Et si les congés non pris étaient rémunérés ?
Une proposition de loi déposée par un député remet sur la table la question de la monétisation des congés payés.
Cette initiative, portée par le député Les Républicains (LR) des Alpes-Maritimes Éric Pauget, intervient alors qu’une étude Verian réalisée pour Airbnb à l’occasion des 90 ans des congés payés révèle qu’une part importante des salariés ne profite pas de l’ensemble de ses droits. Selon cette enquête, près d’un salarié sur trois ne prend pas la totalité de ses congés annuel.
La proposition de loi prévoit que les salariés puissent, avec l’accord de leur employeur, travailler pendant une partie de leurs congés et percevoir en contrepartie une rémunération additionnelle.
Du pouvoir d’achat en plus
Concrètement, les salariés volontaires pourraient choisir de convertir certains jours de congés en salaire. Les journées ainsi monétisées seraient directement rémunérées en complément de la paie habituelle. Le texte prévoit également que les jours de congés non pris puissent être systématiquement versés sous forme de complément de revenu plutôt que d’être perdus.
Pour le député, cette mesure constituerait un levier de pouvoir d’achat pour les salariés souhaitant augmenter ponctuellement leurs revenus. L’élu défend également une exonération de cotisations sociales et d’impôt sur le revenu pour les sommes versées afin d’en maximiser l’effet financier.
L’étude Verian met en avant plusieurs explications au non-recours aux congés. Parmi les salariés concernés, 46% évoquent un manque de moyens financiers pour partir en vacances. D’autres préfèrent conserver leurs jours pour faire face à un imprévu personnel (38%), tandis que certains invoquent l’absence de remplaçant dans leur entreprise (25%) ou leurs responsabilités professionnelles (23%).
Quels montants pour une journée de congé monétisée ?
Les montants susceptibles d’être perçus varieraient selon le niveau de rémunération. Sur BFMTV, le journaliste économique Emmanuel Lechypre a estimé qu’une journée de congé monétisée représenterait environ 100 euros pour un salarié rémunéré au Smic, autour de 150 euros pour un salarié percevant le salaire médian, et entre 250 et 300 euros pour un cadre gagnant 4 000 euros nets par mois.
Une mesure controversée
La question n’est pas nouvelle. En 2025, la ministre du Travail Astrid Panosyan-Bouvet avait déjà évoqué la possibilité de monétiser la cinquième semaine de congés payés dans le cadre des réflexions sur l’augmentation du temps de travail. Cette piste avait alors suscité de vives critiques de la part des organisations syndicales, qui estimaient qu’elle risquait d’inciter certains salariés à renoncer à leur temps de repos pour compenser l’érosion de leur pouvoir d’achat.
À ce stade, la proposition de loi portée par Éric Pauget n’a pas encore été inscrite à l’ordre du jour des débats parlementaires. Son éventuelle adoption apparaît incertaine dans un contexte où aucun consensus politique ou syndical ne se dégage sur le sujet.
Un sujet de fond
Plus largement, la question du non-départ en vacances reste un sujet de fond. Dans une étude publiée à l’occasion des 90 ans des congés payés, le cabinet Asterès, mandaté par Essentiem, souligne que les freins au départ ne sont pas que d’ordre financier. Mais aussi pour des raisons de santé. Ou encore un désintérêt manifesté notamment chez les seniors
Le cabinet formule plusieurs pistes pour y remédier sans alourdir la dépense publique : versement d’une partie des primes annuelles sous forme de « prime vacances », développement du mécénat de congés via des dispositifs permettant aux salariés de céder des jours monétisés pour financer les départs de publics éloignés du tourisme, ou encore meilleure diffusion des dispositifs existants via des tiers de confiance comme la CAF, France Travail ou la médecine du travail.
Pour les 18-25 ans, Asterès évoque également la création de « pass vacances jeunes », combinant transport et hébergement, attribués par tirage au sort afin de combler un angle mort des dispositifs actuels.