Alors le gouvernement a éteint l’éclairage public dans les rues le soir et ordonné de faire tourner les climatisations au ralenti.

Et aussi, donc, renvoyé chez eux mercredi plus d’un million de ses agents et 4,5 millions d’élèves et d’étudiants. L’objectif est ambitieux : réduire de plus d’un quart la consommation d’énergie du pays, notamment dans les transports et les administrations. Ce sera difficile, anticipent beaucoup de Sri-Lankais comme Varuna Perera, cadre dans une entreprise privée de logistique. « Le gouvernement s’offre deux semaines de répit énergétique avant les vacances du Nouvel-An mais ça ne marchera pas sur le long-terme », tranche-t-elle.

Le télétravail pour « contribuer à l’effort national »

L’avocat Ravindranath Dabare est encore plus sceptique. « Il n’est pas envisageable de fermer les hôpitaux », observe-t-il. « Les médecins et le personnel médical ne peuvent pas travailler en restant chez eux ». L’influente Chambre de commerce a pourtant décidé de jouer le jeu. Elle incite les opérateurs privés à promouvoir le télétravail de leurs salariés.

« Nous encourageons nos adhérents à mettre en place des ajustements qui permettent de maintenir efficacement la continuité de leurs activités », indique sous couvert d’anonymat un de ses porte-parole. L’entreprise de technologie WSO2 a même imposé à ses 500 salariés sri-lankais deux jours de télétravail obligatoires par semaine, les mardis et jeudis. « C’est notre façon de contribuer à l’effort national », justifie sa porte-parole, Zaithoon Bin-Ahamed.

Les réservations vers le Sri Lanka menacées

Le commentateur politique Kusal Perera veut voir dans cette crise une occasion d’augmenter la productivité dans la fonction publique. « Il est temps de se pencher sur l’inefficacité des services publics », égratigne-t-il. Interrogé, un porte-parole du gouvernement ne s’est pas prononcé sur l’efficacité du régime énergétique forcé imposé à tout le pays.

Officiellement, le Sri Lanka dispose de réserves de diesel jusqu’à la mi-mai, et d’essence ordinaire pour une semaine de plus. Prudent, il travaille d’arrache-pied pour tenter d’acquérir quelques barils de brut auprès de la Russie et de l’Iran. La crainte d’une pénurie à venir, cumulée à la desserte aérienne réduite à peau de chagrin avec la fermeture des espaces aériens au Moyen-Orient, devrait peser lourdement sur les flux touristiques venant de France à destination de l’île émeraude.

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