Château de Versailles : les touristes extra-européens « paieront plusieurs euros de plus »
C’est sa principale actualité : le château de Versailles prépare la tarification différenciée pour les visiteurs extra-européens dès le mois de janvier 2026, indique Louis-Samuel Berger dans une interview à L’Echo touristique. Le administrateur général adjoint du site fait aussi le point sur la fréquentation en 2025, l’innovation, la gestion des flux, et le formidable héritage des Jeux olympiques.
L’Echo touristique : Comment s’annonce l’année 2025 en termes de fréquentation après l’année atypique et olympique de 2024 ?
Louis-Samuel Berger : 2025 se présente bien. Depuis le début de l’année, nous avons accueilli cinq millions de visiteurs, soit une progression de 7% par rapport à la même période en 2024. L’an passé, 8,4 millions de personnes ont visité le château de Versailles et assisté aux spectacles*, soit une hausse de 2% par rapport à 2019. Et ce, malgré une période olympique moins favorable, marquée par un recul de 20% lors des épreuves. La chute de fréquentation due au Covid est derrière nous.
Le Château de Versailles, avec ses 1000 employés et un patrimoine exceptionnel, requiert un budget annuel conséquent. D’où viennent les recettes en 2024 ? Comment appréhendez-vous l’avenir alors même que les caisses de l’Etat sont vides ?
Louis-Samuel Berger : Nous avons la chance d’avoir un modèle qui s’appuie à plus de 64% sur des recettes en propre.
Au niveau de l’établissement public, le budget du château s’élève à 176 millions d’euros en 2024**. La billetterie génère 50% du montant. Les recettes domaniales incluant les ventes en boutique, 8%. Le mécénat, 5%. Les subventions publiques***, à hauteur de 35%, couvrent pour l’essentiel les charges salariales. Notre structure financière diversifiée nous permet d’envisager l’avenir avec une inquiétude mesurée.
À l’avenir, la tarification différenciée portée par le ministère de la Culture, entre les visiteurs extra-européens et les autres nationalités, entraînera une augmentation des recettes de billetterie.

Le château, palais de trois rois, est dans l’imaginaire rattaché à l’Histoire de France. Que faites-vous dans l’innovation en interne ainsi qu’avec des entreprises comme AskMona ?
Louis-Samuel Berger : Le château de Versailles est depuis sa création un lieu d’innovation ! Les rois de France faisaient venir les plus grands scientifiques. La première expérience d’électricité a eu lieu à la cour de Louis XV. Aujourd’hui, le château poursuit sur sa lancée dans l’innovation, notamment grâce au numérique. Le site du château a mis en ligne ses 80 000 œuvres, avec des photos en très haute définition. Plus de trois millions d’abonnés nous suivent sur les réseaux sociaux. Nous avons une exposition immersive itinérante dans le monde, Virtually Versailles, et une expérience IA dans les jardins avec AskMona. Récemment, nous avons aussi organisé un hackathon sur l’IA générative en septembre pour créer des parcours de visite personnalisés. Nous envisageons une mise en œuvre de ces itinéraires sur mesure en avril 2026.
Aujourd’hui, nous sommes concentrés sur le sujet de la tarification différenciée (entre les visiteurs extra-européens et les autres nationalités) que nous préparons activement pour le mois de janvier 2026, au retour des vacances scolaires. C’est notre actualité 2025-2026.
Qu’a changé le Covid dans la gestion des flux ?
Louis-Samuel Berger : Le Covid a transformé la gestion des flux, avec l’adoption de la réservation obligatoire. L’horodatage au château de Versailles a permis une diminution spectaculaire du temps d’attente, grâce à une meilleure répartition des visiteurs sur l’ensemble de la journée. Nous sommes passés de deux heures auparavant à 25 minutes au maximum aujourd’hui. Nos conditions de visite sont satisfaisantes dans ce site qui peut accueillir jusqu’à 10 000 visiteurs répartis sur la journée.
La pandémie a également accéléré le recours aux nouvelles technologies, quand le château était fermé. Nous avons alors digitalisé les expositions et développé des visio-conférences avec des conservateurs. De la contrainte naît l’inventivité.
Vous avez donc une jauge de 10 000 personnes, notamment pour des raisons de sécurité ?
Louis-Samuel Berger : 10 000 visiteurs est une moyenne pour le seul château de Versailles. Notre jauge, au sens de la commission de sécurité, est de 6 700 visiteurs à l’instant T. Nous ne dépassons cependant pas 3 000 visiteurs pour satisfaire aux impératifs de sécurité, et surtout pour garantir une visite agréable. Nos conditions d’accueil sont tout à fait acceptables, même si nous connaissons parfois des journées moins confortables en très haute saison. Nous menons une réflexion sur l’extension des horaires et l’amélioration de la répartition de l’affluence sur l’ensemble de l’année. Nous développons en complément une programmation culturelle. En 2026, nous célèbrerons les 250 ans de l’indépendance américaine. C’est à Versailles qu’a été demandé le soutien de la France aux insurgents contre l’Angleterre.
En 2000, le Château de Versailles recevait environ 2,5 millions de visiteurs par an. Donc en l’espace d’un quart de siècle, la fréquentation a plus que triplé. Comment faire face au défi de ce succès croissant ? Par une modulation tarifaire pour doper la basse saison et les heures creuses ?

Louis-Samuel Berger : Le domaine est extrêmement vaste, entre la galerie des Glaces, le Trianon, les jardins, la salle du jeu de paume… Parallèlement à l’augmentation de la fréquentation, nous avons rénové et ouvert à la visite des dizaines de salles, représentant des milliers de m2 ouverts au public. L’expérience de visite de 2024 est très différente de celle de 2000.
L’Arc de triomphe, l’abbaye du Mont-Saint-Michel et les remparts de la cité de Carcassonne comptent parmi les huit monuments qui adoptent une nouvelle tarification à deux vitesses. L’envisagez-vous ?
Louis-Samuel Berger : Aujourd’hui, nous sommes concentrés sur le sujet de la tarification différenciée (entre les visiteurs extra-européens et les autres nationalités) que nous préparons activement pour le mois de janvier 2026, au retour des vacances scolaires. C’est notre actualité 2025-2026. La tarification différenciée aura un réel impact sur notre organisation, puisque nous recevons 83% de visiteurs étrangers. Les Américains sont à 15%, ils représentent notre deuxième nationalité de visiteurs après les Français (17%), devant les Chinois à 6% et les Italiens à 6% également.
Comment vous préparez-vous à cette double tarification, qui touche d’ailleurs de nombreux sites comme le Louvre et le château de Chambord ?
Louis-Samuel Berger : Les visiteurs venant des pays non-membres de l’Union européenne paieront plusieurs euros de plus. Nous devons modifier nos outils de travail et notre site internet. Il nous faut aussi prévoir des aménagements à l’entrée et, sans doute, des recrutements d’agents pour contrôler les nationalités des publics. Nous travaillons également sur le sujet avec les professionnels du tourisme comme les tour-opérateurs et les mandataires de billetterie.
Les JO représentent, dans une carrière, une expérience unique de gestion d’un projet complexe d’immense envergure. J’en garde un souvenir émerveillé.
Vous évoquiez une baisse de 20% de fréquentation pendant les JO (et de 13% pendant l’été 2024). L’héritage des Jeux olympiques et paralympiques reste-t-il malgré tout vraiment positif ?
Louis-Samuel Berger : Le bilan est extrêmement positif, déjà au niveau organisationnel. Les épreuves équestres se sont très bien déroulées, et nous avons maintenu le château ouvert avec une programmation culturelle ambitieuse autour du cheval. Les Jeux olympiques nous ont aussi permis de bénéficier d’une puissante visibilité internationale. Rien qu’en France, nous avons comptabilisé 3000 retombées médiatiques liées au JO avec du contenu culturel et patrimonial versaillais en 2023 et 2024. Pendant la période olympique, nous avons enregistré sur nos réseaux sociaux 2,3 millions de vues sur Instagram et 7,4 millions sur TikTok.
Vous avez été l’homme-orchestre des épreuves équestres des JO. Qu’en retenez-vous ?
Louis-Samuel Berger : Les JO représentent, dans une carrière, une expérience unique de gestion d’un projet complexe d’immense envergure. J’en garde un souvenir émerveillé. Organiser les épreuves équestres à Versailles, carte maîtresse de la candidature de Paris 2024, avait aussi une dimension multi-partenariale complexe. À compter de 2021, plus de 300 réunions techniques ont eu lieu. Une quarantaine d’institutions ont ainsi travaillé ensemble pour faire émerger une arène sportive au milieu d’un monument historique. Et ce, dans le respect de l’intégrité patrimoniale, paysagère et environnementale, avec une réversibilité totale. À l’étoile royale par exemple, 14 000m3 de terre ont été déplacés pour aplanir le terrain, en excavant d’un côté et en remblayant de l’autre. Sa déclivité d’origine lui a ensuite été restituée. Aujourd’hui, rien ne laisse penser que les JO s’y sont déroulés l’an passé.
* stable par rapport à l’exercice précédent, selon le rapport annuel. Dans le détail, le château a accueilli 4,4 millions de visiteurs, le Trianon 1,2 million, les spectacles 2,8 millions.
**La filiale de droit privé Château de Versailles Spectacles a de son côté généré un chiffre d’affaires de 31 millions d’euros en 2024.
*** 58,6 M€ de subventions du ministère de la Culture
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