« L’entrepreneuriat, c’est sortir de sa zone de confort » – Hervé Bellaïche
Hervé Bellaïche barre la société Catlante Catamarans depuis deux ans. Une vie d’entrepreneur pleine de défis sur laquelle il revient largement dans une interview à L’Echo touristique.
L’Echo touristique : Vous avez repris Catlante en octobre 2023, avec les fonds Montefiore et Bpifrance. Quel est le bilan de vos deux années d’entrepreneuriat ?
Hervé Bellaïche : Extrêmement positif ! Déjà, pour moi, c’était une remise en question à l’âge de 50 ans. Je suis sorti de ma zone de confort en m’appuyant sur mes 25 ans d’expérience au sein de Club Med, Ponant, CWT et en tant que conseils en stratégie. Avec l’idée d’aller chercher des leviers de développement.
Qu’est-ce qui est le plus difficile depuis deux ans, en tant qu’entrepreneur ? Le financement, les équipes,… ?
Hervé Bellaïche : Le plus difficile, c’est de trouver le bon équilibre entre la volonté de faire évoluer les choses et la nécessité de préserver — voire de renforcer — ce qui fonctionne déjà bien. La question de la vitesse de transformation est particulièrement sensible. Aller trop vite, c’est risquer de désorganiser des processus qui donnaient satisfaction. J’ai d’ailleurs conservé quasiment la même équipe d’experts, tout en la faisant évoluer.
Nous souhaitons développer la vente indirecte, mais là encore, la prudence s’impose. Si l’on avance trop vite, on prend le risque de fragiliser l’entreprise, notamment parce qu’il faut intégrer la rémunération des agences partenaires. Si une part importante du chiffre d’affaires doit être commissionnée, à partir de 10% chez Catlante, cela peut affecter les comptes. Il faut donc avancer progressivement. C’est mon objectif, j’y consacre l’essentiel de mon temps, pour trouver les bons partenaires.
Que fallait-il vraiment changer dans Catlante ?
Hervé Bellaïche : Catlante avait très peu de notoriété auprès des agences de voyages qui sont pourtant les principaux prescripteurs de croisières en France. C’est la première chose que j’ai souhaité changer. D’où mon post LinkedIn de l’article de L’Echo touristique sur ma reprise de l’entreprise, qui a enregistré 71 000 impressions. Notre présence sur les réseaux sociaux n’était pas à la hauteur non plus.
L’expérience client, elle, était déjà incroyable, avec un bon taux de repeaters d’ailleurs. Il n’y avait pas besoin de changer notre produit « croisière en catamaran », bien rôdé depuis 20 ans. Nous avons toutefois mis des marqueurs du tourisme dans le nautisme, en fournissant par exemple des serviettes de bain.
Le site web de Catlante était particulièrement vieillissant. Qu’avez-vous entrepris depuis deux ans, justement ?
Hervé Bellaïche : Nous avons changé la plateforme de marque, adopté un positionnement désormais lifestyle, modernisé le site web et développé la distribution. Historiquement, les ventes réalisées par les agences de voyages étaient quasiment nulles. Elles sont à 10%, ce qui reste très faible. 50% de direct et autant d’indirect pour une compagnie de croisières plus classique, c’est assez logique.

Parallèlement, nous avons conçu des produits plus accessibles, sur des week-ends et au départ de Marseille. Nous avons créé des gammes pour mieux structurer l’offre. Nous avons aussi beaucoup travaillé sur la RSE, notamment avec Agir pour un tourisme durable, et sur la montée en gamme. Avec les catamarans de la gamme Prestige, qui offrent beaucoup de services, les prix démarrent à des niveaux que nous voulons garder accessibles, à partir de 1600 euros pour une semaine.
Dans une interview passée, vous évoquiez 4500 euros en cabine double, en moyenne (hors vols). Vous êtes plutôt sur un produit haut de gamme ?
Hervé Bellaïche : Nous sommes sur un produit premium, c’est certain, mais avec un rapport qualité-prix incroyable. Une fois sur place, vous n’avez plus rien à dépenser.
Nous lançons les Baléares en 2026, avec une première croisière le 1er juin.
Et vous vous rapprochez ainsi du niveau de prestations de Ponant, votre précédent employeur ?
Hervé Bellaïche : Catlante n’est pas vraiment comparable à Ponant. C’est un autre style de vacances, convivial, authentique, proche de la nature et de la mer. Avec jusqu’à 12 personnes à bord. En termes de pricing, nous sommes plus proches de MSC ou Costa que de Ponant.
Etes-vous en concurrence avec des opérateurs comme Dream Yacht, SamBoat et Click and Boat ?
Hervé Bellaïche : SamBoat et Click and Boat font de la location de bateaux qu’ils ne possèdent pas. Ce sont des distributeurs. D’ailleurs, Click and Boat nous revend déjà à l’international. Nous, c’est notre staff, nos bateaux, avec une vente à la cabine.
Quels sont vos profils de clients ?
Hervé Bellaïche : Un tiers des clients de Catlante provient du milieu du nautisme : ils choisissent le catamaran parce qu’ils en ont déjà fait l’expérience. Un autre tiers regroupe des croisiéristes traditionnels, habitués à voyager avec MSC, Costa ou Ponant. Le dernier tiers, constitué de primo-croisiéristes, n’a jamais navigué mais souhaite vivre une expérience plus intime que celle offerte par les grands paquebots. C’est là où les agences de voyages peuvent nous aider.
Vous avez lancé la Martinique l’hiver dernier. Quelles destinations allez-vous ouvrir ?
Hervé Bellaïche : Nous lançons les Baléares en 2026, avec une première croisière le 1er juin. Nous aurons deux bateaux positionnés dans l’archipel. Nous avons peu de destinations, mais nous essayons de bien les faire. Nous programmons la Corse, la Sardaigne, l’île d’Elbe en Toscane, la Provence, les Baléares, les Caraïbes, les Seychelles.
En 2025, combien de clients escomptez-vous ?
Hervé Bellaïche : 6000 clients cette année.
Soit comme lorsque vous avez repris la société ?
Hervé Bellaïche : Oui, mais aujourd’hui, nous maîtrisons davantage la chaîne de valeur avec notre flotte en propre.
La croissance est-elle un objectif ?
Hervé Bellaïche : Nous visons environ 15% de croissance à partir de 2026, grâce à de nouveaux bateaux et à de nouvelles destinations. Nous disposons de 18 catamarans et nous allons en accueillir cinq nouveaux qui sont déjà commandés et financés. Nous n’aurons pas besoin de levée de fonds pour accompagner notre essor.
