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EDITO. Climat : arrêtons de faire l’autruche dans le voyage

C’est notre petit pavé dans la marre, assumé : ce n’est pas parce qu’on programme des voyages à petits prix qu’il ne faut pas se montrer responsables.

J’aime bien la lucidité de l’ancien pilote de ligne Gérard Feldzer, invité au récent Forum du Seto. Celui qui a aussi œuvré comme directeur de campagne de Coluche – nous a appris Jean-François Rial (Voyageurs du Monde) – a des chiffres imparables. « Quand je volais en Caravelle, nous consommions 8 litres au 100 par pax, explique-t-il. Sur Airbus, c’était moins de 3,5 litres. Je pense qu’on arrivera à moins de 2 litres avec les Airbus A350-1000. Mais comme on double le trafic aérien tous les 15 ans, on reste déficitaire. » Et de fait, IATA prévoit un quasi doublement du trafic d’ici 2039, malgré la pandémie.

Les acteurs de l’aérien et du voyage doivent donc redoubler d’effort, ensemble, pour limiter les émissions de gaz à effet de serre, et donc jouer un rôle dans la lutte contre le réchauffement climatique. L’œil toujours malicieux et les cheveux en pagaille, Gérard Feldzer parle de « révolution technologique et de comportements ». Alors oui, tous les voyagistes doivent créer une nouvelle dynamique, avec les distributeurs : calculer son empreinte carbone, la diminuer, et compenser ce qui ne peut être réduit. C’est le sens du projet porté par le Syndicat des entreprises du tour-operating (Seto), au prix d’un à quelques euros supplémentaires par voyageur. Son fonds de dotation en germe montre d’ailleurs que les planètes sont alignées avec les objectifs d’Agir pour un tourisme responsable. On espère très fortement que les TO membres du Seto vont embarquer dans ce projet, volontairement. Sinon, il faudra peut-être le mettre dans les conditions d’adhésion…

Même les voyagistes qui programment la Tunisie doivent relever le défi. Ce n’est pas parce qu’on programme des voyages à petits prix qu’il ne faut pas se montrer responsables. Bien au contraire, les voyages dits populaires étant nombreux, un petit effort multiplié par un nombre conséquent de clients peut avoir un grand impact. C’est une question de responsabilité collective, et de sobriété partagée.

Inutile de faire l’autruche. Le rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) en dit suffisamment long sur l’étendue des dégâts. Ses conclusions, au demeurant étouffées par la guerre en Ukraine, montrent l’urgence climatique. Ce ne sont pas les seuls. A l’époque du Concorde, très gourmand en kérosène (10-12 litres au 100/pax), on pouvait dire qu’on ne savait pas. Là, l’alibi ne tient plus.

Et puis, la pression des consommateurs et des pouvoirs publics monte, contre le secteur. Début mars, l’ONG Transport & Environment a appelé à limiter ou réduire les déplacements, en particulier les voyages d’affaires, en taxant davantage le secteur et en incluant les liaisons aériennes extra-communautaires dans les quotas d’émissions européens (ETS). Pour The Shift Project, le groupe de réflexion sur la décarbonation dirigé, l’Etat doit agir afin de réduire le trafic aérien. Greenpeace et nombre d’écologistes veulent interdire les vols quand un voyage en train de moins six heures existe. Greta Thunberg est loin d’être la seule à agiter le chiffon rouge. Le lobbying s’organise. Et, pour paraphraser Jean-François Rial, « des interdictions de voyager en avion, cela nous pend au nez ». C’est aussi les voyageurs et les salariés qui réclament des entreprises engagées – ce qui n’était pas le cas il y a 20 ans. Les nouvelles générations sont demandeuses, et n’oublient pas que la sobriété s’impose pour tendre vers un objectif fou : atteindre les 2 tonnes équivalent CO2 par personne à l’horizon 2050*, soit cinq fois moins qu’aujourd’hui. Il y a du boulot.

L’équation du carbone est éminemment complexe. On ne peut pas non plus réduire drastiquement les voyages, qui ont une grande vocation économique et sociale. Le Sri Lanka, en prise avec de fortes tensions, le rappelle implicitement à qui veut l’entendre : le gouvernement préserve l’activité touristique avec d’autant plus de force que le secteur représente 10% du PIB. Une situation compliquée à vivre pour la population locale, mais qui vise à préserver à terme des emplois. Ça non plus, ne l’oublions pas.

*l’objectif à atteindre d’ici à 2050 selon l’Accord de Paris, dans un monde « neutre ». Sachant que 2 tonnes équivalent CO2, c’est aussi l’empreinte d’un AR Paris-New York.

3 commentaires
  1. Jean-Louis Baroux dit

    Je note juste que personne ne prend en compte l’économie de CO² faite lorsqu’un passager préfère le transport aérien à sa voiture.
    JL Baroux

  2. Christian SOUBRA dit

    Merci et bravo pour cet édito.
    Quand on pèse 10% des emplois (ou quasi) dans le Monde, quand on représente de 8 à10% des émissions de GES, quand on revendique une part plus importante dans le PIB que l’agriculture et l’automobile, nous (professionnels du tourisme) avons la responsabilité, le devoir de contribuer, a-minima à la hauteur de notre impact, à la réduction drastique de nos émissions et à la compensation de ce qui ne peut être réduit. Nous ne pouvons pas demander quelques mois de plus pour des vols là où le train existe, nous ne pouvons pas demander quelques mois de plus pour des séjours de week-end en avion à Djerba , Palma ou Lisbonne … Nous ne pouvons pas demander quelques mois de plus sans compenser les vols des supporters de la coupe du monde de rugby ou des Jeux Olympiques.
    Les rêveurs sont ceux qui pensent que nos manières d’exercer notre métier peuvent perdurer. Car ce sont ces pratiques là qui amèneront notre magnifique métier à sa perte.
    Réinventer des formes de tourisme accessibles aux plus petites bourses et sans bousiller le climat et la planète : avons-nous de plus beau défi.
    Christian SOUBRA,
    L’Arbre à Voyages

  3. Pierre dit

    vous engage à lire ceci Christian Gérondeau, ingénieur polytechnicien auteur de « Les douze mensonges du GIEC » Ca met à mal un grand nombre d’idées reçues ou qu’on veut nous faire avaler…..

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