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Gérard Guerrier : le monde entier se banalise

Le directeur général d’Allibert détaille sa vision du voyage et son envie de sortir des sentiers battus, en marge de la présentation de son premier livre, l’Opéra Alpin, qui raconte une longue marche à travers les Alpes sauvages.

L’Echo touristique : Vous revendiquez le besoin de sortir des sentiers battus mais pensez-vous que cela soit encore possible ?
Gérard Guerrier : Quand j'étais môme, le monde était ouvert et infini. J’ai grandi avec des noms comme Cousteau et Lionel Terray. Aujourd’hui, hélas, les enfants apprennent que le monde est fini et qu’on l’a bien degueulassé. Le monde est devenu sur-balisé, surinformé. Vous allez dans un hôtel mais vous savez déjà comment il est. On sait tout. Où est la découverte ?

Comment faire, alors, pour renouer avec la découverte et l’aventure ?
Sortir des sentiers battus, pour moi, c’est décider par soi-même, sortir du modernisme et ouvrir les yeux. Ce n’est pas forcément découvrir de nouveaux paysages. C’est penser autrement et prendre son temps. Cela peut être visiter à côté de chez nous, des espaces comme la banlieue ou la campagne. Au contraire, celui qui se veut explorateur et veut aller là où l’homme n’a pas mis le pied, uniquement pour le principe, se trompe.

Quel est l’avenir du voyage d’aventure face à ce monde de plus en plus balisé ?
Il y a 30 ans, Marrakech, cela pouvait encore être l’aventure. Maintenant, avec Internet, tout le monde y va facilement. Mais c’est le monde entier qui se banalise. C’est donc notre regard qu’il faut changer car les hommes, eux, restent différents. Un Népalais, même s’il a un iPhone, est différent de nous. Il a des choses à dire et à nous apprendre.

La crise, en France, et les inquiétudes des clients vis-à-vis de la sécurité, ont-ils aussi un impact sur l’évolution du voyage d’aventure et votre activité ?
Il y une paupérisation de la France, cela me parait une évidence. Certains pays sont déjà trop chers et si l’on continue, dans 10 ans, beaucoup de Français ne pourront plus voyager dans certains pays. Les Chinois font monter les prix en Birmanie. Ne rêvons pas, des destinations comme le Népal, le jour où les Chinois ou les Indiens arriveront en masse… On se fera dégager.

Si l’économie française continue à se dégrader, on aura un problème. En tant que chef d’entreprise, je me dis qu’il ne faut pas compter uniquement sur la France. Les Allemands n’ont pas de problème de porte-monnaie, pas de problème avec la sécurité et pas de problème avec leur ministère des Affaires étrangères.

Proposer des voyages d’aventure mais organisés, n’est-ce pas antinomique ?
Aventure est un mauvais terme. On utilise ce mot aussi peu que possible. Cela peut-être une fausse promesse. Mais il faut se mettre à la place des clients. Le voyage, même s’il est encadré, balisé et qu’il correspond à la fiche technique, peut être une aventure. La première fois où je suis allé à Ouarzazate, je l’ai vécu comme une aventure. Chacun vit le voyage différemment. Ce qui m’intéresse, ce n’est pas l’aventure en soi, c’est d’ouvrir des horizons à mes clients.

Ce qui me navre, en revanche, c’est la tendance : "je veux faire tout le Pérou en 13 jours". Les gens disent, j’ai 2 700 euros, je voudrais 2 semaines de vacances au Pérou. Mais comme je ne vais y aller qu’une fois, il faut que je vois le Machu Picchu, l’océan Pacifique, les hautes montagnes, la forêt amazonienne… Ils ne vont pas rentrer très satisfaits mais ils l’auront fait.

Pourquoi les professionnels ne proposent-ils pas une autre façon de voyager aux clients ?
Chez Allibert, on a près d’un client sur deux qui est un nouveau client, malgré le fait que l’on soit l’un des TO qui fidélise le plus. Mais quand vous avez une entreprise, où un client sur 4 est fidèle, le fait qu’il ne revienne pas n’est pas vraiment un problème. On insiste auprès de nos clients, mais les beaux voyages cela se vend moins bien.

Imaginez que vous deviez expliquer à un client que dans son circuit au Vietnam, il n’ira pas dans la baie d’Halong ! Ce n’est pas possible. Je préférerais qu’il reste 15 jours, dans le Haut-Tonkin, à rencontrer les tribus et à s’imprégner de la vie locale. Mais cela ne marche pas ! Or, c’est cela sortir des sentiers battus.

Finalement, pour sortir de sentiers battus, il faut du temps. C’est un luxe ?
Imaginez que vous êtes Malgache. Pour eux, le temps n’est pas un luxe mais une nécessité. Tout se fait avec du temps, il n’y pas nécessairement d’essence, d’électricité ou de routes. Dans nos sociétés modernes, la marche en montagne, s’arrêter, prendre son temps, c’est un luxe. Le luxe total, pour moi, c’est l’errance. Partir et se laisser dériver. Mais j’attends la retraite pour cela.

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