La Côte d’Ivoire ouvre les bras aux Français
La guerre terminée, la destination d’Afrique de l’Ouest relève les manches pour reconquérir les Français (investisseurs, expatriés et touristes) avec des mesures financières attrayantes.
Solidarité avec la Côte d’Ivoire qui vous tend les bras, c’est sur cet appel que Sidiki Konaté, ministre ivoirien du Tourisme, a ouvert la conférence de presse donnée à Top Resa en septembre, première escale d’une tournée européenne. Le ministre a exhorté les Français à revenir au pays, pour relancer l’économie mise à mal par cinq années de guerre. Rappelant avec force les liens historiques et fraternels qui unissent la Côte d’Ivoire à la France.
Premiers visés par cette reconquête, les patrons de PME et les investisseurs, pour lesquels l’Etat se démène. Plusieurs hôtels et infrastructures touristiques sont en effet à pourvoir, sans compter les terrains prêts à accueillir de nouveaux équipements (en particulier le long de la côte, au sud). Des mesures attrayantes ont été mises en place à leur intention : jusqu’à cinq ans d’exemption d’impôts, des aides financières pour la rénovation d’hôtels alors qu’un fonds d’investissement touristique devrait être créé à la fin de l’année.
Trois ministères s’engagent
Autre défi du pays, garantir l’accueil et la sécurité des visiteurs. Un enjeu dans lequel sont engagés les ministères des Affaires étrangères, du Tourisme et de la Communication, qui travaillent de concert. Parmi les chantiers du trio étatique, l’assouplissement des formalités d’entrée est envisagé, avec la possibilité d’obtenir un visa sur place à l’aéroport, au lieu de passer par l’ambassade à Paris.
C’est par cette volonté d’accueillir les Français, conjuguée à la stabilité politique (l’Accord de Ouagadougou, signé en mars par le gouvernement et l’opposition, vise à garantir durablement la paix et réunifier le pays) que la Côte d’Ivoire pourra ensuite convaincre le ministère français des Affaires étrangères de mettre à jour son site Internet de conseils aux voyageurs. Depuis 2002, le Quai d’Orsay déconseille toujours la destination, même s’il précise que la communauté française n’a pas été victime d’exactions depuis 2004 et que la situation est actuellement calme. Sans ce sésame, inutile d’espérer le retour de voyagistes historiques comme Nouvelles Frontières ou le Club Med, dont le Village d’Assinie (premier du groupe en Afrique noire, fermé jusqu’à nouvel ordre) a séduit de nombreux touristes (et le cinéaste Patrice Leconte, qui y tourna Les Bronzés).
En attendant le retour de la clientèle loisirs, le tourisme d’affaires et affinitaire a déjà repris des couleurs. Le business redémarre dans la capitale, et la fréquentation a nettement progressé ces dernières semaines dans nos établissements, se félicite Françoise Parguel, en charge de la communication chez Accor, notamment pour la zone Afrique. Un bon baromètre sachant que le groupe français (qui n’a jamais fermé ses portes pendant la guerre), possède quatre hôtels à Abidjan (708 chambres), dont le luxueux Sofitel.
Autre signe tangible de reprise, les avions sont pleins, d’Air France à Royal Air Maroc en passant par la compagnie nationale Air Ivoire. Cette dernière, qui relie Orly à Abidjan, a ajouté un troisième vol hebdomadaire avec escale à Bordeaux en mars, et s’apprête à ajouter une quatrième fréquence. Enfin, le Petit Futé, qui croit au potentiel de la destination, a annoncé la parution d’un guide Côte d’Ivoire à l’automne 2008. Tous les ingrédients sont donc réunis pour que le pays retrouve d’ici à 2013 sa fréquentation d’avant-guerre : près de 400 000 visiteurs en 2000. Reste tout de même à passer le cap délicat de l’élection présidentielle, en décembre.