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Guerre au Moyen-Orient : les voyagistes appellent les agences à participer aux surcoûts

Lors du forum du Seto à Tétouan (Maroc), Patrice Caradec, président du syndicat, déplore que les tour-opérateurs aient supporté seuls l’effort financier pour les rapatriements alors que, selon lui, le Code du Tourisme impose une responsabilité partagée avec les distributeurs.

« On dépense sans compter mais après il va falloir faire les comptes », affirme Patrice Caradec. La facture s’annonce lourde puisque le coût total des opérations de rapatriements pour les clients bloqués devrait « dépasser les six millions d’euros ». Et cela, « sans compter les pertes liées aux annulations ou au ralentissement des ventes », évaluées à « 20 à 25% » selon les tour-opérateurs.

« Nous avons dû acheter des billets à des tarifs très élevés pour remettre nos clients sur des vols réguliers ou affrétés. C’est un effort financier colossal que les tour-opérateurs ont supporté seuls », a-t-il expliqué devant quelque 150 professionnels du tourisme réunis à Tétouan. Le président du Seto souligne que cette dépense colossale montre à quel point la profession est résiliente. Et dans le même temps, elle met aussi en lumière le déséquilibre avec les distributeurs qui, selon lui, doivent désormais prendre leur part de responsabilité, conformément à ce que prévoit le Code du tourisme. La loi évoque « une co-responsabilité et des frais partagés entre producteurs et distributeurs dans des cas de cas de force majeure », selon Patrice Caradec.

Repenser la répartition des risques

Dans la salle, Patrice Arezina, tout nouveau directeur général du tour-opérateur Visiteurs, s’interroge : « Est-ce normal qu’une agence de voyages garde 100% de sa commission ? Est-ce normal qu’un réseau garde ses 3% de sur-commission ? ». Saluant certains réseaux de distribution qui ont joué le jeu du « 50/50 », il plaide pour une répartition plus large des risques. « Lors de cas de force majeure, on doit pouvoir répartir les montants des rapatriements entre les assurances, le client, les réseaux et les tour-opérateurs ».

Guy Zekri, patron de Beachcomber Tours, apporte une lecture plus rationnelle au débat. « L’hétérogénéité de la profession, que ce soit côté producteurs ou distributeurs, rend très difficile de mettre tout le monde autour de la table », résume-t-il. Dans ce contexte, il appelle à dépasser les négociations au cas par cas pour revenir à un cadre commun. Selon lui, « le seul objectif, c’est d’appliquer le Code du tourisme ». Mais encore faut-il que celui-ci soit suffisamment clair. « C’est la vraie question », insiste-t-il, évoquant les divergences d’interprétation, notamment autour d’un éventuel partage « 50/50 ». La solution passe par une clarification juridique.

Sollicitée, et portant aussi la voix des distributeurs, Valérie Boned, présidente des Entreprises du Voyage, reconnaît la complexité du sujet, tant sur le plan juridique que commercial. « Dans notre Code du tourisme, il n’est pas écrit 50/50, il est écrit qu’il y a une coresponsabilité entre l’organisateur et le distributeur », affirme-t-elle. Mais cette coresponsabilité reste sans précision sur sa répartition, laissant place à des interprétations et, en cas de désaccord, à des recours juridiques.

Solidarité et fonds de calamité

Le témoignage de Boris Reibenberg (Xplorassur) a apporté une perspective intéressante sur les mécanismes de solidarité financière au sein de la profession. Il est notamment revenu sur une tentative ancienne de création d’un fonds de solidarité, évoquant un projet structuré mais finalement abandonné. « Il y a 15 ans, on avait proposé de monter un fonds de solidarité avec une garantie de 10 millions d’euros dès la première année. » Selon lui, l’effort demandé à l’époque restait limité au regard des bénéfices potentiels pour la profession. « Il suffisait que chaque opérateur abonde à hauteur de 0,06% de son volume d’affaires. » À ses yeux, si ce projet avait été mis en place, le secteur disposerait aujourd’hui de moyens significatifs pour faire face à de graves crises. « Nous aurions eu 25 millions d’euros dans la caisse, plus une garantie de 80 millions d’euros apportée par une compagnie d’assurance », souligne-t-il, déplorant l’opportunité manquée pour renforcer la résilience collective.

S’inscrivant dans cette logique, Patrice Caradec évoque l’intérêt d’un fonds de calamité. « C’est un rêve. J’aimerais qu’un jour on puisse le mettre en place au sein du Seto à destination uniquement des membres du Seto », indique-t-il. A l’image de ce qui existe déjà aux Pays-Bas, il souligne combien un tel mécanisme permettrait de mieux protéger la profession lors de situations exceptionnelles comme celle actuellement vécue au Moyen-Orient.

« Ce sujet de partage de responsabilités entre producteurs et distributeurs, je me devais de l’évoquer. On me l’a d’ailleurs demandé. Il sera au menu du prochain comité exécutif du Seto en avril. Avec j’espère des éléments qui nous seront livrés par les avocats mandatés pour nous éclairer sur ce Code du Tourisme qui n’est pas toujours des plus clairs », déclare Patrice Caradec.

Des clients Booking ou Airbnb rapatriés par le quai d’Orsay

En parallèle, le président du Seto a aussi dénoncé une autre source d’injustice, la gestion des rapatriements par le quai d’Orsay. « Il n’a pas rapatrié nos clients, mais des clients passés par Airbnb ou Booking.com, des sociétés qui ne payent pas leurs impôts en France », dénonce-t-il. Selon lui, ces rapatriements ont été effectués à des tarifs relativement modérés, « 800 à 850 euros le billet », tandis que les tour-opérateurs ont dû assumer seuls le rapatriement de leurs propres clients, parfois à des prix bien plus élevés, allant de 1 300 à 2 600 euros par siège. « Nous avons l’impression de payer deux fois et financer ce système », déplore-t-il.

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