Le Snav prêt à négocier
Plutôt que de s’engager dans un bras de fer avec Air France sur la rémunération des agences, le syndicat a profité du congrès de Merida pour ouvrir la porte à la discussion avec la compagnie.
Huit cents personnes ont fait le déplacement à Merida (Mexique), du 20 au 24 janvier, pour le 45e congrès du Syndicat national des agences de voyages (Snav). Pour autant, si l’on retire les fournisseurs, partenaires et autres invités, ce sont environ 200 licences qui étaient présentes, un chiffre décevant au vu des enjeux de l’année. Retour sur les temps forts de ce congrès.
La baisse des commissions
C’est Christian Boireau, directeur général d’Air France, qui a eu la délicate mission de faire passer le message de la compagnie aux agences, à savoir une modification de la rémunération, sans doute dès 2005. Pour autant, il est resté vague. L’Europe basculant à 0 ou 1 %, nous devrons suivre ce mouvement pour ne pas être décalé par rapport à nos concurrents. Plutôt que l’affrontement, le Snav s’est dit prêt à négocier. A ce titre, l’exemple d’Iberia a été mis en avant par Philippe Demonchy, président de Selectour, et repris par César Balderacchi, président du syndicat : Les exemples étrangers, en particulier Iberia, nous montrent que, dans le cadre de négociations bien menées, il peut y avoir une solution. Mais nous serons fermes sur un point, à savoir un prix final identique pour le client, qu’il achète son billet dans une agence, directement auprès d’Air France ou par tout autre canal de distribution. Il ne manque cependant pas de souligner les difficultés que ce changement de mode de rémunération va engendrer. Que ce soit en termes de TVA (les honoraires sont soumis au taux normal), que de responsabilité juridique (l’agence doit-elle garder son statut de mandataire ?) ou d’évolution informatique (les frais doivent-ils apparaître sur les billets ou non ?). Autant de questions auxquelles la commission Air du Snav et Air France vont devoir répondre ensemble.
Cette attitude d’ouverture vis-à-vis d’Air France n’est pas partagée par l’ensemble de la profession, certains regrettant le manque de fermeté du Snav sur le sujet, jugée indispensable pour entamer une négociation. Les agences indépendantes ont également fait part de leurs inquiétudes, le changement de mode de rémunération pouvant se traduire par une prime aux plus gros réseaux, qui seront capables de négocier des tarifs nets plus avantageux auprès des compagnies. Le Snav restera vigilant pour que les indépendants subsistent. Pourquoi ne pas envisager le développement de brokers, qui achèteront en gros des places d’avion pour les revendre ensuite aux agences ?, s’interroge César Balderacchi. Il leur restera toujours la possibilité de rejoindre les réseaux volontaires, ajoute Philippe Demonchy.
Le client de demain
Censé être l’un des thèmes majeurs du congrès, le client de demain a été quelque peu éclipsé par les autres débats. Il apparaît clair qu’il est devenu un consommateur de plus en plus averti, grâce à Internet notamment, et demande un meilleur niveau de conseil aux agences. Notre rôle est de sécuriser et d’aider le client à faire le tri dans cette profusion d’informations, estime Raoul Nabet, président de Voyages 31 (Manor). Un client qui serait aujourd’hui prêt à payer pour ce service et cette valeur ajoutée, comme en Grande-Bretagne où une grille de frais est appliquée, y compris pour une simple demande d’informations (50E). L’agence de demain devra en outre développer la fidélisation et débusquer le client jusque chez lui grâce aux outils informatiques. L’atout d’Internet est mis en avant, les agences disposant d’un site donnant l’impression d’être ouvertes 24 heures sur 24. Le plus important reste cependant de faire savoir qu’en rentrant dans une agence, le client est protégé grâce à la loi de 1992, conclut un orateur.
La loi de 1992
C’est vers mi-février que le secrétariat d’Etat au Tourisme devrait soumettre à la profession un projet de modification de la loi de 1992, avec pour ambition de réformer le texte actuel par voie d’ordonnance, en juillet. Guy Pallaruelo, président de la commission juridique du Snav, souligne qu’un accord a été trouvé avec le secteur associatif sur les conditions d’exercice du métier et un texte, réalisé avec l’Union nationale des associations de tourisme, envoyé au ministère. C’est un exploit. Parmi les évolutions probables : la modification de la loi à propos de la responsabilité de plein droit des agences, l’introduction d’un article sur les obligations liées à Internet, mais aussi le passage de quatre statuts à deux, avec une licence pour les agences et une habilitation pour tous les autres (OT, associations, hôteliers…).
César Balderacchi demande pour sa part un alignement de la responsabilité de l’agence sur la directive européenne (moins contraignante que la loi française) et s’interroge sur la nécessité de disposer d’une licence. A quoi sert-elle sans les agréments exigés par les fournisseurs, comme Iata, indispensables pour travailler ? Il milite par ailleurs pour que cette licence, si elle doit être maintenue, ne soit plus attribuée par les préfectures mais par les professionnels, par le biais d’une structure qui regrouperait distributeurs et fournisseurs.
Ces débats, et celui consacré aux GDS et aux nouvelles technologies, ont cependant laissé la majorité des congressistes interrogés sur leur faim. Trop d’intervenants sur scène, le manque d’échanges avec la salle, l’absence de réponses concrètes font que beaucoup regrettent d’avoir assisté à un congrès sans saveur. Il restait heureusement l’accueil des Mexicains et la beauté des lieux, découverts au cours de ces quatre journées.
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