Face à l’instabilité géopolitique, Air Transat érige le Canada en destination refuge
Le Canada veut tirer son épingle du jeu sur le marché français, en cette période d’instabilité géopolitique et économique – Air Transat en première ligne.
Un « calage brutal ». C’est ainsi que Cyril Cousin, directeur général France d’Air Transat, qualifie le mois de mai 2026. Avec une chute des réservations de l’ordre de 26% (au niveau du BSP France) et un recul de 12% accusé par la compagnie aérienne, le printemps a rappelé que le transport aérien restait soumis aux aléas conjoncturels, même s’il est loin des turbulences géopolitiques. Mais lors du lancement de son nouvel outil d’observation, baptisé « Altimètre », le transporteur a tenu à dresser un bilan nettement plus nuancé. Au-delà de ces turbulences ponctuelles, le Canada consolide en effet sa position de sanctuaire touristique dans une géographie des voyages en pleine redéfinition.
Les chiffres de la compagnie confirment en effet l’attractivité du pays. Alors que certaines régions accusent le coup des tensions diplomatiques, le Canada maintient son cap. « Pendant le conflit iranien en mars et avril, nos chiffres de prises de commandes ont été positifs, observe Cyril Cousin. On a ce sentiment d’être du bon côté du globe. »
Une destination « désintermédiée » ?
Si la destination, qui a accueilli 650 000 Français l’an dernier, rassure par son image pacifique, sa commercialisation vit une profonde mutation. Du côté d’Air Transat, le B2B reste un pilier central puisqu’il représente 45% des ventes en France. Mais pour les professionnels du voyage, la réalité du terrain est plus complexe. Patrice Caradec, président du Syndicat des entreprises du tour-operating (Seto), assume une véritable bascule : « C’est une destination désintermédiée où le tour-operating s’est un petit peu essoufflé. » Les professionnels font face à la concurrence directe des prestataires locaux. « Beaucoup d’hôteliers québécois traitent aujourd’hui en direct avec ces clients », ajoute-t-il.

Le président du syndicat souligne également l’impact de l’inflation terrestre (taxes, pourboires), précisant qu’« on ne va plus au Canada parce que c’est ‘pas cher’ ». Pour illustrer cette perte de vitesse des voyagistes sur ce marché, il n’hésite pas à faire un parallèle frappant avec l’Europe du Nord : « Sur la Laponie, les TO font 15 fois plus de volume que ce qu’on fait l’hiver au Québec. »
Manque d’urgence
Malgré ces difficultés de distribution, le marché repose sur une stabilité presque immuable : l’importance du tourisme affinitaire. La destination est notamment portée par la hausse de l’expatriation étudiante. « On est passé de 5 000 étudiants en 2005 à près de 25 000 aujourd’hui, détaille Cyril Cousin. Ça fait un trafic passagers assez solide. Le trafic vers le Canada est moins volatile – il est résilient, solide et structurellement pérenne », insiste le dirigeant. De plus, un véritable « effet anti-Trump » profite au pays ; Patrice Caradec rappelle que « le Canada résiste bien : nous sommes entre -0,2 et +0,5%, quand les USA sont à -35% ».
Mais la destination fait face à un défi d’image. « On rêve du Canada, mais il n’y a pas d’urgence, concède Cyril Cousin. On ne perçoit pas le côté destination Instagram du moment. » Pour enrayer cette inertie, Cristina Raventos, directrice marketing chez Digitrips, est catégorique : « Ce n’est pas normal que New York soit aussi plébiscité alors que Montréal ne l’est pas. » Elle milite pour un rajeunissement du positionnement, insistant sur le fait que « Montréal est une ville très (…) dynamique et jeune. » Chez Worldia, où les ventes globales sont d’ailleurs reparties à la hausse en juin (+5%), la stratégie est alignée : « Nos axes de progression clairement, c’est sur le court séjour et faire grossir la part de l’hiver », confirme Jérôme Delente, directeur de la production.

Offre provinciale
Alors, pour accompagner ces nouvelles dynamiques, Air Transat muscle son offre sur le territoire français. La révolution s’opère aujourd’hui hors de Paris. « 54% de l’offre d’été est en province », dessertes directes incluses depuis huit villes françaises, dont plusieurs (Lyon, Marseille, Nantes, Bordeaux) sont désormais annualisées. Air Transat a toutefois annoncé le 22 avril une réduction de 6% de sa capacité sur la période mai-octobre 2026, en suspendant notamment ses vols vers Cuba jusqu’à l’automne.
Face à l’inflation, la compagnie canadienne tient toutefois à clarifier son positionnement. Oubliant les standards basiques de l’aérien à bas coût, elle maintient les repas chauds et les bagages cabines par défaut. « On se définit et on revendique le fait d’être low fare : on n’est pas low cost », précise Cyril Cousin.
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