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[ÉDITO] L’accès aux vacances pour tous n’est pas érigé comme priorité nationale

Dans trois mois exactement, la France célèbrera les 90 ans des premiers congés payés. Or aujourd’hui encore, 40% des Français ne partent pas en vacances. Il faudrait mettre les bouchées doubles pour le droit aux vacances pour tous. Au nom de l’inclusivité sociale, dans la première destination internationale.

[Première publication en septembre 2025]

Laurent Fabius avait fixé comme objectif le nombre symbolique des 100 millions de touristes étrangers en 2014, lorsqu’il était ministre des Affaires étrangères. Un cap atteint en 2024, l’année des Jeux olympiques et de la réouverture de Notre-Dame de Paris.

En pleine saison estivale 2025, à l’issue du Comité Interministériel du Tourisme (CIT), François Bayrou a fixé un cap à l’industrie du tourisme : 100 milliards d’euros de recettes internationales en 2030. L’ex-Premier ministre a ainsi donné une nouvelle ambition au secteur, plus économique, ce que l’industrie a assez unanimement salué.

Le plan de 39 pages, intitulé « Le tourisme, un levier de croissance pour l’économie française », prévoit des mesures intéressantes comme des simplifications administratives. Mais le tourisme social reste toujours et encore le parent pauvre. Sur l’accès au « tourisme pour tous », il est simplement question d’une « étude nationale » lancée à l’été 2025 « afin d’identifier de nouveaux leviers de financement, des stratégies de diversification et d’hybridation économique ». A-t-elle seulement été menée ?

La démocratisation des vacances n’est pas érigée comme priorité nationale.

Pourtant, il faudrait mettre les bouchées doubles pour le droit aux vacances pour tous. Au nom de l’inclusivité sociale. Depuis 20 ans au moins, dans la septième plus grande puissance économique mondiale, le taux de départ en vacances plafonne à 60%. Or parmi les non-partants, environ la moitié d’entre eux invoquent des raisons financières. Des enfants qui n’ont jamais vu la mer, il en existe en pagaille dans notre pays. Le fonds de dotation Je pars, tu pars, il part, qui a conclu un partenariat avec la Confédération des acteurs du tourisme (CAT), rappelait cette réalité lors d’un événement organisé par les Entreprises du Voyage Île-de-France. 

Le tourisme social, qui manque cruellement de trésorerie, a besoin d’un nouvel élan. Il serait utile de mettre en place des dispositifs afin d’aider les plus jeunes à partir. Plusieurs catégories de séjours des jeunes sont particulièrement à la peine

Il y a bien eu de récentes tentatives comme le site le Pass Train voulu par Macron, et trop vite abandonné. Heureusement que certaines régions instaurent des billets des trains à des prix très compétitifs (Occitanie, Hauts-de-France…). Mais il en faudra plus pour faire baisser le taux de 40% de non-partants.

Les premières lignes de cet édito datent de septembre 2025.

Depuis, un nouveau gouvernement a pris place au sommet de l’État. Désormais, Serge Papin est devenu ministre des PME, du commerce, de l’artisanat, du tourisme et du pouvoir d’achat. Un portefeuille tellement (trop) large que l’action contre la marque Shein l’a longtemps mobilisé. Depuis quelques semaines, la question des prix des carburants à la pompe, et la pression sur les distributeurs, demeure au coeur de ses sujets. 

Le tourisme revient dans son agenda, mais seulement par intermittence. Il en a ainsi été question à Bercy, lors du bilan de l’année 2025. À cette occasion, le ministre a bien évoqué « le tourisme pour tous » comme priorité. « Notre ambition, c’est que tous les Français partent en vacances. 4 Français sur 10 ne partent pas, c’est beaucoup trop », a-t-il martelé. Mais ce dessein demeure difficile à atteindre.

Au-delà des mots, quelles actions collectives concrètes public-privé émergent ? Serge Papin a bien dévoilé un nouveau portail qui rassemble les 22 aides aux vacances porté par l’ANCV, – projet initialement annoncé par sa prédecesseur Olivia Grégoire -. Rien de plus, à ce jour, pour la France qui aspire à devenir la première destination mondiale durable en 2030. Gageons que c’est par marque de temps.

Le tourisme durable, c’est aussi l’inclusivité, ne l’oublions pas.

Une large coalition de fédérations professionnelles, d’entreprises et de personnalités ont signé une tribune rédigée sous l’impulsion d’Essentiem, en faveur de l’accessibilité aux vacances pour tous. À trois mois des premiers congés payés, le 20 juin, le timing est parfait pour éveiller ou réveiller les consciences.

Linda Lainé, rédactrice en chef

@Linda_Laine

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