Colombie : un projet pour lutter contre les clichés et développer le tourisme sur le marché français
Formations, échanges de bonnes pratiques et éductours en Colombie et en France : le projet Trecc, co-porté par l’ambassade de France dans le pays, veut casser les clichés négatifs pour doper les flux touristiques entre la Colombie et l’Hexagone.
Insécurité, trafic de drogue et prostitution : plusieurs clichés entourent la Colombie et crispent la population locale. « Nous souhaitons lutter contre ce tourisme obscur qui pénalise notre destination », explique Andrea Vásquez, la directrice et fondatrice de la fondation Compás Urbano (lire encadré). Sans renier son histoire récente, le pays souhaite mettre les projecteurs sur d’autres atouts touristiques : sa biodiversité, sa ruralité, son artisanat et ses communautés. Et les faire connaître au marché français.
« Les Français ne sont pas de simples touristes. Ce sont des voyageurs en quête d’immersion et d’authenticité. Et c’est exactement le genre de marché que l’on souhaite développer », poursuit Andrea Vásquez. Avec son équipe, elle a monté 92 expériences touristiques à Medellín, la deuxième ville du pays. Aucune d’entre elles ne glorifie Pablo Escobar, personnage violent parfois sublimé par la culture occidentale, qui a tristement participé à établir la réputation internationale de la ville.
Créer un nouveau narratif autour de la Colombie
Au contraire, Compás Urbano organise des rencontres entre des victimes du narcotrafic et les voyageurs à l’occasion de visites dans l’une des comunas qui quadrillent la ville. « Ces quartiers sont des exemples de résilience et des symboles de la résistance colombienne. Nous relevons toujours la tête », sourit Andrea Vásquez. La fondation s’est associée à une dizaine de partenaires institutionnels et privés afin de monter le projet Trecc, pour Turismo Rural, Cultural y Communautario.
« La Colombie a un énorme potentiel touristique. Et c’est le rôle des ambassades d’être des entremetteurs. En aidant le pays à développer cette offre de tourisme responsable, nous favorisons la création de liens entre les acteurs du tourisme de France et de Colombie », justifie Sylvain Itté, l’ambassadeur de France à Bogotá, la capitale colombienne. La France, « puissance touristique majeure », a donc apporté son savoir-faire aux équipes colombiennes.
Parmi les axes forts du projet : la venue d’une délégation de Colombiens en France (Nantes, Bordeaux, Paris), il y a quelques semaines. Rencontres avec les institutionnels du tourisme, visite de la Cité du Vin, découverte de Paris : « nous nous inspirons de ce qui se fait en France », assure Andrea Vásquez. « L’idée, c’est de former des centaines de Colombiens à la mise en œuvre d’une politique de développement touristique qui permet de nourrir l’économie et de créer des emplois », indique Paulo Pais, directeur de l’Institut français de Colombie, et l’une des chevilles ouvrières du projet.
« Le potentiel touristique est énorme »
Le projet Trecc vise aussi à ouvrir les portes du tourisme colombien aux Français. Et plus particulièrement aux professionnels du secteur et autres investisseurs. « C’est quelque chose qu’on a toujours en tête lors de l’élaboration d’un projet de coopération. Quelles seront les conséquences positives pour notre économie, nos entreprises ? », confirme Sylvain Itté. En Colombie, destination déjà fréquentée par plus de 92 000 Français en 2025, « le potentiel touristique est énorme », poursuit l’ambassadeur.
Le projet Trecc est l’une « des rares coopérations diplomatiques » dans le domaine du tourisme. « Ce qui est sans doute une erreur », étant donné « les ponts économiques » que ces initiatives peuvent créer.
D’autant plus que « ce ne sont pas des projets qui coûtent cher. Il s’agit principalement de mise en contact », conclut Sylvain Itté. Co-financé à part égale par l’ambassade et les différents partenaires de la fondation Compás Urbano, le projet Trecc a nécessité 200 000 euros d’investissement total.
La Fondation Compás Urbano, c’est quoi ?
Fondée en 2016 à Medellín, la Fundación Compás Urbano est une organisation colombienne à but non lucratif qui agit comme une « agence d’appropriation de la ville ». Sa mission centrale ? La démocratisation à l’accès à l’art et à la culture pour en faire des leviers de transformation sociale. Elle développe des circuits touristiques culturels et communautaires dans la région d’Antioquia, forme les acteurs locaux et valorise le patrimoine territorial. Partenaire de ProColombia et de la mairie de Medellín, elle est l’opérateur colombien du projet Trecc, aux côtés de l’ambassade de France.